Terrain 2016

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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Ven 29 Avr - 3:42


Jeudi 28 avril

Après un petit déjeuner, toute l'équipe est dans une salle commune pour travailler ; quelque photographes sont là aussi. Les histoires de spéléologie et l'organisation qui s'en suit nous amuse souvent : ils ont fait venir l'équipe de France pour faire de l'exploration ; ils voulaient qu'en quelque semaines ils explorent le réseau souterrain pour devenir… la plus grande grotte d'Asie. Mais il aurait fallu faire plus de 200km d'exploration. Mais à cause des risques de crue et de l'incertitude habituelle dans ce genre de situation, ils ont fait… 1kilomètre. Par conséquent, ils vont devoir faire un peu moins les malins pendant leur annonce finale. Les spéléologues s'en fichent, c'est surtout les chinois qui voient toujours trop grand. Bref, malgré quelque petites histoires, les choses tournent de la même façon que d'habitude.
Pendant la matinée, et qu'ils s'échangent topos et photos, je retranscrit l'entretien de Mr Law qui a l'air de ne jamais terminer. J'y reste aussi l'après midi pendant que tout le monde va à un premier événement pour présenter la progression. L'équipe de français part demain, Carlos emmène tout le monde manger une fondue ailleurs, pour changer. Les quelque chinois nous retrouvent pour trinquer et s'en vont.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Sam 30 Avr - 17:57

Vendredi 29 avril

Le départ des spéléos pour Guiyang est prévu à 10h, mais finalement ils partiront à 11h30. Beaucoup de choses sont à régler avant le départ : les affaires, les tee-shirts de l'expédition à ramener, les comptes à faire et l'argent à rembourser, et les adieux. C'est toujours dur de quitter la Chine, certains venaient pour la première fois, au milieu d'autres habitués. L'expérience chinoise est toujours agréable, les gens sont accueillants ici dans la campagne. Et la chine nous fascine.
L'un d'entre eux avait prévu quelque cadeaux qu'il n'a pas eu l'occasion de donner, c'est qu'on attends un moment sans trop savoir quand, il faudrait des petites formations culturelles. Mais pas de souci, il a la gentillesse de me laisser les cadeaux que je pourrais offrir aux étudiants qui font la traduction des entretiens ! Et c'est vraiment bienvenu parce que je n'ai moi même pas prévu assez.
À tous, ils remplissent un car. Les dérogations de stationnement sont terminées, une BMW fini à la fourrière, et mon père et moi nous pressons de rassembler nos affaires et les mettre dans la voiture « on déménage ! ». Le nouveau 4x4 d'occasion est plein à raz bord ; hélas le vieux Zhao aurait bien aimé venir avec nous mais il n'y a pas de place. C'est un homme qui a toujours été là et qui nous laisse une photo de lui en faisant signer un petit papier pour souvenirs, il a une canne avec lui et deux oiseaux peints ; souvent les oiseaux sont emballés dans un plastique « c'est une œuvre d'art sa canne » !.


En route pour Shuanghe… Je n'y crois pas, et mon père non plus. En l'espace de quelque jours, en l'espace de quelque mois… Ce « coin de campagne » où mon père habite à présent est un endroit totalement aménagé. Je réalise qu'on était vraiment à coté… En venant ici j'avais été surprise par les petites « barrières de jardin » blanches le long des routes, qui n'ont absolument pas un style chinois, mais plus « petits pavillons américains » comme dit mon père.
Et là… là nous roulons sur une route fraîchement goudronnée, parfois rouge. Il y a des lampadaires solaires (mais qui ne marchent peut être pas) tout au long de la route, entourée de pelouse, de fleurs, d'arbres… Toujours rien de chinois. C'est quand je vois le pont arrondi que je réalise qu'on est au même endroit que l'année dernière ; cette route où on avait vu un serpent… Quand on arrive au village, toutes les maisons ont été repeintes en jaune, et des boiseries ont été ajoutées aux façades pour rendre les maisons plus belles. On retrouve les mêmes lampadaires ; la route est passée du béton à la boue « ils y ont fait tellement de choses » !. Il y a même un restaurant de nouilles à la viande de chèvre qui a ouvert, alors qu'il n'y avait qu'un ou deux magasins cet été.
Les « chalets » de la compagnie de tourisme se sont multipliés ; les vieilles maisons ont été transformées en nouveaux chalets. Même les maisons habitées. Je ne sais pas combien, mais les paysans locaux sont sûrement partis avec une belle somme d'argent pour abandonner leurs maisons. La famille qui avait connu deux décès cet été, en a connu un nouveau pendant les travaux où un jeune était employé. Leur maison a aussi disparue (il reste quelque poutres en souvenir), pour laisser place à des chalets-chambres d'hôtel.
Les rizières et les cultures qui donnaient un air sauvage face au seul « chalet » qu'il y avait l'an dernier, ont été inondées pour faire un espace de détente sur un petit pont. Une grande salle vitrée de réception a été construite. Bref, c'est méconnaissable, et si c'est bien ou mal, il me faudrait trop de temps pour juger. Ce qui est certain c'est que ça a quelque chose d'incroyable…

Arrivés là bas, on déménage les sacs de la voiture pour les ranger. Puis on se change avant de « jouer nos rôles » là bas. Parce que c'est bien un rôle d'acteur qu'on est venus jouer. « vous vous installez à cette table sous les parasols et vous buvez du vin rouge », allé va. On nous sert régulièrement des fruits et des gâteaux, c'est une belle occasion pour moi de pouvoir discuter avec mon père pendant un moment, sans avoir rien d'autre à faire. Au loin, le spectacle de danse est donnée à d'autres invités qui viennent en bus ou en petite et élégante navette électrique.
Des étrangers nous rejoignent pour jouer le même rôle : ils ont visité la grotte avant et sont disposés sous d'autres parasols où ils discutent naïvement. Naïvement car ils ne connaissent pas la véritable raison de leur présence ici. Ils sont filmés, photographiés ; ils ont été informés au dernier moment de ce « travail »/ « activité » par leur université/ école de langue puis ils sont venus. Ils sont apparemment payés 1000yuans pour la journée, Xuelian aimerait me négocier ce même salaire car je suis venue par le même biais et pour « les mêmes raisons » officielles, c'est comme ça que j'ai eu mon billet d'avion gratuit.

Un allemand s'installe à notre table et fait la conversation. Je suis un peu déçue de perdre une part de mon occasion d'être juste avec mon père mais bon, on l'écoute raconter sa retraite à Zunyi avec sa femme chinoise. Quand il me demande « ce que je veux faire après mes études », je vois dans son soupire le sentiment de déception lorsqu'il dit « c'est la même chose pour ma fille ». Je m'étonne de cette obstination qu'ont les inconnus-retraités à vouloir me caser dans un emploi comme si c'était pour les rassurer. J'essaie toujours de m'expliquer, et eux vont essayer de me rassurer alors que je ne cherche absolument pas à l'être. Lorsqu'ils me racontent comment leur vie a été réussie, en commençant à travailler jeune, en trouvant toujours un métier mieux payé que le précédent… Alors que cette vie me fait réellement peur. Je ne veux pas de leur vie qu'ils décrivent fièrement comme une réussite. Et lorsqu'il voit que mon chinois est bien fluide et meilleur que le sien -bien qu'il soit marié avec une chinoise et soit ici depuis une dizaine d'années-, il me dit que je pourrais facilement trouver un emploi ici.
Alors je lui dit, que j'ai un copain. Il me réponds « je vais te dire quelque chose : dans toute ma vie j'ai eu beaucoup de copines et beaucoup de séparations parce que je devais bouger, et ce que j'aime avec ma femme, c'est qu'elle m'a toujours suivi. La seule condition était de passer la retraite en Chine ». Mon dieu, j'aurais aimé lui demandé quel était le réel avis de sa femme qui n'a pas pu voir ses parents vieillir et qui a du rester avec lui jusqu'à leur retraite. Quel était son réel choix ? Et quel égoïsme de ne pas trouver de compromis avec la personne qu'il aurait pu garder dans sa vie.
Bref, nos points de vue sont très différents mais je me contente de sourire et j'espère ne plus l'entendre. Plus tard, il monopolisera l'attention de l'amie de Xuelian qui les a amenés ici ; parler de grosses entreprises et de finance etc est plus facile pour lui que la philosophie.


À 16h30 mon père rejoint le nouveau bâtiment vitré pour une conférence de presse. Il ne dira rien mais répondra à une question « comment on mesure la longueur d'une grotte ? ». Les patrons présentent leur projet, ils feront la une des journaux le lendemain. Nous mangeons tous ensemble dans la grande salle, puis vient enfin le soir où je termine la transcription de Mr Law, fatiguée.

Beatrice me dit « elle est marrante ta vie chinoise » ; et elle a raison. Elle est étrange ma vie chinoise, je ne m'en rends pas suffisamment compte. Un jour nous marchons dans la boue, et nous dormons dans un hôtel sans douches, et le lendemain nous sommes à la table de grands patrons de l'immobilier et du tourisme à être figurants sur une terrasse. De la campagne et des paysans à l'artifice et la richesse, d'une heure à l'autre, mon père et moi côtoyons ces milieux avec une facilité rendue possible par… la spéléologie.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Sam 30 Avr - 18:30

Samedi 30 avril

La télévision a demandé à mon père de faire une sortie ce jour ci et le lendemain, je négocie de venir que au début pour pouvoir travailler l'après midi. Mon père essaie de me convaincre « la grotte est belle ! Grande, il suffit de marcher, et tu verra un beau plafond bleu étoilé ». Je culpabilise de ne pas travailler, d'autant plus quand je préviens Fay de mon absence et qu'elle me sort sur un ton que je prend pour sarcastique « have a good labour day ». Une fois les sacs de spéléologie prêts, on attends au bord de la route, 10minutes, 15minutes, … au bout de 25 min on rentre et on tente une sauvegarde de mes données ; c'est là qu'une voiture nous attends. J'hésite à rester, mais mon père lance « ha bah non ! » tellement du fond du cœur que je ne peux plus refuser.
La voiture retraverse la campagne devenue artificielle, jusqu'à un virage où nous rejoignons l'équipe de télévision. On descends dans les champs. Mon père leur fait un peu peur en posant une condition « attention, si l'un de vous casse ou abîme quelque chose, ou fait n'importe quoi, je pars ». Il l'a déjà fait. Le chef d'équipe en prend note et on continue notre marche jusqu'à la grotte. Marche saccadée puisqu'il faut avancer quand on nous le demande pour la prise de vue ; ou bien ils filment nos pas.
L'entrée de la grotte a été murée, il y a une porte qu'on peine à ouvrir tellement elle est entourée de déchets, de bouteilles en plastiques. Le mur a changé l'humidité de la grotte qui fût une exploitation minière « on ne sait pas quand ». En Chine, selon Li Po, il n'y a qu'un seul laboratoire pour dater les matières au carbone 14 par exemple ; mais on leur a dit « non on peut pas le faire », encore une manière de ne pas dire « on n'a pas envie de s'embêter avec ça ».

On traverse la grotte à toute vitesse jusqu'à ce « plafond bleu », entre la Célestine et la dolomite. Ils font plusieurs prises de vue, mettent en scène une question-réponse ; pendant qu'on mange quelque brioches. Une partie de l'équipe a failli se perdre, la femme arrive en pleurs. Je crois qu'ils ont eu suffisamment peur. On continue jusqu'à une salle anciennement magnifique. Recouverte de petits cristaux qui se comportent de manière totalement différente suivant où on se trouve. On se croirait entourés de nuages blanc ou de coton. Parfois ça prend une forme de coton en filaments, parfois une forme de fleur qui donne l'impression d'être « poussé de l'intérieur de la pierre vers l'extérieur », on a aussi des coulures, et des petites « vagues » mais qui, au lieu d'aller du haut jusqu'en bas, va du pas jusqu'en haut et pars dans des sens aléatoires.
Mais l'endroit est saccagé, a été visité de nombreuses fois, et ces pierres sont très fragiles. Elles tombent aussi par elles mêmes voire cassent la paroi. Je ne sais plus le nom, mais avant l'exploitation minière, des gens venaient ici en faire de la poudre blanche qui jouait un rôle comme de la presure dans le tofu. On essaie d'être dans le coin le moins sacagé pour la télévision qui, après sa prise de vue, passe encore quelque heures à chercher à avoir de jolis plans de ces cristaux.

Il est déjà 13h et nous négocions de rentrer plus tôt avec le chauffeur et deux autres personnes prises sur le chemin ; tandis que Xuelian reste avec l'équipe. Une fois rentrés je sauvegarde mes enregistrements et je commence la transcription de l'entretien fait avec LaoLiu. Je fais aussi une petite sieste puis l'heure du repas est bienvenue.
Mais nous sommes un peu en avance, alors on va visiter la grotte au fond de la vallée. Mon père est une nouvelle fois déçu : ils ont fait des aménagements absurdes. Ont bétonné le fond de la rivière, ont fait des barrages qui ont remonté le niveau d'eau, et une passerelle qui traverse la grotte. La prochaine crue va faire des dégâts, quand on sait les conséquences qu'a eu celle de cet été, on se demande comment ils n'ont pas pu imaginer que ça pourrait se reproduire. Malgré tout ils ont fait tous les aménagements que j'ai mentionné entre hier et aujourd'hui.

On mange avec les patrons et journalistes à une grande table. Le patron, par politesse me dit que « quand j'aurais fini mes études, je pourrais venir travailler ici », parce qu'il veut développer « le tourisme en hélicoptère ». Aucun rapport. Après le repas, Xuelian essaie d'avoir plus d'informations en discutant avec un ami, qui dit « elle a répondu quoi ? - elle a répondu, quel travail ? - n'importe quoi, elle peut venir ici parce qu'on a besoin d'étrangers ; puis elle se trouvera peut être un copain – elle a un copain en France -ah ? Elle est mariée ? Elle a des enfants ? » ; bref, absolument rien de sérieux, et des blagues bêtes.
Le soir, Cloé et Daniel m'envoient leur traduction de l'entretien fait avec Aunt, je corrige les fautes et note les expression et le leur réenvoie pour les aider en français. Demain, mon père retourne dans une grotte avec la télévision, moi j'aurais l'entretien de Lao Liu à terminer de retranscrire. Puis nous partirons à Chongqing le 2 pour repartir dans nos affaires le 3 ; j'irais à Kunming, il ira au Sichuan. Mais je suis contente d'avoir été un peu avec lui. J'apprends qu'il y aura un nouvel événement à Damuoyu avec des familles en mai, je n'ai peut être rien manqué !
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Dim 1 Mai - 16:32

Dimanche 1er mai.

Le réveil est difficile, j'ai tendance à me coucher toujours très tard. Xuelian et mon père partent continuer à travailler pour la télévision, je m'attends à ne pas les voir de la journée. Ils les emmènent faire une prise de vue de montée sur corde, puis l'après midi mon père doit « montrer comment on cherche une grotte ».
Pour ça, le vieux Zhao est là, il accompagne l'équipe de spéléologues depuis des années. D'après l'histoire qu'on me raconte, il a travaillé comme artificier et a eu un accident, depuis il touche un peu d'argent pour l'indemniser et ça lui suffit pour vivre. Depuis, il passe son temps à rechercher les nombreuses entrées des grottes, il n'explore pas vraiment mais a fait une carte à la main sur laquelle il répertorie ces entrées depuis toujours. Lorsque l'équipe étrangère est arrivée, de bouche à oreille Zhao les a trouvé. De nos jours, il continue de chercher des entrées et vient voir mon père de temps en temps pour lui proposer d'aller explorer ces entrées, sauf qu'il faudrait être bien plus d'un spéléologues pour explorer à la vitesse que Zhao trouve des entrées ! Il a besoin de reconnaissance pour ce qu'il fait, et il est ravi de se retrouver devant les caméras pour expliquer ces histoires.

De mon coté, je passe la journée sur une transcription que je n'arrive pas à terminer tellement je fatigue. À midi je mange des nouilles aux chèvres dans le restaurant qui vient d'ouvrir, puis c'est là que je recroise mon père, tant pis, on mangera ensemble le soir. Je continue mes transcriptions. Comme il n'y a pas d'eau à cause des travaux, on fini par négocier une douche à l'hôtel. Mais rien pour laver le linge.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mar 3 Mai - 17:45

Lundi 2 mai

Je passe la matinée à terminer la transcription de l'entretien fait avec LaoLiu. Je termine juste au moment où on s'apprête à partir pour Zunyi. Une fois les affaires dans la voiture, on roule quelque kilomètres avant de réaliser qu'il faut ajouter de l'eau au moteur, qu'on va chercher ici ou là alors que le moteur est encore chaud. Puis on reprend la route jusqu'à la ville où on mange quelque raviolis avant de garer la voiture. On continue en Taxi jusqu'à la gare routière d'où on prend notre bus pour Chongqing.
Le trajet dure 1h30 de plus que prévu, car arrivé vers la ville, le chauffeur a la bonne idée de vouloir « éviter un bouchon » ; ce qui est évidement inévitable. Chongqing est toujours une ville aussi folle, avec ses routes, ses ponts, ses immeubles et ses montagnes. On prend le métro parce que d'après Xuelian « ce sont tous des faux taxis, même les jaunes ». Il suffit d'une station pour trouver l'hôtel qu'elle a réservé.
Il est déjà tard et on part en quête d'un pizza hut, pour rigoler. D'abord on fait la queue pour entrer, parce qu'il n'y en a pas beaucoup, et c'est « l'heure de pointe ». Bref, après avoir manger on se promène un peu avant de dormir.

Mardi 3 mai

à 7h30 on est prêts pour partir jusqu'à l'aéroport, nos avions partent presque à la même heure, mais pas aux mêmes endroits. Je rentre à Kunming, et ils vont dans le Sichuan atterrir dans, peut être l'aéroport le plus haut du monde, à 4000mètres. Mon père doit regarder s'il y a moyen de mettre en place une viaferatta là bas ; il paraît qu'il va pleuvoir, bon courage. Depuis notre point de départ, il faut plus d'une heure, sur la même ligne de métro, pour rejoindre l'aéroport. A un moment, on nous fait descendre pour remontrer dans une autre rame. Puis nous arrivons. Pour les vols nationaux, les portes d'enregistrements sont très espacés. On récupère une facture de mon vol puis nous passons le contrôle des bagages à main. Ils ont l'air de vérifier plus minutieusement que d'habitude, ils prennent plus de temps. À l'entrée, on a vu 3 militaires armés. On arrive juste à l'heure pour embarquer, enfin non il nous reste 10minutes pour se dire au revoir, puis nous voilà partis.

Arrivée à Kunming, j'évite tous les « faux taxis » (ceux ci, je sais qu'ils le sont) puis je monte dans le 191b1 pour rejoindre mon quartier. Comment distinguer les vrais services des faux ? Pour Xuelian « ça dépend où ils sont placés, s'ils sont près d'une station de bus c'est que c'est des faux ». Typiquement à l’aéroport, et même dans les rues de Chongqing (!) on peut voir des gens avec des pancartes marqué « dortoirs » de… 30 à 140yuans. « qui ne sont sûrement pas comme sur la photo, au pire tu sera entassé quelque part » me dit mon père. Je me dit que ça doit être des solutions d'urgence en dernier recours pour ne pas dormir dans la rue, s'il y a tant de monde avec des pancartes, c'est que ce buisness doit marcher non ? Pour les taxis, c'est plus simple : s'ils se jettent sur toi, ce sont des faux taxis. Mieux vaut voir la voiture avant de dire qu'on monte dedans. Comme lorsque Renaud est arrivé : on a pris un faux.

Je passe mon après midi à retranscrire une partie de l'entretien de Chunxia. Puis je sors manger. Entre temps j'ai aussi relu l'introduction de Beatrice qui a bientôt terminé son mémoire ! Le soir, je m'organise la journée de demain que je vais consacrer aux étudiants en français. Je vais visiter le campus du sud de Kunming, et les revoir un peu tous. Je pourrais passer des cadeaux et des enregistrements. Héhé !
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Jeu 5 Mai - 17:51

Mercredi 4 mai


Je me réveille tôt pour rejoindre Coco à 9h à son arrêt de bus, je finis mon sac juste avant de partir, et j'hésite entre le gros et le petit sac, mais pour ne pas écraser les cadeaux j'opte pour le gros. Je la retrouve à son arrêt puis on va ensemble à l'arrêt de métro que je prends pour la première fois à Kunming. Il faut 50minutes pour rejoindre l'université, puis on prend un bus pour aller à l'hôtel où elle pensait me faire dormir car elle possède une carte à l'année pour avoir une chambre. Mais l'hôtel refuse les étrangers. On ne peux pas non plus faire la réservation à son nom : « c'est arrivé dans un autre hôtel qu'un chinois réserve pour un étranger, mais suite à ça, l'hôtel a été fermé ».
Coco me cherche une solution en appelant d'abord Yan-mark pour savoir si je peux dormir dans les dortoirs des professeurs, puis elle appelle ses amies pour chercher un lit libre dans les dortoirs des étudiants. Car « le coin français », un petit événement du mercredi soir, se tiens tard et rentrer à Kunming serait difficile.
On fini par trouver un lit en face du dortoir de Coco, les étudiantes sont sympas dont une aimerait étudier à Lyon l'année prochaine. Pour ça, elle passe par une « agence » qui propose d'aider dans les candidatures vers ces universités. Elle pense faire un M1 LEA Chinois. Je me souviens avoir entendu dire « pourquoi ces étudiants chinois apprennent le chinois en France ? C'est idiot » ; mais pour eux le chinois passe comme une option « 3ème langue », anglais, français, le chinois c'est pour gratter quelque points. Et il faut avouer qu'ils ont plus raison que tort dans cette vision des choses.

Après avoir posé les affaires et changé trois fois de sac (car le mien est trop gros), on pars manger à la cantine avec les deux camarades de chambre de Coco. Là je vois Li Shuang qui mange avec des professeurs, je lui propose de se revoir dans l'après midi, voire au coin français.
Puis Coco et moi partons travailler à la bibliothèque. Elle travaille toujours sur la transcription de XiaoHe (1h20) et moi sur celle de Chunxia. Vers 17h, on s'arrête et on va manger pour être à l'heure au coin français. C'est là que je revois encore par hasard Li Shuang qui sort de la cantine, accompagnée de son ancienne professeur, redevenue étudiante, qui l'avais mise en contact avec moi via un professeur de l'université de Nanning, via Sophie.

Le « coin français », c'est un vrai coin. On se retrouve à 18h30 avec Cloé, Daniel, Coco, Li Shuang, deux autres étudiantes en français et Yan-Mark. Ça dure jusqu'à 19h30, en fait nous restons debout dehors à discuter en français. Yan-mark tiens bien la conversation, et je trouve que sa méthode est vraiment très bonne. On voit aussi Saphir qui ne reste pas longtemps. Ils sont actuellement en période d'examens et il s'inquiète un peu. Mais comme me dit Coco « il travaille beaucoup et touche toujours la bourse ». On se met d'accord pour que je leur fasse à tous, une lettre de recommandation pour les remercier de leur aide. « c'est plus simple que des points pour les bourses parce qu'il y a beaucoup de choses à prendre en compte : publication, stage, volontariat, notes etc ; et beaucoup de personnes trichent ». Coco rends son mémoire à Yan-mark, qui la rassure énormément pour la soutenance. En effet, peu d'étudiants n'ont pas leur master « c'est juste une formalité, c'est la fin ! ». Ceux qui ne l'ont pas eu, soit ne travaillaient pas, soit ont copié-collé internet.

Après ce moment, nous nous séparons et Coco et moi partons pour un petit coin où on peut acheter des bricoles. J'ai envie d'acheter quelque vêtements, car je ne le fais jamais en France. Alors après avoir pris une navette « au noir » pour 6yuans, on se promène et on discute tout en regardant les boutiques, puis on rentre au dortoir. Je tourne la tête en passant la porte, pour pas qu'on voie qu'un étranger vient dormir ici. Je n'ai pas le droit. Et tout se passe bien.



Jeudi 5 mai

J'ai peu dormi, parce que l'idée de dormir ici sans autorisation me stresse un peu. Alors vers 8h30 mon sac est prêt et j'attends Coco dans le couloir. On quitte le dortoir pour manger à la cantine. On ira deux fois dans la partie « restaurant musulman » de la cantine, et elle confirme mon avis sur la question : la sécurité alimentaire y est meilleure, ce qui explique le prix un peu plus élevé. « ils font attention à l'origine des produits », « et je crois que les gens qui sont croyants sont plus honnêtes », me dit Coco.
Nous marchons ensuite dans le campus jusqu'au fameux « champ de fleurs » dans lequel une grande partie des étudiants s'y sont photographiés. C'est en fait un champ de roses, dont les pétales ont été récoltées pour en faire les « gâteaux de fleurs » qu'on peut manger à cette période à la cantine si on arrive de bonne heure. C'est bien meilleur chaud que tout ceux qu'ils vendaient à Dali/Lijiang. Ensuite on marche jusqu'à un « lac », naturel selon coco. « avant il y avait deux petits lacs qu'ils ont mis ensemble, il y avait des cygnes et des plantes » ; maintenant c'est une petite marre propre entourée de pelouse bien verte, sans animaux ni végétaux.
On marche jusqu'à la bibliothèque où je termine la transcription de Chunxia, Coco s'entraîne pour un examen pour pouvoir enseigner au collège. Je dors un peu après avoir terminé la transcription, fatiguée. Puis on rejoint Yan-mark à la fin de son cours, mais il doit partir vite. On mange avec Saphir puis Coco m'accompagne à l'arrêt de bus pour attendre la navette qui m’emmène à la station de métro. Je lis Martucelli « dominations ordinaires » jusqu'à l'arrêt après la gare, puis je reprend un bus jusqu'à chez Fay, le trajet est très long. Li Shuang a du courage.

En rentrant, je commence par une demi-lessive, une douche, puis je reprend contact avec les gens en France et je m'organise avec ceux en Chine. J'ai le feu-vert pour les articles Etika-Mondo. Il me reste à les écrire. Mais avant, je veux terminer les transcriptions en anglais.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Ven 6 Mai - 18:00

Vendredi 6mai

Je m'attaque à une journée de transcription. Le matin, j'ai l'occasion d'échanger quelque mots avec Fay -je m'inquiétait qu'on ne se parle presque plus-, je lui propose de faire un gâteau au chocolat dimanche, en lui montrant que j'ai toujours la tablette. « j'ai vraiment envie de faire ça ! » me dit Fay contente. S'il suffit de chocolat pour améliorer nos relations tant mieux.
D'abord, je fais 30min de l'entretien avec Roga, puis je faire la transcription de l'entretien avec PengDuoYing pour pouvoir l'envoyer à Daniel et Chloé qui ont terminés. J'y passe la journée, avec un bol de nouilles instantanées à midi (il m'en reste 3). J'envoie un mail à ma directrice pour donner quelque nouvelles, puis je me penche sur le plan chaotique de mon mémoire. Vers 6h, je meurs de faim et je n'arrive plus à réfléchir. Donc je sors dans le restaurant musulman en face, puis je marche un peu après mon bol de nouilles ; par envie, je m'arrête dans une petite boutique de boissons, je commande du thé avec des haricots rouges au fond (ou ça y ressemble), puis je me trompe alors que je veux dire « à emporter », elle comprends « sur place ». Je bois donc sur place avec un peu de wifi, c'est agréable de changer d'environnement, pourquoi ne pas continuer à travailler là bas ?
Le soir, je propose un échange avec Chloé qui a peu de temps : je relis son mémoire. Elle s'est lancée dans un sujet difficile, l'analyse du beau selon Diderot, qu'elle illustre avec différentes œuvres littéraires française. Je fais de mon mieux, mais c'est vrai que ça demande du travail qui a l'air de manqué. Elle est aussi perfectionniste et prends autant de risques que moi pour son sujet, alors on se serre les coudes !
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Sam 7 Mai - 16:17

Samedi 7 mai

Je passe la matinée sur le plan de mon mémoire, je le base surtout sur les réponses des entretiens, plus que sur les concepts. Je me donne 2semaines pour avoir une problématique et un plan définitif, c'est optimiste. Dans la journée, ma copine Bea a la mauvaise surprise de se voir soutenir le 20 plutôt que le 10, autrement dit, trop tard pour ses projets de thèse. En espérant que ça se règle, je repense à nos vies d'étudiantes égarées. Les concepts, c'est ma frayeur, bref, j'ai envie de terminer ce mémoire au plus vite.
A midi, je sors prendre des nouilles de riz puis j'entre dans le bus jusqu'à la « Elephant bookstore » au centre ville. Je suis en avance, mon enquêté aussi. C'est la personne qui voulait beaucoup parler lors de l'entretien de Zhang Na. Il commence en me disant que ça fait longtemps qu'il n'a pas parlé anglais, mais ça ne lui empêchera pas de faire 3h d'entretien, dont beaucoup de minutes sur le bouddhisme. Je rentre particulièrement fatiguée, je mange des raviolis au restaurant musulman, puis j'arrive chez Fay.
C'est les 10ans de la Ridpef ! Hier je me rappelais toutes mes leçons de sociologie pour m'écarter de quelque différends avec des membres, -c'est la bataille sur internet-, aujourd'hui j'ai intérêt à trouver quelque idées de concours pour donner un peu de joyeusetés à cette petite communauté de joueurs que j'aime beaucoup quand même. Alors je passe la soirée à préparer un gâteau -virtuel-, avant de préparer le gâteau au chocolat demain, que Fay attends depuis 2mois. J'espère qu'elle a trouvé du beurre !
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Lun 9 Mai - 16:16

Dimanche 8 mai

Dimanche, je me remet à bien dormir et j'en ai besoin. Je m'attaque à la rédaction, je fais un plan dans la journée qui me paraît satisfaisant, et je me donne une marge de 3 sous parties mobiles pour m'adapter. Je récupère des parties de mon ancien mémoire, bref, je passe la matinée et le début de l'après midi sur mon mémoire. À midi, je sors un peu puis dans l'après midi, vers 16h, Fay et moi nous attaquons à la confection du gâteau au chocolat. Des petits sachets de margarine font office de beurre et nous en mangeons une partie le soir avec riz et salade de fruits. Puis je me remet à mon mémoire, en vérité j'ai l'intention d'écrire sur la présentation des entreprises, mais très rapidement je me surprend à écrire la méthode. Je travaille 2 heures dessus sans m'en rendre compte, et je gagne 2pages.

Lundi 9 mai

Journée transcription. Je transcrit l'entretien de samedi. Je me sens de plus en plus lente et fatiguée. Je me rends compte que cet entretien de 3h est un concentré d'évitement et de sens commun. De tentative de justification… Bref, j'ai un merveilleux contre exemple. À midi je sors manger du riz puis je remonte continuer mon travail jusqu'à 16h où je suis épuisée, je sors à nouveau pour continuer dans un café. J'arrive difficilement au bout de 1h20. Je m'organise pour la suite, j'ai peur de ne pas tout avoir de traduit avant la fin du mois.
Bref, « journée flottante ».
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mar 10 Mai - 16:34

Mardi 10 mai

Je ne dors pas tellement à cause d'un moustique que j'aurais fini par tromper en changeant de coté du lit (bon à savoir, ils sont pas si malins). La température s'est énormément réchauffée à Kunming, juin sera le début des moussons. À 8h je suis levée et je me prépare pour aller à l'atelier dont Li Yuan nous a donné le numéro, comme partenaire. J'ai prévu d'y aller à pieds, car ce n'est vraiment pas loin. Je prend facilement 45min et même en avançant légèrement trop loin, j'arrive avec 30min d'avance. J'en profite pour prendre mes repères et un petit déjeuner à 2yuans avant de retrouver Li Shuang à l'arrêt de bus.

La rue m'est familière, j'y suis allée le 26 mars, si j'avais marché jusqu'au fond, j'aurais remarqué que le numéro 409 où je me rends aujourd'hui, affichait une devanture avec marqué « Heart and Hands ». La bouche est bouclée, l'atelier de « A'Bu », le partenaire, c'est eux.


Historique :
« Bless China » est une ONG1 qui agît surtout dans le domaine médical. Fabrique des « fausses jambes » et fait des opérations, et la rééducation des enfants ayant subi un accident vasculaire cérébral. Les locaux de « Bless China » sont au 3ème étage (2eme étage européen). Un groupe de médecins viennent chaque années de l’international pour faire des opérations gratuites ici.
L'organisation « Heart and Hands » a commencé en 1997 lorsque Ingrid, qui travaillait ici par « Bless China » décide d'ouvrir une formation à la langue des signes pour les sourds-muets qui venaient le plus souvent des campagnes.
De 1997 à 2008 « the deef trainning project » était une branche de « Bless China » qui se concentrait sur l'enseignement du langage des signes et de « savoir-faire » utiles a quotidien comme le bricolage, la coiffure, les réparations. En 2006, les sourds-muets ont commencé ce travail de couture.
Avant 2008, 3 ou 4 personnes travaillaient et vendaient dans une pièce dont le magasin se trouvait à l'avant, et l'atelier à l'arrière. Ils faisaient quelque objets et quelque passants les achetaient de manière informelle. « pas de vente publique »
Ils sont devenus une entreprise officielle et ont commencé à vendre réellement en 2008. En devenant une activité commerciale, l'organisation s'est séparé de l'ONG « Bless China ». Aujourd'hui, ils travaillent ensemble à l'occasion mais il n'y a plus de lien officiel entre l'ONG et l'entreprise.
Si c'est une entreprise sociale ? « Je trouve que c'est une entreprise sociale, car l'argent revient au salaire de personnes handicapées et sourds-muets ». Le salaire est de 2000yuans en plus de l'assurance, et de 3000yuans (et environ 500yuans d'assurance) pour les personnes qui font des meubles.

Lieu :
Ils ont choisi ce quartier car un « lycée professionnel pour sourds-muets » se trouve juste à coté.
Mais depuis le départ, de nombreuses choses ont changées : Le premier « magasin/atelier » a changé de place à cause de l'augmentation des loyers. L'école pour sourds-muets a été récemment déplacée à Chengong, tout au sud de Kunming où se trouve le campus de l’université.
En voyant les constructions d'immeubles au bout de la rue, on peut se questionner sur la pérennité de ce lieu. « Si on doit bouger on cherchera un autre endroit, mais ça fait 6ans que ces travaux ont commencé et qu'on se dit qu'on nous demandera peut être un jour de déménager, on s'habitue ».
Le magasin de Heart and Hands a bel et bien fermé « Il y a un mois, car personne n'achetait ».
C'est Ingrid qui est à l'origine de ce projet. Elle est anglaise et mariée à un chinois. Elle travaillait pour « Bless China » et vit à Kunming depuis 22ans. C'est elle qui a proposé de créer la formation à la langue des signes. (+ deux autres wa, laxi) Elle a enregistré l'entreprise au nom de son mari.
« Heart and hands » est enregistré comme entreprise. « La Chine n'a pas de concept d'Entreprise sociale, mais ça viendra ». Il existe une possibilité de réduction de taxes pour les entreprises embauchant des personnes handicapées mais ils ne l'ont pas demandé. « on me dit que le processus est compliqué mais je n'ai pas essayé, donc on paye les taxes ».

Partenaires :
Ils exportent à l'international, notamment en Australie, aux Etats Unis (via « workcraft, woman heart risk international ») et à Hong Kong (via Crossroad). En France, une personne est venue faire une commande il y a 3-4 ans pour vendre sur internet, mais ça n'a pas marché. « Je pense que c'est parce qu'en France les gens préfèrent les marques. Ils vendaient sur internet ».
à la connaissance de la personne qui présente le lieu, il n'y a pas d'autre organisation de ce genre qui embauche des sourds-muets. « Gu yong », une autre organisation, embauche des anciennes prostituées pour la fabrication de bijoux (bracelets, bagues). Elle connaît Lianxin qui propose un « atelier pour les femmes de la campagne », quand je dit que je connaît aussi, elle me dit « le monde est petit ». Il le semble effectivement.
« A'bu and jean's family » : le partenariat avec Li Yuan a commencé il y a 4ans. « Li Yuan a entendu parler de nous et a voulu nous soutenir ». La conception « low carbon » et écologique ne concerne que ce partenariat : A'bu fournit les jeans (après avoir été traités), soumet le design et se charge de la vente. Mais les commandes provenant de A'Bu sont très faibles, d'environ une par an pour une 100aine d'articles.

Pour se faire connaître, il y a beaucoup de bouche à oreille Mais c'est surtout via le site web qu'ils se font connaître à l'étranger. ( www.etsy.com + « heart and hands china »). En Chine, ils ont aussi un magasin sur weechat. Aux Etats Unis : « fair-trade » workshop (+« Fair pay/fair house/liexin »)

Observation :
C'est un bâtiment de 4 étages, 3 sont occupés par l'Entreprise « sociale » Heart and Hands, et un par l'ONG « Bless China ».
On arrive à 10h10 et on nous présente les lieux en commençant par le troisième étage où 4 femmes travaillent.
À 9h25, Kathy nous présente quelque employées. (nom, âge, lieu d'origine). Li Hong Mei a 41ans et est arrivée à Kunming lorsqu'elle en avait 20. Elle vient de Lin Cang et a quitté l'école très tôt. Elle est muette et a suivi la formation à la langue des signes quand elle avait 27ans. Yi Mei a 30ans, elle a perdu l'ouïe il y a 6-7ans. « personne ne sait pourquoi, mais c'est à la suite d'une maladie de tuberculose qu'elle a traité avec beaucoup d'antibiotiques. On pense que c'est à cause des antibiotiques ». Lu Qun était vendeuse avant de travailler ici. Mai Han est de la minorité Yi.
Il y a beaucoup de Yi car c'est la seconde grande minorité du Yunnan après les Han. Dans un coin je vois un calendrier représentant Jésus-Christ. Et je pose la question de la religion.
L'ONG « Bless China » à l'origine de l'organisation a forcément une influence, et il est vrai que Kathy, les cadres de l'organisation ainsi qu'une partie des travailleurs sont catholiques. Kathy l'explique car il y a eu une forte influence de missionnaires, surtout dans le Yunnan , ce qui fait qu'une partie des Yi, Lisu et Miao sont catholiques.

Aujourd’hui les employés préparent une grosse commande d’un hôtel qui veut faire des cadeaux pour leurs clients. De nombreuses boites emballées et avec une carte présentant l'entreprise sont empilées au dernier étage.
Ils embauchent une 20aine de personnes depuis 2010 lorsque l'activité a commencé à ralentir, il est arrivé qu'ils comptent une 50aine d'employés. Les sourds-muets sont ciblés en priorité, car du fait de leur handicap, « ils ne peuvent que faire un travail de base, car dans une entreprise il faudrait embaucher un interprète ». Il y a aussi 4-5 personnes souffrant d'autres type de handicap.
Les employés ont entre 30 et 55ans. Ce sont pour la plupart des gens qui sont là depuis 10ans et qui ont commencé par apprendre la langue des signes avec « Bless China ». Les plus jeunes ont eu la chance d'accéder à une éducation qui leur permet de chercher du travail ailleurs.
Le travail est principalement un travail de couture (tissus neufs), s'y ajoute un atelier de menuiserie situé de l'autre coté de la rue. 70 % sont des femmes, il y a aussi des hommes qui travaillent dans la fabrication de meubles en bois.
Ils travaillent 5jours par semaine de 8h à 17h avec une heure de pause à midi. En tout, environ 40h/semaine. Lorsqu'il y a de grosses commandes comme aujourd'hui, ils font des heures supplémentaires qui sont payées.

Au 3ème étage, d'autres employés travaillent à la couture. Kathy en présente quelque uns. En dehors des sourds-muets, on trouve une personne au visage brûlé, une ayant subi une chute, un à qui il manque les jambes, et une ayant eu un AVC par le passé. (+ « paralysie infantile suite à la polio » ?). Ils font la couture à la main, ne pouvant utiliser les pédales de la machine à coudre. Autour d'une grande table on a donc 7 personnes, dont 4 sourds muets.
Au total, je compte 18-19 employés. 14-15 à cet étage dont 3 hommes qui travaillent à la couture.
À la menuiserie, je vois aussi 3hommes dont 2 sourds. D'autres employés sont absents aujourd'hui. Les meubles sont surtout fabriqué pour des hôtels ou des petits restaurants. Le reste sont des commandes personnelles de particuliers.
Le magasin a déménagé au premier étage. Celui du quartier a fermé depuis un mois car il y avait peu de clients. Ce n'est pas vraiment un problème de prix du loyer cette fois, mais que personne n'achète. Ils cherchent un autre lieu, mais les lieux où on trouve des clients sont souvent très cher. Cependant, 70 % de leurs revenus proviennent de commandes spéciales, et non du magasin.


Après la visite Li Shuang et moi retournons vers l'arrêt de bus 秋苑小区 et je l'invite à manger avant qu'elle reparte en cours. Je rentre et je commence à rassembler les informations jusqu'à 15h puis je sort rejoindre Coco qui m'a proposé de travailler ensemble. Elle n'a pas son ordinateur donc on prévoit d'aller dans un cyber-bar vers chez elle. Quand je la retrouve, elle a une grande boite de biscuits dans une main, et un sac plastique de médecine chinoise dans l'autre. Les médicaments sont pour offrir à une tante de la part de son père, et dans la boite ;… il y a son hérisson !

« la lampe de sa cage s'est cassée et il a besoin de chaleur, alors je le prend avec moi ». Elle est un peu désespérée car elle a appris par l'agence de voyage qui doit l'emmener en europe qu'elle dépose sa demande de visa au consulat d'Italie -à Kunming- alors qu'elle attéris en France. Je ne le savais pas et Beatrice me l'apprends : peu importe où tu fais ta demande, tant que le visa concerne l'espace Shengen, tu peut atterrir n'importe où en Europe.
Rassurées, on se met au travail quelque heures au « paradis pour les garçons » (d'après Coco). Je retranscrit l'entretien de samedi pendant qu'elle traduit celui de XiaoHe. Parfois, le hérisson veut sortir et se balade entre les cables ou sur le fauteuil. Dans le cyber-bar, la plupart des clients jouent à League of Legends et ont entre 19 et 34ans. Certains fument et on peut acheter à boire. Toutes les heures ou toutes les demi heures, une voix féminine donne l'heure en ajoutant des infos que je ne connais pas. Le cyber-bar est assez propre, lumineux, et agréable. Pour avoir une cession il faut absolument un numéro d'identité chinois, Coco avait pris la carte d'identité de son copain pour moi. Mais ça n'a pas été nécessaire puisque j'ai mon pc.

En sortant, je l'invite manger des nouilles puis on se quitte à l'arrêt de bus. Je rentre chez Fay, il n'y a personne, et je me renseigne sur mon propre retour en Europe.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Jeu 12 Mai - 16:02

Mercredi 11mai
Je passe la journée à terminer la transcription de l'entretien délirant fait ce samedi. Il me reste quelque sachets de nouilles instantanées puis une fois la transcription terminée je veux avancer sur les concepts. Mais je n'ai plus vraiment le courage alors je sort dans le but de chercher un endroit où me poser en buvant quelque chose tout en réfléchissant à la problématique. Sur ma route, j'achète 2baozi puis je trouve un endroit mais la salle est pleine. J'achète quand même une espèce de thé vert à la crème (hasard quand tu nous tiens) puis je rentre et j'avance à la rédaction des concepts avec de la musique sur les oreilles. Ça marche plutôt bien, j'en oublie de manger, et le soir j'ai terminé la partie méthodologie à minuit.

Jeudi 12 mai
Au matin, je suis réveillée très tôt par la faim, donc je sort manger des petits baozi avec du riz et des beignets de soja (si c'est bien ça). Il me reste l'entretien de Roga à retranscrire et c'est terminé pour les entretiens fait en anglais. C'est plus rapide pour celui là puisqu'elle parle moins. Je mange encore des nouilles instantanées puis une fois la transcription terminée, pareil, je veux travailler à ma problématique. Mais très vite je me sens trop déconcentrée pour le faire alors cette fois j'emmène mon ordinateur au restaurant occidental d'à coté. Je commande ce qu'il y a de moins cher : du « pain à l'ail » qui se révèle être de la brioche sucrée à l'ail. Pour 6yuans. Au bout d'une heure, le vent se lève, alors je retourne chez fay et j'appelle Renaud. Il m'envoie 4pages scannées d'un livre de sociologie dont j'ai besoin, resté sur mon étagère. Puis je sort manger, je prends des nouvelles de mon père, et me voilà rentrée. J'espère encore avancer sur les concepts ce soir pour être sûre de ma problématique. Bref, je reste encore 3semaines en Chine, mais je commence un travail d'étudiant, plantée derrière mon pc, j'ai peu de « chinoiseries » à raconter.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Dim 15 Mai - 5:39

Vendredi 13 mai

Je consacre ma journée à la reformulation de ma problématique et hypothèses. Ce n'est que le soir vers 17h que je parvient à rédiger quelque chose qui me va. Après avoir pianoté sur facebook je me couche à 00h30 sans hypothèse claire.



Samedi 14 mai
Je boucle l'hypothèse en 2h, comme quoi c'est le repos qui manque, puis j'envoie mes suggestions problématique/hypothèse/plan à ma directrice de recherche. À 9h45 je suis sortie, je manque un premier bus pour acheter à manger puis je prend le second ; Le trafic est très mauvais mais j'arrive quand même avant 11h, heure de rendez vous avec Coco pour aller faire l'entretien à Damoyu. On veut commencer par visiter le marcher, je partage le déjeuner que j'ai acheté. Lorsque je l'attendais j'ai vu le bus passer, et une femme chercher des personnes pour sa navette. Je lui dis qu'on est deux, elle embarque du monde mais finalement quand Coco arrive, la navette est vide : « il vaut mieux attendre dehors », elle a raison : un autre bus passe et nous fuyons la navette aussi. Pendant que la dame annonçait sa recherche de passagers pour Tuanjie, je vois d'autres personnes s'amuser à ajouter au marqueur que le C61 fait 10yuans au lieu de 8. 10yuans : prix de la navette au noir.

Une fois à Tuanjie, nous allons au marché. Je rachète des cloches et un sac qui est vendu très cher dans les lieux touristiques et même… en France. De 20yuans , on le fait baisser à 10yuans. Pour coco, dans les marchés, il faut baisser de moitié le prix. Le vrai prix est souvent la moitié du prix annoncé. Et 25 % dans les commerces plus formels.
On mange des nouilles pour 16yuans puis on prend le C61 qui part presque tout de suite. Ce car devient très fréquent puisque j'en vois 3 sur le trajet. Il nous dépose à Damoyu et en ajoutant le temps de marche, on arrive à temps pour l'entretien. Je ne comprends pas bien quand on me dit que TT est là « avec les enfants », mais l'entretien reste prioritaire car Coco n'a pas beaucoup de temps. Ça se déroule bien, et Coco s'habitue à l'accent local.


A la fin de l'entretien, TT et des enfants arrivent, ils ont « fini », fini quoi ? Fini l’événement qu'on m'avait annoncé pour le lendemain : TT m'a oublié et la date a changé. « ce sont les parents qui ont demandé d’avancer ; mais il y aura peut être un autre événement la semaine prochaine.
Je vois 13 enfants : 6garçons et 7 filles (environ 7ans)
et 18 adultes : 5hommes, 13femmes (4 femmes semblent être grands parents, et 6femmes paraissent plus jeunes que les autres -27-40ans moyenne sans compter grands parents)
Ce matin à 9h ils ont d'abord fait une visite puis ont planté des légumes dans l'espace du dortoir qu'ils ont visité (ainsi que les pratiques écologiques qui y sont faites), ils ont mangé ensemble puis sont allé planer des graines et des concombres dans les champs.
Ce n'est pas le même groupe que le 3, eux viennent de Kunming. (sur une demi année, plusieurs groupes de familles prévoient de venir). Elle est victime de son succès car « on n'a même pas officiellement commencé le projet)
TT est en charge d'enseigner comment planter les graines (alors qu'elle est aussi en train d'apprendre) et d'autres parents se sont donné d'autres rôles (animateur, photo etc) ; ils participent aussi et ont des rôles importants
ils mangent des fruits et des bricoles préparées par les parents ,
puis se rassemblent pour annoncer la fin de l’événement, féliciter les meilleurs, donner le score des enfants qui ont bien réussi leurs activités, et les meilleurs font un discours. Une petite dit « je sais enfin ce que c'est que le travail de cultivateur et je comprends le sens de la phrase « on doit économiser les graines »
16h10 : les parents sont aussi appelés et félicités
16h30 : les parents se réunissent avec TT pour discuter de l'organisation de la journée, de comment rendre plus fort leur réseau et mieux agir plus tard (sécurité, hongkong, lujiaya -pcd?) ; les grands parents qui sont des femmes ne participent pas à la réunion mais l'écoutent à l'écart
il n'y a donc pas de vrai organisateur à proprement parler : ils sont tous parents et se connaissent via le bouche à oreille/ amis d'amis : créent un réseau et se demandent comment le rendre plus fort.
17:05 fin


J'aurais droit à 10 minutes et une seule question dans tout ça : pourquoi vous avez choisi de participer dans cette activité ?
Homme : « je suis très occupé chaque jour, c'est l'occasion pour moi de passer du temps avec mon fils. Je trouve que les résultats à l'école ne sont pas ce qu'il y a de plus important, ce qui est important c'est de toucher et expérimenter le mode de vie réel. » « je connais cet endroit via un ami qui est dans une association d'amateurs de lecture. Il a eu cette invitation et me l'a proposé »
homme : « je trouve que dans la vie quotidienne en ville, au travail et à l'école, on manque de temps et de pratiques naturelles : alors c'est une bonne chose de permettre aux enfants de connaître la terre, la forêt, et le travail agricole ».
Femme : « avec ces activités, lorsqu'on rentre à la maison, même si on habite en ville dans un appartement, on peut refaire ce qu'on a appris ici. Que ce soit pour planter des légumes ou la réutilisation de l'eau. »
homme(?): « aujourd'hui les enfants ont beaucoup de pression parce qu'ils doivent avoir les de très bonnes compétences à l'école etc. mais les connaissances naturelles c'est aussi important, ici ils peuvent apprendre plus ».


Quand tout le monde est parti, j'aide TT à faire la vaisselle. C'est son anniversaire, j'ai apporté quelque cadeaux, tant mieux. Puis on va voir l'avancée de la maison qui a un toit et des murs dont les finitions ont été faites. Elle et son mari discutent de détails sur la construction. Puis ils me conduisent jusqu'à l'auberge de jeunesse H2H car j'ai appris qu'un groupe d'étudiants était présent.

Il y a 6 filles et 5 garçons
ils viennent de l'université des minorités du yunnan, sont en fin de licence/début de master, en « travail social »
le soir, de (20-?)21-22h ils font une réunion et travaillent ensemble sans professeur ni organisateur. (ils refusent d'utiliser une 2nd feuille du bloc note pour sauver l'environnement)
22h19 ils font le planning pour le lendemain 22:30 les photos et c'est terminé

on me donne l'occasion de me présenter – en chinois – et je suis intégrée dans leur groupe pour le lendemain.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Dim 15 Mai - 16:30

Dimanche 15 mai

Le réveil est difficile, à 7h pour les rejoindre à 7h30. En fait à 8h tout le monde n'est pas réveillé. Un peu endormie je prend un café. Je demande le programme « après le petit déjeuner on va dans l'arrière cour faucher ». Faucher ? Faucher.

Les étudiants sont en « service learning » ils viennent de trois universités du Yunnan différentes, mais sont tous étudiants en « Social work », ils sont 10 en tout. (6filles, 4garçons)
Ce n'est pas la première fois qu'ils viennent à tuanjie (3ème) mais c'est la première fois qu'ils logent dans l'auberge H2H. Ils viendront une fois par semaine « couper l'herbe et discuter ».

à 8h20 donc, on va dans la cour arrière et chacun d'entre nous s'empare d'une paire de gants et d'une faucille. On s'éparpille dans le champ et on coupe les herbes hautes. Certains chantent, on discute parfois, je pose des questions en chinois autant que possible mais je ne suis pas très sure des réponses.
À 9h on s'arrête et on déjeune des baozi dans la « salle polyvalente ».
à 9h15 ils se mettent au travail, ils discutent du programme, font des votes, et à 9h30 le tableau sur lequel ils ont écrit la veille est remis en avant. Chacun va cherche son carnet et ils se mettent à discuter.
Je vois sur les notes d'un étudiant qu'ils ont probablement eu la présentation du Powerpoint de H2H social enterprise, et sûrement la visite qui va avec. De temps en temps, quelqu'un donne l'heure, pour le bon déroulement de la réunion. Ils discutent entre eux et avancent sur un projet.
À 9h56 j'ai l'impression qu'ils se répartissent des tâches, en tout cas l'un après l'autre, ils se proposent pour quelque chose, qui est noté au tableau.
À 10h25 tout est silencieux, ils prennent le temps d'écrire sur leur carnet pendant bien 10minutes ; ça s'arrête à 10h35, chacun discute à nouveau et une personne prend des notes sur le tableau. Sans feutre cette fois, mais avec un stylo pour écrire plus petit. (surement en référence la « protection de l'environnement » et du papier d'hier).
À 11h : Mr Law arrive, et à 11h15 une porte parole lui fait la présentation de leur avancée.
J'entends parler de « parents aident les enfants » de catégories : « étudiants, parent / enfants, zhonglaojuan », de « cichuang (marché?) », « protection environnementale », « fin processus » ? Bref, mon chinois est toujours insuffisant.
11h20 Mr Law photographie le panneau d'hier. Puis ils présentent le travail d'aujourd'hui. J'enregistre la présentation.
Mr Law joue un rôle de conseiller (professeur) donne son avis. À 11h20 il répond pour donner son avis et les étudiants notent. Il critique surtout la « vitesse » dans la réalisation d'un projet d'entreprise sociale, car on peut avoir une belle idée et vouloir la voir appliquée très vite. Il y a aussi le problème de l'argent : l'entreprise dont quand même pouvoir se suffire à elle même.
11h46 il demande aux étudiants s'ils ont des questions, cela continue jusqu'à 11h52. À 11h55 les étudiants font une clonclusion.

Mr Law me donne de nouvelles informations :
il s'agit d'une présentation qui vise à partager des idées pour la ferme écologique. Parmi les étudiants il y a trois groupes, l'un est spécialisé dans les entreprises sociales, l'autre dans les enfants migrants, et le dernier dans la ferme écologique
c'est l'occasion de mettre en pratique et une opportunité du fait du projet d'écoferme de H2H d'essayer leur idée. Idée de « social enterprise qui peut échouer ou non, mais cela n'a pas d'importance dans ce cadre et n'a pas d'engagement grave. C'est surtout pour l'expérience. Ils apprennent comment à partir de leur idée, créer un porjet viable sur « le plan buissness », qui est « le plus important » selon M » Law.
Ils n'ont pas payé pour le logemen ici, « c'est symbolique ».


Pendant tout ce temps, je relis aussi la traduction que Betty a faite de l'entretien de Ran Be et je commence la lettre de recommandation. Li Shuang me demande aussi de l'aide pour traduire un texte, mais je ne pourrais le faire que le soir. Coco m'envoie son mémoire, je le relirai demain. J'ai aussi revu XiaoHe et PengDuoYing avec qui j'ai fait une photo. Elle a un bon feeling avec moi et espère qu'on se reverra ; j'espère aussi pouvoir retourner à la ferme et voir le projet tourner à l'occasion. Elle m'a offert des livres en chinois pour apprendre la culture traditionnelle. Et moi, je suis dégoûtée d'avoir perdu les 10min d'entretien pendant lesquelles elle en parlait. Je n'ai quasiment aucun souvenir de ce qu'elle a dit.

Comme je suis restée avec eux, je vais manger avec les étudiants. Je m'attendais à un bol de nouilles mais non ils vont dans un restaurant où ils commandent des plats. Il n'y a personne dans cette grande maison aménagée en restaurant, on mange pour 20yuans/personne. Une des filles, qui m'avait vue au marché, met une appli « live » sur son téléphone et ils s'amusent de voir que plus de 50personnes nous regardent.
Lorsqu'on rentre il est déjà 14h, des filles ramassent des mures sur la route, que j'avais vu à l'aller en me jurant de ne pas les manger vu le dépôt blanc dessus, mais elle en ramassent et les nettoient malgré tout. Je demande le programme de l'après midi : « couper de l'herbe et discuter » ; si j'ai bien compris : comme ce matin.
Je décide de rentrer parce que j'ai très froid, n'ayant pas pris assez de vêtements, et parce que je suis fatiguée. Je dis au revoir à tout le monde et je marche jusqu'au centre du village. Sur la route je vois un camion dont la plaque est volontairement masquée par trois cd-roms. J'entre dans le bus, et j'arrive vers 16h chez fay. Je me repose, puis je sort manger, et j'écris mon CR en me jurant de ne pas me coucher tard. Mes yeux recommencent à me faire mal.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Dim 22 Mai - 17:02


Lundi 16 mai

Je commence par relire le mémoire de Coco, puis je m'attaque à la présentation des espaces. Ça s'avère plus dur que ce que j'imaginais : j'ai beaucoup trop de données et je ne sais pas comment les traiter. De quoi parler et de quoi ne pas parler parce que j'en parlerais sûrement plus tard… Alors je sort manger des nouilles, l'avantage c'est que je suis en forme et que j'ai bien dormi, puis j'y retourne pour passer l'après midi sur l'article suivant :
http://www.blog.etikamondo.com/2016/05/16/heart-to-heart-international-youth-hostel-%E8%BF%9E%E5%BF%83%E5%9B%BD%E9%99%85%E9%9D%92%E5%B9%B4%E6%97%85%E8%88%8D-every-small-drop-count/
Le soir, je marche un peu dans la rue, et je croise les danseurs et les enfants qui apprennent à jouer du rollers. Je dois être « blasée » de la Chine pour ne plus y prêter attention. Pourtant ils sont mignons ces enfants, quand l'animateur leur demande de sauter sur place, hop, en voilà qui réussissent, en voilà d'autres par terre. Et je me demande si ces danses nocturnes n'auraient pas une place dans la tradition ?
à 2h du matin je m'endors enfin après avoir passé du temps à faire la mise en page sur wordpress, qui est une horreur.



Mardi 17 mai

Je suis réveillée tôt à cause du départ du mari de Fay, comme ma chambre donne sur le couloir de l'entrée. Cette journée ne donne pas grand-chose. Je re-dors le matin, je regarde mes emails et discute sur internet, je corrige mon article etika, je commence des brouillons de mails que je ne fini pas. Je sors manger, puis ça recommence, mails, discussions, puis à 15h30 je prend le bus pour rejoindre Li Shuang à l'université.
Elle me demande de l'aide pour des traductions, on discute de l'entretien de Zhang Na, et on prévoit la visite de l'atelier de H2H pour mardi. Elle me dit de ne pas m'inquiéter pour l'entretien car « Li Yuan m'a promis ».
Il y a deux choses simples que je ne dois pas oublier de faire :
- donner les coordonnées des entreprises à etika mondo + ma présentation
- faire les lettres de recommandation pour les étudiants
On mange ensemble, puis je rentre chez fay.

Mercredi 18 - Jeudi 19 - vendredi 20

Si ces trois jours n'ont pas eu de beau compte rendu, c'est parce que je les ai consacré à mes articles. Le mercredi, je finis l'article de Heart to Heart community care. Je commence Celui d'A'Bu. Je passe en fait 2jours par article. Le jeudi j'appelle mon père, qui travaille autant que moi derrière son ordinateur cette semaine. Tous les deux, on a nos petits projets et notre maladie de la perfection de vouloir faire pour soi. Il m'apprends que la compagnie de tourisme au Guizhou a fait revenir des étrangers peu après mon départ.
Entre autre, ils ont aussi fait venir des poètes du monde entier. « parce qu'ils se disent qu'ils sont une ville de poètes », et je sais que la patronne a déjà publié, et doit avoir son réseau. Je le questionne, apparemment des gens de plus de +50ans hommes et femmes d'un peu partout. Ça me rappelle l'époque où je faisais de la poésie et les opportunités que j'avais vu en Chine à ce niveau là. Je garde ça en coin de mon esprit. Le jeudi soir j'ai fini l'article de A'bu. Ça me permet d'avoir une esquisse de présentations.
Vendredi, Je m'attaque à l'article de Li Ri. La forme du site a changé, j'ai consacré un peu de temps avec l'administrateur d'Etika pour apprendre à faire la novuelle mise en page, et c'est difficile à prendre en main au départ. Le matin, comme je n'arrive pas à travailler, je pars à H&H pour acheter quelque souvenirs, j'en profite pour prendre un petit déjeuner -vraiment pas cher là bas- à 2yuans. (lait et beignet de soja). Je finis l'article toute l'après – midi.
Le soir, une amie de Fay nous rejoint, on mange ensemble, et je me repose en regardant deux dessins animés avec eux, dont zootopia en anglais/chinois.^^

Samedi 21 mai
Je suis un peu déçue car Li TingTIng m'apprend la veille que l’événement avec les enfants est annulé à cause de la météo. Mais c'est un fait, il pleuvra tout le week-end.
Je passe la journée sur la mise en page des trois articles :
- Gooday : http://etikamondo.com/gooday-sustainable-developpement-lifestyle-center/
- A'Bu : http://etikamondo.com/abu-jeans-family/
- H2H : http://etikamondo.com/heart-to-heart-international-youth-hostel/
Puis le soir, deux autres amies de Fay viennent manger une fondue chinoise. Au total, ce sont 4 camarades de dortoir au lycées qui se retrouvent. Je ne comprends pas le chinois, sauf qu'elles ont beaucoup l'air de parler du loyer à Kunming, cher.
Je suis surprise de voir que finalement, dans leurs habitudes en invitant des gens, ils ne discutent pas beaucoup, sauf pendant les repas. Le reste du temps c'est téléphone/télévision. Au moins, je vois que Fay n'a rien contre moi, c'est simplement leurs habitudes.

Dimanche 22 mai

Je me réveille vers 8h45, le temps d'écrire un mail et envoyé la totalité des présentations à ma directrice de recherche. Puis je confirme le rendez vous pour 11h30 avec Coco et Betty. Pour les remercier de leur aide , je les invite à une pizzeria conseillée par leur professeur. J'arrive à 11h, avec 30minutes d'avance je peux un peu repérer les lieux. Je suis à coté de la voie ferrée. Alors je marche un peu sur les rails, et je ne m'y attendais pas, mais des trains de passagers y passent encore, au milieu de la ville. Pourtant beaucoup de gens ont l'habitude de marcher sur la voie ferrée. Des hauts parleurs tout au long de la voie s'activent pour nous dire de nous écarter, et le train arrive très doucement.
Je trouve la pizzeria et je prends quelque photos, finalement Coco m'appelle en me disant « je sais pas où je suis » ; heureusement que j'avais fait un repérage, elle m'attends de l'autre coté vers un Mc Do, Betty nous rejoindra au même endroit. Les pizzas sont bonnes et pas trop chères, enfin, je paye 70yuans pour une mais sa taille « petite » est assez grande pour trois. Puis on se sépare. La météo est mauvaise et elles ont des choses à faire.
Je rentre donc, puis je passe l'après midi à corriger la traduction de Coco puis de Li Shuang, puis le mémoire de Béa. Le soir, je rattrape mon retard un peu en tout, dont le compte rendu.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mar 24 Mai - 17:45

Lundi 23 mai

La pluie ne s'est pas arrêtée de tomber depuis samedi, orages sur orages. Je passe la journée en alternant entre corrections d'extraits de mémoire de mon amie, et analyse de mes propres entretiens. Je range par thématique chaque information importante. J'ai l'impression que ça me prendra énormément de temps et j'ai du mal à faire le tri. Je sors deux fois pour manger, de la fenêtre je vois une tonnelle neuve chez un livreur, elle n'aura pas tenu l'après midi.

Mardi 24 mai

Je dors mal à cause du programme de la journée que je veux déjà avoir achevé ; je pars avec beaucoup d'avance et j'arrive au local de H2H l'ONG avec une heure d'avance. J'attends Li Shuang et une femme qui nous présentera les projets. J'ai besoin de précisions.
Quelque années plus tard, je retrouve ce quartier dans le même état. Sous la même pluie. Ça me rappelle le quartier de A'bu de par les immeubles récents à un horizon pas si éloigné. On voit une route récente en goudron, des immeubles qui se construisent, des voitures ; On se retourne, et la route est en béton fissuré, l'eau se glisse où elle veut, les fils électriques sont emmêlés et les rues sont étroites. Passe à coté de moi un petit transporteur comme on en voit beaucoup, comme un san mao, qui tracte avec une corde une femme sur son vélo-remorque qui contient de quoi faire un petit snack de rue, son vélo n'a plus de chaîne. Le quartier n'a pas changé.

Le local de H2H lui, oui, un peu. La cour où jouaient les enfants n'est plus une cour mais a un plafond, le bâtiment s'est agrandi et de nouvelles pièces sont apparues ; un carrelage remplace le béton. Je ne vois pas d'enfant. L'atelier est au rez de chaussé maintenant, dans une pièce plus petite.
Je suis revenue pour visiter « l'atelier vert » et avoir plus de précisions, le magasin de vêtements de seconde main et le travail de « recyclage ». Présentés comme étant un ensemble de « green collar jobs » dans la rubrique « entreprises sociales » du site web de H2H ONG.
Concernant les tissus, ce sont surtout les jeans qui sont réutilisés, les autres sont neufs. Ils ne récupèrent que les grandes tailles pour la couture, les autres seront revendus dans le magasin de seconde main.
Il y a 5 employées en tout : Seulement 3 couturières sont employées, et 2 travaillent à la récupération des vêtements et dans le magasin.
Elles sont migrantes des campagnes, mais pas seulement du Yunnan (2014), aussi du Guizhou (2009) et de Chongqing (2010). « toutes viennent du sud ouest de la chine », « car les paysans ne peuvent plus vivre de la terre, l'agriculture ce n'est plus suffisant pour vivre, payer la santé et les études des enfants ». On parle beaucoup des migrantes au féminin ici, H2H veut faire une « communauté de femme », d'entre-aide entre migrantes. Mais ces femmes viennent accompagnées de leurs maris. Eux travaillent plutôt dans le transport ou la construction. Ils ont parfois avec eux leurs jeunes enfants.
Les broderies Han, Yi etc, sont réalisées par des femmes du quartier pendant leur temps libre. Souvent ces femmes ont des emplois peu valorisés comme dans le domaine de la construction. Elles brodent chez elles ou quand elles doivent surveiller leurs enfants, puis les donne à l'atelier où des objets sont fabriqués à partir de ces savoir-faire.
Elles font la conception des produits et reçoivent parfois des commandes. Un jour A'Bu a fait une commande en proposant un design, mais « j'ai entendu dire que le design était trop dur à faire pour les femmes ici ; au départ, beaucoup d'entre elles ne savaient pas utiliser les machines à coudre ». Ici, les femmes « apprennent à coudre ». Si elles sont peu nombreuses ou « ne restent pas », comme je l'avais compris la première fois, c'est parce que ce travail est peu payé « plus de 1000yuans mais moins de 2000/mois, un peu plus pendant les comandes spéciales ». Elles trouvent souvent un meilleur emploi ailleurs. Elles travaillent 5heure par jour dans la semaine « quand elles veulent ».
H2H voit plutôt ça comme « un endroit pour discuter, car les migrants se connaissent peu ; et c'est une possibilité d'apprendre et de se mettre en contact avec le marcher. » l'apprentissage de la couture est plus présenté comme une compétence ou des expériences qui pourraient être « utiles plus tard ».

Les produits sont vendus - sur internet, sur Taobao, mais il y a très peu de clients. - via des étudiants dans le cadre d'un partenariat qui vendent leurs produits à Hong Kong. - via des visites ici, certains achètent, - sur la foire biologique de Kunming qui a lieu une fois / mois. « comme c'est en rapport avec la protection de l'environnement on a une place ».
On me dit que « depuis l'année dernière, on a assez d'argent pour payer les travailleuses » ; mais 30 % de leur revenu va dans le « fond de la communauté de quartier » pour aider les personnes (frais d'hôpital, médicaments, alimentations pour les malades)…
L’entrepôt rassemble les objets « recyclés », « récupérés » par des dons. Elles ne sont que deux à récupérer les vêtements et vendre dans le magasin.
Parmi les vêtements récupérés : 1/3 des vêtements sont donnés à des victimes de zones sinistrées et des villages pauvres, 1/3 sont revendus, dans les 2 magasins de quartiers différents ou bien des ouvriers les récupèrent pour les vendre sur les chantiers. 1/4 va au recyclage, surtout les jeans et le coton, pour faire de nouveaux objets.

Ils ne sont pas une entreprise sociale, encore moins une entreprise, c'est l'ONG qui gère ces activités. « mais on a le projet de devenir une entreprise sociale, le problème c'est qu'il n'y a pas de statut, ici c'est un projet à long terme ». S'ils attendent un statut ? « Ce projet tourne dans l'ONG donc pas besoin de payer de taxes, mais si jamais le statut d'ES existait et qu'il fallait payer des taxes, on ne prendrais pas le statut d'ONG ». Si c'est légal pour eux en tant qu'ONG de faire ces activités commerciales ? « On peut pas vraiment mais ils ont pas dit qu'on pouvait pas » ; « personne ne vient nous demander ce qu'on fait, et puis les salaires sont faibles et vont aux fonds de la communauté ». « c'est un cliché en chine : les gens pensent qu'une ONG ne peut pas gagner d'argent ou faire du commerce, les gens croient que les ONG ne font que donner de l'argent aux pauvres ». « Ici on fait une activité, on veut être une Entreprise Sociale parce que ça va de soi : vendre des choses et aider les gens ».


Li Shuang et moi repartons vers 11h30, je lui donne sa « paye », 600yuans dans un paquet cadeau. Je ne sais pas si c'est peu ou beaucoup, je l'aide aussi aux traductions et aux frais des repas/transports, quand je lui demande son avis, elle me disais « c'est toi qui décides ». Alors j'ai pensé que ça serait simple comme ça, je ne me voyais pas ne pas lui donner d'argent alors que je lui avais dis que je serais en mesure de le faire. Les choses ne sont pas simples et j'apprends moi aussi à gérer ce genre de situations, j'apprends à être l'origine de ces rencontres et discussions, j'improvise beaucoup, la plupart du temps j'improvise mes questions dans les visites. Ça garde un air formel, je joue mon rôle, mais plus je fatigue moins j'y met de soin.
On se quitte et je rentre chez Fay à midi pour dormir un peu ; puis je refais quelque corrections (mémoire, mail) avant de repartir pour la librairie, terminer – enfin – l’entretien avec Li Yuan. Elle m'a d'ailleurs envoyé le programme d'une activité ce samedi. Enfin ! Sur l'environnement et les entreprises sociales où A'Bu participe. Je suis contente, et c'est aussi le jour du marché Bio, j'attends de savoir où et quand cela arrive. Par contre, pas de temps pour voir Siyin qui habite à Mile, il ne reste qu'un weekend…
A la librairie, je relis mon guide et met de l'ordre, Li Shuang arrive avec 10minutes d'avance, Li Yuan avec 20minutes de retard, on commence tout de suite l'entretien.

Préoccupations environnementales : l'eau potable, la pollution du sol, la pollution de l'air. Qui touchent à l'alimentation et la santé. La cause, le gaspillage engendré par l'homme, et le manque de conscience et de connaissance de ce dernier sur ces problèmes.
Qui devrait agir ? « On ne peut pas résoudre rapidement », l'individu : par la conscience, mode de vie, et consommation. En limitant son désir ou en sachant faire des choix., les entreprises, qui devraient êtreplus sociales,le gouvernement, par la politique.
Situation à venir ? : « donc aujourd'hui je pense que ça s'améliore car de plus en plus de gens s'intéressent à ces deux problèmes ». : les problèmes liés à l'eau : il y a un manque d'eau douce, et dans l'alimentation, liée à la pollution de l'eau et de la terre
L'action des individus ? « C'est lent, mais j'ai de l'espoir »
La qualité des médias ? « les individus doivent juger l'information, les médias choisissent une partie d'un événement, et les individus, les organisations, doivent rassembler, traiter, toutes les informations, pour se faire une idée ». Peu le font, mais quelque uns.

Je demande des précisions sur PX, le projet d'usine polluante qui avait entraîné de nombreuses manifestations à Kunming.
« Beaucoup de gens se sont inquiétés, mais le projet a quand même eu lieu, ça a été construit à Anning SHi ». « beaucoup de gens étaient contres, mais il n'y a pas eu de recherches approfondies, et des organisations poursuivent aujourd'hui cette affaire » ; il y a un « groupe weechat pour dire « non », lutter contre ».
Je suis déçue de voir une dernière illusion véhiculée par les médias occidentaux s'effondrer, je dis à Li Yuan que certains ont crié victoire pour la démocratie environ mentale chinoise trop tôt.

Si elle est touchée dans la vie quotidienne ? 1- Par la sécheresse : tous les ans, pendant les saisons sèches, il n'y a pas d'eau chez elle pendant quelque jours, puis c'est un autre quartier, puis un autre. 2- « à cause du changement climatique, on voit depuis ces 5dernières années : il a fait très froid et neigé deux fois cette année à Kunming et 3- il y a des grandes pluies ».
Qui est concerné ? : tout le monde est concerné, et surtout par l'insécurité alimentaire. Parce que « les paysans mettent beaucoup de produis chimiques : d’engrais et de pesticides dans les champs, et il y a de plus en plus de cultures sous serres, c'est mauvais pour la santé ».
Ce qu'elle fait ? « donc j'achète bio, je paye plus de 1000yuans pour le riz bio. Et j'achète de l'huile faite par les locaux avec des pépins. Parce que l'huile vendue dans les magasins est OGM ». Mes parents cultivent leurs propres légumes, aussi toute ma famille, mes oncles, mes tantes etc. J'ai commencé à faire ça en 2011-2012 ; j'achète de l'alimentation dont je connais la provenance ». Aujourd'hui elle est inquiète pour la santé, de plus en plus de monde fréquentent les hôpitaux. « En 2012 j'ai commencé à m'intéresser à la sécurité alimentaire, via A'bu et l'idée de low carbon, on cherche à manger bio, puis j'ai influencé ma famille »
Autour d'elle : beaucoup d'amis font comme elle, mais peu de monde si on compare avec la totalité. La majorité sont très occupés, manquent de temps pour ce genre de choses. « ils ont cette pensée très vieille : gagner de l'argent d'abord, l'alimentaire et la santé en dernier ».
Optimisme ? : elle pense que ça peut changer car elle influence de plus en plus de gens. C'est « un coup de pouce au changement », mais aussi, parce que c'est nécessaire. Il y a cette idée que si tout le monde achetait de la nourriture saine, ça créerait une demande et changerait les choses.
Si le développement économique et l'environnement peuvent aller ensemble : « oui, mais il faut assumer notre responsabilité et laisser passer l'égoïsme », « je pense que l'intelligence de l'homme et la science peut apporter une solution ». « mais il faut des freins : des freins à l'intérêt, au désir »… à cause des conflits d’intérêt »
Le mode de vie moderne ? « ça prend beaucoup de temps et ça n'est pas profiter de la vie. La vitesse de la société est très rapide, et les relations entre les hommes sont mauvaises. Les gens recherchent le profit, et perdent l'équilibre de la vie ». « avant la vie et le travail étaient équilibrés » « donc il y a des gens qui veulent une vie « lente », « simple », avec peu de vêtements, proche de la nature, et de la famille ; ils prennent le temps de lire etc ».
Si c'est le mode de vie « low carbon » ? non, « low carbon » c'est rechercher la qualité de la vie, avec des légumes et du riz sain. Et « faire soi même ses propres produis ».
Difficultés pour ça ? « le choix : les habitudes de vie et de travail », mais « on doit changer, et les gens ont des habitudes et son paresseux, ils n'ont pas envie de changer ». « si on passe à ce mode de vie, dans 3-5ans, c'est peu de changements pour nous, mais c'est beaucoup pour les conséquences sur la santé en vieillissant ». « les gens ont l'intelligence pour changer, mais : le commerce, la consommation, la concurrence : fait qu'on en est loin ».
D'autres changements dans sa propre vie ? « Évidement, l'eau douce, les déchets, », « mais c'est un problème, les déchets maintenant sont enterrés ou brûlés, il n'y a pas de tri des déchets en Chine. Et les déchets enterrés polluent l'eau souterraine et provoquent l'apparition de bactéries ». « pour les individus, c'était très difficile de réagir, donc cette question m'a intéressée : j'ai fais les cours à A'bu sur les déchets, pour créer des produits ménagers à base de peaux de fruits ; pour qu'au sein des familles, les gens réduisent leurs déchets. Sauf que des familles ont achetés des fruits pour faire ces produits…. »

Une fois l'entretien terminé , on mange ensemble puis on se sépare.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Sam 28 Mai - 16:22

Mercredi 25 mai

Le nouveau jeu est de rassembler les entretiens par thématique, ça me pendra énormément de temps, mais j'ose espérer que ça m'en fera gagner ensuite, à la rédaction.

Jeudi 26 mai

Je passe la matinée sur l'entretien de Mr Law qui est loin d'être terminé (33pages de transcriptions!) puis le soir, Coco me rejoins pour qu'on mange ensemble avant son départ en europe.


Vendredi 27 mai


Je termine pendan la matinée la première partie de l'entretien fait avec Mr Law, puis je pars pour rejoindre l'autre groupe d'étudiants pour 12h30. Daniel passe un entretien pour un stage et a peu de temps, Saphir se perds, Chloé le retrouve. Je commande une pizza à partager, même la taille moyenne est bien assez grande pour nous quatre. Je leur distribue leur « lettre de recommandation », comme l'a suggéré Coco. « c'est très officiel ! » me dit Chloé. Effectivement, qu'ils en fassent ce qu'ils en veulent. J'ai du modifier celle de Saphir qui finalement n'a fait que des transcriptions en Chinois, mais finalement ce n'est pas plus mal. Il semble un étudiant vantard et qui essaie de tout faire « je parle déjà le français et l'anglais, et l'année prochaine je vais m'inscrire pour apprendre le japonais etc »…

On part ensemble au centre ville, il fait très chaud. On se promène au « marché aux fleurs et aux oiseaux ». C'est toujours chers et les marchands n'ont pas de patience, ils ne veulent pas négocier. « elle est curieuse mais elle n'achète rien », « non jeune fille, je ne peux pas baisser le prix ». Il y a de plus en plus de magasins d'objets venus de Thaïlande (figurines, savons, alimentations, tee-shirts) et les vieux bâtiments laisse de plus en plus place à de nouveaux. Vers 17h je suis dans le bus, entre les embouteillages, puis j'arrive enfin chez Fay.


Samedi 28 mai

J'ai bien dormi, je bricole un peu mon plan avant de partir, je déjeune et j'y réfléchis encore dans le bus ; j'ai 1h de trajet pour arriver à l'est de Kunming à coté d'un carrefour où je cherche le « marché bio » dont m'a parlé la personne à H2H. Je peine un peu à trouver tellement c'est petit.
Il y a 9 stands pas plus, donc 2-3 non alimentaires qui vendent savons ou objets en tissus, c'est le cas pour H2H. Les autres vendent du riz, des haricots, de la farine, du sucre, des nouilles, du goji, fruits séchés, baozi sans viande…
Parmi les passants au moment où j'arrive je vois 13 femmes et deux enfants, il n'y a quasiment pas d'hommes comme clients. Je vois Xianrong et son fils qui passent, elle prend le temps de discuter avec chacun. Ils se connaissent tous.
Les clients sont plus intéressés par le non alimentaire ou les produits de beauté. Parfois des gens passent, demandent le prix, abandonnent. L'alimentaire est bio, et alors plus cher. Mis à part les habitués, les gens n'achètent pas. Mais pour les habitués, ils peuvent acheter en grande quantité, notamment le riz et les haricots. Il faut dire que le marché se tiens une fois par mois.
Les gens se connaissent, se revoient, clients ou vendeurs, ils se côtoient, s'aident pour la monnaie etc. Les clients sont jeunes pour la plupart. La trentaine ou ont des enfants. Mais il y en a aussi un peu plus âgés.
Il y a environ 4 personnes par stands, dont quelque hommes. Un stand est géré par une femme et trois enfants, ils vendent le savon et font du papier à base de papier mâché. À chaque produit vendu, les gérants notent les ventes.
Les enfants font une démonstration de fabrication de papier. Ils mixent les morceaux prédécoupés de papier avec de l'eau, puis le tout trempe un moment. Les enfants récupèrent les copeaux mouillés avec un filtre improvisé avec des bas. Puis ils l'étalent et épongent un peu le papier avec une petite serviette, puis le laissent sécher au soleil.
Il y a au total, 10 – 15 organisations qui vendent parfois ici. Ils sont là depuis 2 ans. Mais les consommateurs restent les habitués. « les autres regardent mais cherchent des choses moins chères ». pourtant, on me dit que c'est une aide aux paysans, avec distribution des gains à part égale.

Je repars vers 12h40 et j'attends le bus 70 un moment ; celui ci me dépose à 13h30 à la prochaine étape : le forum sur l'environnement et les vieilles maisons que m'a proposé Li Yuan. J'attends Li Shuang puis nous cherchons l'endroit. On demande dans un hôtel qui nous dit de passer par l'intérieur, on monte un escalier en fer, puis on redemande notre chemin : il faut encore monter. Ces routes à différents niveaux me rappellent légèrement Chongqing. On trouve un panneau qui parle du forum mais aucune indication du lieu. Deux jeunes femmes cherchent aussi, alors on cherche ensemble. Finalement, des personnes sont venues à notre rencontre, donc Zhang Na. Qui est venue aider Li Yuan. L'entrée coûte 30 yuans, mais en tant « qu'amies de Li Yuan », on entre gratuitement. Il est 14h15 et ça commence à peine. Je prends un café à 15yuans pour me réveiller.

C'est la salle d'exposition de « the elephant bookstore », gérée par un jeune architecte. Lui et Li Yuan ont organisé cette première conférence qui sera suivie d'une par mois sur différentes thématiques pendant un an.
[…]
J'ai l'occasion de rencontrer à nouveau le professeur – architecte de l'université d'art du Yunnan. Il présente une vidéo qui se déroule à Damuoyu avec les volontaires, je profite de la pause pour le questionner sur le rôle d'ils ont joué.
→ à Damuoyu, ce serait un « centre d'échange culturel », mais selon lui il y a un problème : il y a des risques de manque d'eau à cause du barrage. « je ne sais pas si dans le futur, il y aura encore de l'eau ».
→ Les méthodes naturelles : pas de ciment ni de fer pour respecter la nature
→ Les étudiants étaient 10 et s'occupaient du design et du travail de construction dans la conception du bâtiment. Ils ont aussi faits des travaux légers mais le reste était fait par les volontaires. « mais d'autres personnes pour les travaux lourds. »
→ Donc principalement un travail de design : ils faisaient le modèle à l'université puis venaient sur place pour voir si le design s'accorde ou non avec la réalité.

Le forum concerne surtout les villages du yunnan, je ferais une présentation détaillée une autre fois. On se sépare vers 6h, je dis au revoir à Li Yuan, je revoir Panda, l'étudiant en art rencontré en 2012 chez A'bu, il est photographe dans le forum.
Une fois rentrée, je mange quelque pommes de terres puis je ne tarde pas à me coucher. Une chose a réussi à me surprendre : un petit véhicule électrique qui charge 4personnes dans sa remorque mais… sur des tabourets, les deux premiers s'accrochent sur le rebord, et les deux autres personnes s'accrochent aux deux premiers passagers.



Dimanche 29 mai

J'hésite un peu à me promener en ville mais je décides de passer la journée à travailler pour terminer l'analyse des entretiens fait avec les entrepreneurs. Ma valise est déjà très pleine alors je ne m'imagine pas acheter de nouvelles choses à offrir malgré mes yuans restants. J'ai hâte d'être de retour en France. Je mange toujours dans le même restaurant musulman, la famille (deux grands parents, leur fils et sa femme, et leur petit fils d'un an) commence à me connaître. On me demande quand je repars, très bientôt. Le lendemain ils me regarderont en souriant « tu es revenue ». Leur petit fils s'amuse avec les cigarettes et le briquet, en tendant le paquet à un ami de la famille, qui l'aide à allumer la cigarette. L'enfant s'en met une à la bouche, le père rigole en faisant mine de le gronder.

Lundi 30 mai

Le matin, j'annonce à Fay mon départ mercredi, elle me dit qu'elle sait. Puis je passe la journée à analyser d'autres thématiques de l'entretien, je commence par le plus long et le plus fatiguant. Je profite d'être ici et de n'avoir rien d'autre à faire. Bientôt, le café, l'internet non censuré, les plantes et le chat redeviendront mes sources de distractions pour me détourner de mon travail. Même si mes yeux me font un peu mal, j'essaie d'aller jusqu'au bout. J'apprends que les grèves de train vont m’accueillir à mon retour, mais j'improviserai peut être.
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