Terrain 2016

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Terrain 2016

Message  mystheria le Lun 7 Mar - 18:47

6 et 7 mars



Ça y est, je pars en Chine à nouveau.

Pour moi, ce voyage est très différent des autres, je pars pour finaliser le projet de recherche en sociologie que j'ai présenté en Master 1. Je ne pars plus « pour revoir mon père », « pour voyager » « pour faire semblant de mettre en place un projet » ; je met à l'épreuve ces brides de questionnement dans le cadre de ma formation. Et j'espère fortement aboutir à quelque chose.
J'espère, oui. Parce qu'en vérité je sens que ça sera difficile pour moi ; si j'ai cette fâcheuse habitude de mettre la barre haute avant de sauter, aujourd'hui elle est si haute que ça en devient ridicule.
Bon, on m'a répété d'avoir confiance en moi, j'ai assez tourné le problème dans tous les sens pour vous faire subir ça, vous le verrez au fur et à mesure par vous même.

Mon projet de recherche porte donc sur ces entreprises sociales, découvertes par hasard, à Kunming. Ce que je veux comprendre, c'est l'engagement des acteurs dans ce type de structures, et leurs motivations. Qu'il s'agisse d'entrepreneurs, de bénévoles ou de clients, ou encore de la population « aidée » dans ce cadre ; comment perçoivent t ils les questions sociales et environnementales mises en avant ?


Je suis donc partie hier, dimanche 6, de Genève. Un peu triste, stressée, puis apaisée ; j'emporte avec moi une collection de fleurs de Bach et une peluche, je vais bien, tout va bien. J'avais reporté le départ à 2mois pour me préparer au mieux ; je n'ai pas eu le temps de faire la moitié de ce que je voulais finir avant de partir, mais c'est toujours ça de gagné. Ou de temps pas encore « perdu ». Car je reste seulement trois mois en Chine. Et pour rassurer la grande stressée que je suis, Renaud va me rejoindre trois semaines au cours du séjour.

--

Le départ de Genève a déjà ses quelque surprises, après avoir fait la queue en sautillant de temps en temps pour croiser le regard de mon n'amoureux qui m'a accompagné à l'aéroport, je demande un petit sac en plastique pour mes flacons de fleurs de Bach. Devant moi, une demoiselle voilée se voit demander de retirer jusqu'à ses chaussures ; belle différence de traitement.
De l'autre coté, je cherche mon numéro de porte qui n'est pas indiqué sur mon billet, c'est bien indiqué, et me voilà assise à attendre mon vol. je sors mon pc et mes lunettes (fraîchement acquises pour le travail), et je me lance dans la traduction de mes guides d'entretien.

Rapidement, nous voilà tous dans l'avion. Parés à partir, ou pas. On ne décolle pas mais on fait demi tour pour rejoindre le lieu d'embarquement et résoudre un grand mystère : il y a des bagages enregistrés, mais pas les passagers qu'on est revenus chercher.
L’Allemagne vu de haut me donne une impression bizarre : d'abord beaucoup de maisons et d'espaces verts; puis à Frankfort, des buildings très haut à l'horizon. Il pleuvait, ce qui a donné une atmosphère étrangement sombre à l'arrivée. Ça reste joli, avec beaucoup d'arbres feuillus, aux tons oranges des feuilles laissées sur le sol. S'ajoutent dans le paysage quelque grandes éoliennes, quelque panneaux solaires.
Je passe la douane, j'évite les machines automatiques pour sauver quelque employés. Parlons en des employés d'ailleurs : à Genève, ce sont des portiques où nous scannions nous même les billets, qui nous ont donner accès au couloir menant à l'avion. Et une fois dans le couloir, tout le monde s'arrête et attendent : on avait oublié d'enlever une barrière en tissu, et personne n'a osé faire le geste de la détacher.
Pendant ma première escale, je cherche un wifi instable. C'est une misère. Ça marche parfois, parfois non. Le temps d'écrire un mail important, ça ne marche plus. J'ajoute les pièces jointes tant bien que mal en finissant sur le Jolla… Puis je dois aller au guichet pour faire changer mon billet donné par la machine à Genève, contre un beau billet Luftansa. On m'explique que mes bagages n'iront pas jusqu'à Kunming mais que je devrais les réenregistrer à Shanghai, c'est aussi de cette manière que j'aurais ma carte d'embarquement pour le dernier vol. Visiblement c'est toujours ça avec la Chine, mis à part un aéroport, il faut réenregistrer les bagages à chaque fois.



Me voilà enfin dans l'avion pour la Chine, mon seul objectif : dormir.
Une hôtesse de l'air vient nous voir, moi et mon voisin pour nous annoncer que nos écrans ne marchent pas. Je n'en ai rien à faire, mais pas mon voisin ; qui lâche un petit rire quand je dit que je n'en ai pas besoin. Plus tard, je comprends plus ou moins en chinois qu'il finira en première classe. Moi je gagne deux sièges pour m’allonger. En plus, j'ai pensé à prendre de vieux cache-yeux et des boules-quies ; ce que je recommande aux voyageurs qui espèrent dormir un minimum.


Shanghai, ma très chère ville redoutée pour les souvenirs que j'en ai (Beaucoup de soucis à l'aéroport). J'ai trois heures pour attraper mon vol, j'ai presque de l'avance d'ailleurs. Deux choses me préoccupent : ma valise et la douane chinoise.
Pour la douane, je fonce dans le tas, entourée d'une flopée d'étrangers, mon tour vient. J'avais préparé un peu mes réponses au cas où on me questionne « -vous allez étudier à quelle université ? -c'est l'université de Pékin qui m'invite -alors pourquoi votre adresse est à Kunming » ; bref, tout un dialogue d'étudiante stressée.
Je perçoit quand même un traitement différent pour un visa étudiant que pour un visa tourisme. On traîne beaucoup plus, avant le coup de tampon. D'ailleurs, j'ai droit à des questions. En chinois. Je ne comprend absolument rien, puis un homme vient derrière le guichet comme pour chercher quelque chose en adressant la parole à mon interlocuteur : ce dernier passe à autre, chose, abandonne son interrogatoire -car il ne parle pas anglais- et tamponne mon passeport.

Me voilà en Chine, je repère très vite ma valise. Puis je sors pour partir à la recherche du prochain vol. Rien d'affiché, à force de questions on fini par me guider à un guichet où j'enregistre mon bagage à nouveau. Puis je repasse les contrôles de sécurité, encore un long regard sur mon visa, puis je fini par passer jusqu'à une nouvelle salle d'attente où j'attends à nouveau.
Des choses ont changées, encore. Déjà, une petite phrase sur la vigilance, et des barrières en plus pour lutter contre je ne sais quel terrorisme.

Il y a des prises pour recharger mon pc, et du wifi qui me demande un numéro de téléphone que je n'ai pas. Je reprend mes traductions de guide d'entretiens. Je suis si concentrée que je ne suis pas au garde à vous dès que l'embarquement commence ; je rentre dans le 2nd car, presque vide. C'est là que je fais la connaissance d'un francophone qui a travaillé pour Air China et qui va dans le Yunnan pour réfléchir au développement de parcours de randonnées pour les Suisses et Savoyards.
On discute des médias, entre terrorisme et Tibet, puis on se souhaite un bon vol avant de rejoindre nos places.

Bon vol, on attend une heure avant de décoller. Le véhicule qui devait tracter l'avion se fait attendre. Puis on décolle enfin. Malgré les turbulences et les discussions, je réussi à dormir pendant ce trajet. L'aventure ne se termine pas à l'arrivée, car je dois rejoindre Kunming en Taxi pour trouver où habite Fay, une amie qui m'héberge pour trois mois. Je loue la chambre de sa mère absente.
Une idée me vient, je retrouve Dylan pour lui proposer de partager les frais de Taxi. Comme il test un service d'Air China, il a un service de chauffeur qui l'attend ; nous rejoignons donc le centre de Kunming ensemble. Il me prête son téléphone pour que je puisse contacter Fay et la mettre au courant de mon retard. Le service fut grand et je l'en remercie.
On se quitte donc sur la route, où je prend tout de suite un autre taxi à qui je fais lire les indications que mon amie m'a donné. Finalement c'est un peu loin et j'arrive à 20h30 dans la rue. Mais je tourne sans cesse dans cette rue sans comprendre où on peut se rejoindre. Je demande aux gens, aux gardiens d'immeubles, mais s'ils ne sont pas myopes ils m'indiquent toujours l'autre sens. Au final une femme qui parle anglais vient m'aider et appelle Fay qui me rejoint : c'était juste a coté, il suffisait de lire les indications sur la porte de l'immeuble.

On discute du voyage, de mes projets, puis après une douche bien méritée, me voila ici à vous écrire. L'aventure reprend donc.


Dernière édition par mystheria le Dim 20 Mar - 6:00, édité 1 fois
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mar 8 Mar - 16:52

Mardi 8 Mars 2016

Le décalage horaire m'agresse gentiment dès le matin, et je me force à me lever. Fay et moi prenons la matinée pour gérer ma « paperasse de survie ». On sors, et après qu'elle m’ait montré un endroit où prendre un bol de nouilles matinal, nous commençons par l'achat d'une carte Sim.

Dans toutes les démarches, heureusement que Fey est présente. Acheter une carte Sim pour un étranger est devenu compliquer, même s'ils scannent mon passeport et mon visa… de l'année dernière. Fay signe le contrat même pour moi, en écrivant « colllete ». A la fin du séjour, il faudra que j'y retourne pour leur dire que je n'utilise plus le numéro.
Ensuite, la banque. Changer 300 € devient une véritable galère, car le formulaire pour étranger entraîne de nouveaux formulaires, apparemment en nombre suffisant pour que tout chinois préfère faire la démarche via son propre compte.
On demande alors à Fay sa carte d'identité, qu'elle va chercher ; une fois revenue à la banque, on l'embête un peu et on perds beaucoup de temps. Visiblement elle a du ouvrir un nouveau compte (heureusement gratuit) pour pouvoir faire le change.
Pendant qu'elle pars chercher sa carte, j'appelle mon père, qui est à FengShan depuis peu, et qui commence sérieusement à se demander s'il reçoit les emails sur Gmail. Son VPN est en difficultés.

Dernière étape, je dois me déclarer au bureau de police local car j'habite chez un particulier. Généralement je zappe cette étape, parce que je bouge beaucoup. Mais pour trois mois, je préfère faire comme il faut. Le poste est à 4 arrêts de bus. Au guichet, on nous envoie n'importe où, ce qui nous vaut une petite visite des locaux ; pour finalement redescendre au guichet à coté de l'entrée.
Rassurée, je remplis un formulaire mal imprimé qui ne me demande même pas mon type de visa. Au moment de rendre le papier, la personne au guichet a disparue ; à son retour on donne plus d'informations, ma date de départ, une photo d'identité, Fay répond en ce qui concerne mes études, et c'est fait.
On se quitte à l'arrêt de bus, je rentre à l'appartement quand Fay pars travailler ; il est 11h30. Je suis épuisée.


L'appartement est petit, mais très bien pensé.
Le couloir à l'extérieur donne une impression froide de bureaux aux portes blindées. D'ailleurs, je peine à fermer la porte car il y a un vent incroyable qui s'engouffre par les fentes. Il n'y a pas de poignée, seulement un verrou. Je ferme la porte et j'avance, quand celle si se ré-ouvre brusquement ; une fois, deux fois. Je joue un peu avec la serrure avant de réussir à fermer.
Il doit y avoir 35m2. Ma chambre est juste à gauche en entrant ; il y a à peine la place pour un lit mezzanine et une armoire. Un des mur est une vitre blanchie pour laisser passer un peu de lumière du jour. Le couloir donne sur un petit salon, un bureau est posé en biais contre le canapé, la télévision en face de ce dernier, et une table carrée contre le mur de ma chambre. À droite du couloir, un autre couloir qui donne à gauche sur la chambre, en face sur une salle de bains « lavabo/wc/douche », et à droite une petite cuisine. C'est tout. Mais des vitres teintées sont toujours là pour faire passer la lumière, ou des meubles à fond de miroirs bien placés. Parmi les photos, je vois que Fey connaît aussi l'auberge de jeunesse de Heart to Heart, je la questionnerais là dessus plus tard. J'aimerais faire un entretien avec elle puisqu'elle a été bénévole chez A'bu.

Mais pour faire les entretiens… Je dois traduire mes guides.
Même si je suis fatiguée, je me met au travail, et je traduis la quasi totalité du guide pour les entrepreneurs en anglais. En anglais et pas en Chinois, parce que je n'ai simplement pas le niveau. J'espère tout de même alléger la tâche des amis à qui je demanderais une traduction. Mes questions deviennent plus directes, mais plus claires.
Je reprend aussi mon organisation, je demande de l'aide à droite à gauche pour la langue. Je prévois de faire une première visite chez A'Bu le lendemain. Je stresse un peu pour les papiers des bourses étudiantes que je dois faire signer… à Pékin… Le VPN fonctionne finalement, la veille, j'ai cru que non. En fait, c'est variable ; soit ça marche pas du tout, soit un peu, soit très bien. Ça me va, merci Renaud !

Le mari de Fay puis Fay rentrent vers 6h alors que je travaille encore. On dîne ensemble. Fay est « toujours végétarienne, même s'il y a un peu de viande dans les raviolis » ; elle « devient catholique puisque c'est le cas de l'ONG où elle travaille ». Après le repas, on sors marcher un peu.
Chaque élément se reconnecte, je suis à deux pas de « Heart and Hands », l'entreprise sociale qui emploie des personnes handicapées ; on recroise même une des employées que j'avais vu cet été. À Trois pas d'un magasin de nourriture western, et à 4 pas du restaurant végétarien. Quand je demande « pourquoi avoir choisi ce quartier pour l'entreprise sociale ? », on me répond que c'est peut être « parce qu'il y a beaucoup d'étrangers ». Il faudra que je fasse un tour.
Voire que je fasse des entretiens avec ces employés, et que je demande à pouvoir visiter leur lieu de travail, à 2 arrêts de bus d'ici.
Si seulement la langue était moins un handicap ! Ou que j'étais constamment accompagnée… Mais je commence à en douter. L'étudiante qui pourrait m'aider est très prise par son propre mémoire.

On marche encore jusqu'au wallmart, pour se repérer ; puis jusqu'au parc où de nombreuses personnes sont déjà à se promener et à danser. En rentrant, je demande l'adresse postale pour les papiers nécessaires à ma bourse. Je suis vraiment fatiguée, mais j'espère terminer ma traduction.
J'en viens parfois à me demander ce que j'étudie, si c'est la sociologie, l'anglais, ou le chinois. Ah !Ça ira !
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mer 9 Mar - 19:19

Mercredi 9 mars

J'ai déjà l'impression que le temps fuit entre mes mains. Mon insomnie a repointé le bout du nez, puis je me force à me lever vers 9h. Je termine la traduction du guide pour les entrepreneurs que j'envoie directement à une amie chinoise. Puis je sors prendre un bol de nouilles avant de me relancer à l'aventure, je rejoins Li Yuan de l'entreprise A'Bu pour 2h30.

J'arrive largement en avance, et je suis épuisée. Je prends des photos du quartier puis je vais faire un tour dans la rue qui mène à l'ancien « atelier » de A'Bu, où j'ai logé en 2012 et fabriqué quelque bracelets à base de jeans recyclés. L'idée était d'expérimenter un mode de vie « low carbon » dans ce lieu.
La vieille route en terre qui longeait le quartier flamboyant neuf aux multiples chaînes internationales, n'existe plus. Adieu veaux, vaches, cochons ; enfin, adieu les poules. Ces quelque mètres carrés de campagne dans la ville n'existent plus. A la place, un beau chemin pour les promeneurs au long d'une rivière artificielle, et derrière de nouveaux commerces. Tout me paraît tellement plus propre qu'à l'époque. Et c'était il y a à peine quelque années. Je marche encore et je vois que de nouveaux bâtiments sont construits, ça sent le béton, les gens peignent leurs futurs boutiques d'un blanc flamboyant, presque tout est neuf. Plus loin, les immeubles où A'Bu avait son espace existent toujours.











Je rejoins Li Yuan à 2h30 comme prévu. Elle est de nouveau surprise de me voir seule ; et moi, aussi surprise de la voir seule car je m'attendais à voir du monde. Je parle en chinois et son anglais s'est amélioré. Je lui raconte que je viens de me promener et de voir tous ces nouveaux bâtiments. Elle soupire « Regardes, partout ils construisent, ici ils construisent, ici aussi ».
Puis elle me montre les nouveautés à l'intérieur. Je remarque tout de suite l'autel bouddhiste qui a remplacé le présentoir de bracelets en jean. Elle me montre des médicaments à base de plantes. Puis la salle réservée au bouddhisme, toujours là « où les gens étudient ». Plus tard, on ira dans le « bureau » où je retrouve le présentoir oublié vers une fenêtre, et la flopée de tableaux à base de jeans (2012) qui n'ont toujours pas trouvé d'acheteurs.

Elle me parle d'un grand forum qui a eu lieu à l'université du Yunnan en Juin dernier. Le premier forum à Kunming autour du sujet des entreprises sociales ; mais surtout, le premier en Chine qui propose des solutions concrètes, qui montre des témoignages réels d'expériences de pratiques entrepreneuriat social.
Sur les photos qu'elle me montre, un homme connu à Taiwan dans le « social Buisness ». Et un expert au sujet de l'agriculture : Wen Shuen Qu. Parmi les intervenants, 4 experts et 5 professeurs. Parmi le public, pour 20personnes intéressées au départ, ils sont 200 : des « buisness entrepreneurs », des « innovateurs », des étudiants et des professeurs d'université. Venus principalement de Shanghaï et Pékin, mais la majorité viens du Yunnan.

Pour améliorer notre communication, une amie de Li Yuan nous rejoins : je l'ai déjà rencontrée en 2013. Elle apprend le Français à Paris et a terminé son mémoire sur une comparaison des médecines chinoises et françaises. Elle m'aide à m'organiser et m'éclaire sur de nombreux points.


A'Bu s'est réduit à un espace ces dernières années. Quand je suis venue en 2012 et 2013 il y avait un bureau en centre ville, un lieu d'activité dans le vieux quartier, et cet espace qui venait d'ouvrir. Je l'ai pris pour un « restaurant » et un « lieu de discussion » mais c'est plus que ça encore. Réduction parce que « c'est plus écologique », dit elle en rigolant. Elle compare son entreprise aux autres, qui ont de plus grands espaces, plus de monde, mais qui se réduisent à une activité. Son lieu est « petit mais efficace ».
Li Yuan est seule dans son entreprise. Et cette dernière a plus de 4ans. « C'est rare qu'une entreprise sociale dure plus de 4ans » en Chine, beaucoup ont abandonné. Il y a un souci d'éternelle adaptation à un monde qui change trop vite. « On dois suivre la société » ajoute son amie.

En effet, le champ d'activités d'A'Bu a tendance à me perdre totalement : Je n'ai jamais compris comment on est passé de la protection des éléphants d'Asie, au recyclage de Jeans, puis à un restaurant végétarien, jusqu'à des… cours de bouddhisme !
A'Bu est en fait un lieu d'échange, qui n'est pas concentré sur une activité mais plusieurs. Li Yuan fait tout pour s'adapter et faire vivre son entreprise. Mais son véritable objectif est d'inspirer des personnes, et encourager de nouvelles actions sur différents plans. Peu importe l'action d'A'Bu en vérité, sa véritable action est de mettre en coordination les différents acteurs.
Voilà pourquoi il n'y a personne dans ce que je croyais être un « restaurant » : c'est en fait « un lieu sur demande », un lieu pour discuter, « un lieu pour faire » (partager des livres jetés, cuisiner...). Les buts d'A'Bu sont les suivant : l'aide aux personnes, le changement de société, la protection de l'environnement, et réfléchir à un autre mode de vie. « questionner ensemble le mode de vie actuel ».
Actuellement, elle a un projet avec l'école de langue « Robert's school of languages », pour relancer l'activité de recyclage de jeans. Et elle veut mettre en relation des personnes de cette école, avec des personnes qui travaillent au gouvernement local, puis des personnes de l'université ; qui ont en commun un intérêt pour ces activités.

Un lieu sur demande, qui influe « un peu » les gens, mais pas pour tout le monde. On a deux type de clients que j'avais pré-senti : certains viennent ici parce que « c'est bien ici », c'est original, c'est une bonne action ; pour manger ou acheter des choses. Cela ennuie presque Li Yuan, ils viennent parce que c'est cool, mais pas pour agir.
L'autre partie, ce sont des personnes qui veulent vraiment discuter d'un sujet. Par exemple, la semaine dernière, il y a eu une discussion autour de l'avenir des entreprises sociales. Quand la question est venue de chercher de l'aide, la réponse à l'unanimité était : de contacter Li Yuan.
Ce qu'elle veut, c'est « planter une graine » dans l'esprit des jeunes, les encourager à créer leur propre entreprise sociale. Elle ne se ferme pas sur son propre projet, elle veut connecter les différentes actions. Sa philosophie de plus en plus inspirée par le bouddhisme est que « le résultat des entreprises sociales, qu'il soit efficace ou non pour le changement, n'a pas d'importance ; l'important c'est l'action, ici et maintenant ». « Ce qu'on fait est plus important que le résultat ».
Elle est visiblement une personne « ressource » pour les entreprises sociales, active dans de nombreux domaines.

Il n'y a donc pas d'employés, quand des personnes ont besoin d'un lieu, ils la contactent et elle ouvre. Tous les samedis et dimanche, il y a des cours de bouddhisme. C'est ce qui marche en ce moment. J'irais ce dimanche participer pour l'observation.
Selon Li Yuan, la religion est importante. Peu importe d'ailleurs la religion : on retrouve ce principe de « prendre ce qui nous plaît des religions ». D'ailleurs, parmi les diplômes de Li Yuans affichés dans l'espace à atmosphère discrètement bouddhiste, on a des universités catholiques. Elle me donne l'exemple de Fay qui « deviens plutôt catholique ». On a là l'idée de l'altruisme, de ne pas penser qu'à l'argent.

L'argent est un problème qui revient. « Les gens pensent trop de l'argent » dit son amie en français. Et c'est un véritable problème pour une entreprise sociale telle que A'Bu. Aucun bénévole ne reste éternellement. Les gens qui viennent ne reviennent presque pas, le groupe change très souvent.
Plus tard, je discute avec son amie, qui me dit en français combien c'est « dur pour les chinois ». Car ils n'ont pas de ressources et ressentent un « manque de sécurité » vis à vis de l'avenir. Pas de protection sociale, le moindre accident peut être fatal, alors on cherche à avoir de l'argent.
La vie à la campagne devient chère, les gens migrent par nécessité, pour trouver de l'argent. Les maisons, le village natal de cette jeune femme, n'est plus qu'un tas de béton. « C'est chiant ! ». Je ressens un déchirement, dans la perte de la beauté et l'attachement à ce lieu d'enfance.
Le choix de l'argent est alors la raison évoquée pour expliquer l'instabilité des volontaires qui ne se lancent pas dans l'aventure du social et de l'environnemental.

Sur une vidéo qui m'est présentée ( videos.ccwb.cn/video_player_2014112017063379KB9.html ) , une personne explique que « l'innovation sociale, c'est avoir une idée. Ce qui entraîne deux challenges : Le premier est de faire quelque chose, le second est de faire en sorte que l'idée marche. » La sociologie de l'environnement nous dit beaucoup là dessus.
J'aurais beaucoup à ajouter, j'ai cru avoir perdu mon enregistrement mais je l'ai. Li Yuan est au courant de mon projet et me met en contact avec des « volontaires » (aussi entrepreneurs !), la traduction d'un autre guide m'attends ! Elle doit me tenir au courant de chaque venue spontanés de personnes. J'irais dimanche au « cours de bouddhisme ». Et demain, je la rejoins à midi pour rencontrer une personne de Hong Kong, influente dans le domaine des entreprises sociales en Chine.

Lorsque nous quittons l'espace, je suis épuisée. Je veux rentrer pour écrire tout ça. Puis devant le bus que veulent prendre Li Yuan et son amie, cette dernière me dit « tu viens avec nous » ? Je n'ose pas dire non, je viens. On va jusqu'au centre ville où on marche le long du marché aux fleurs et aux oiseaux, pour rejoindre un restaurant bouddhiste. Donc végétarien.
Ceux ci sont de plus en plus nombreux en Chine, le bouddhisme prend de l'ampleur dans le Yunnan. Mais la principale raison des clients de ces restaurants est avant tout le végétalisme, car il y a « trop de soucis avec la viande ». Sécurité alimentaire, nous voilà.
On parle aussi du Tibet, c'est d'ailleurs elles qui viennent vers moi sur le sujet.

L'amie de Li Yuan a un projet : créer une entreprise culturelle autour du thé, des jeux de société, de la musique et de la calligraphie chinoise à Paris. Elle est venue chercher des partenaires et repars pars dans deux jours. Pour elle, « les français sont enfin ouverts là dessus », ce genre de lieu n'existe pas encore.
C'est donc naturellement (à la chinoise), qu'après le restaurant nous nous rendons dans une maison de thé pour parler de son projet. Je ne nie pas que ma présence en tant que française peut avoir son effet. On nous fait visiter l'espace, mi style japonais, mi style chinois. Le lieu est bien restauré.

Vers 9h40 on pars, pour attraper les derniers bus, et je rentre enfin me reposer après rédaction. La journée de demain sera longue aussi. Tuez mes insomnies !


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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Jeu 10 Mar - 17:52

Jeudi 10 Mars

Je me réveille avec l'impression d'avoir pensé toute la nuit. Pendant la nuit, d'ailleurs, j'ai envoyé des messages via weechat à Li Tingting (Li Ri) et Rawdon (H to H) pour leur dire que je voulais me concentrer sur A'Bu avant de passer à leur entreprises ; mais que s'ils passaient vers Kunming, je serais ravie de les rencontrer. Réveillée, de bonne heure donc, je vois que Rawdon me propose de le rencontrer le jour même car il a un meeting à l'université du Yunnan. J'ai déjà prévu de voir Li Yuan puis Li Shuang, qui deviendra mon interprète, alors je lui explique que ça va être difficile. Je commence la traduction du guide d'entretien pour les clients/entrepreneurs ; Puis Beatrice et moi, partenaires de galère sociologique, partageons quelque nouvelles de nos survies respectives via Weechat. (haha)

Comme à mon habitude, je pars en avance. J'ai préparé mon trajet en bus sur baidu.map, et je transfère un screenshot de mon écran sur mon téléphone. Comme à mon habitude, j'arrive en avance. Je retrouve le quartier où j'avais rencontré une doctorante en ethnologie de l'université du Yunnan, au « french cafee ». Ce quartier plein d'étrangers.
Je trouve « The Elephant Bookstore » (文化巷大象书店), une librairie partenaire de A'Bu. Je m'installe dans un café en attendant, et je continue ma traduction. A midi, je descend dans la librairie et je rejoins Li Yuan qui discute avec une personne qui gère une organisation de Hong Kong nommée « Partnerships for Community Development ». Elles discutent longtemps en chinois, parfois j'enregistre leur conversation à leur insu, je vois bien que parler chinois m'aurait été utile à ce moment ; dans le cadre d'une observation participante. Peut on considérer « The Elephant Bookstore » comme un autre « espace commun » ?, en tout cas la librairie nous offre un grand espace pour discuter quelque heures.



Elle me confirme que les premières entreprises sociales en Chine sont apparues en 2004. Pour elle, le phénomène est encore trop nouveau pour être descriptible et bien défini. On en voit les prémices aujourd'hui. Il n'y a toujours pas de statut, et elle rejoint l'avis de Li TingTing sur le fait que les entreprises sociales seront bien développées et auront peut être un statut, mais pas avant 10ans. Pourtant, il y a beaucoup d'entreprises sociales partout en Chine, mais principalement dans le Yunnan, à Beijing, Shanghai et Guangzhou. Les grandes villes se préoccupent des problématiques environnementales car les citadins payent pour des produits.
Pour elle, les ONG et la société sociale doivent coopérer à travers le monde de l'entreprise et des experts du social. Et malgré l'idée générale qu'en tant qu'entreprise « we need to make profits », les problématiques environnementales se définissent selon elle plus dans un mode de vie, que dans un aspect commercial. Pourtant, les entreprises sociales seraient selon elle le seul moyen pour protéger l'environnement, à travers l'adoption d'un mode de vie adéquat.
La problématique de l'argent sort encore, à travers l'idée de « culture chinoise » moderne, qui pousse les individus à ne penser qu'à s'enrichir (Leur statut social en dépend). C'est pour cette raison que son organisation se concentre sur les minorités ethniques du Yunnan. Selon elle, les ethnies ont conservé leur culture traditionnelle, qui est plus respectueuse de l'environnement. Pourtant, les jeunes issus des minorités ethniques veulent aller à l'extérieur de leurs communautés, ce qu'elle définit comme une véritable « crise d'identité » chez ces populations : coincées entre une culture propre et une société chinoise à toute vitesse qui les aspire. Les jeunes vont donner beaucoup en travaillant à l'extérieur, « mais ils ne sont pas heureux ». Son entreprise vise donc à valoriser la culture et les savoirs faire traditionnels de ces groupes ethniques, pour qu'ils aient conscience de la richesse de ce qu'ils ont. C'est à travers les cultures traditionnelles, qu'on pourrait selon elle, inspirer une prise de conscience chez les autres.
Le Yunnan garde sa particularité qui s'exprime selon elle par un important « social interest », plus que pour le « buisness ». « Peut être aussi dans le Sichuan ou à Chengdu, mais moins ». Pour elle, dans ces régions, les parents encouragent les jeunes à développer un petit buisness, et lorsqu'il s'agit de se demander « un buisness dans quoi ? », les individus ont plutôt tendance à accorder ce projet avec des questions environnementales ou sociales.

Au cours de la discussion entre cette personne et Li Yuan, Rawdon, Xiang Rong -directrice de Heart to Heart Community care-, et un autre membre de l'ONG me trouvent. « Are you Colette ? ». Je m'attendais à la venue de Rawdon, puisque je lui avais dit que je resterais là l'après midi. Li Yuan est surprise de les voir, ils se connaissent. Puis on s'installe à une autre table. J'improvise.
On me demande mon projet de recherche, rapidement mon programme et ce que je veux faire ; on se présente rapidement. Je me rends compte qu'il ne faut pas que j'oublie les migrants, si non je risque de les froisser. Le but est « a first meeting », on me questionne sur ce que j'ai fait en 2012 chez Heart to heart ; je galère avec mon anglais mauvais. Je dois leur envoyer mon « search plan » rapidement, dire qui je veux rencontrer etc. Je risque de bifurquer sur l'ONG pour ma recherche.
J'apprends que le village de Li TingTing est à 10min en bus de l'auberge de jeunesse de Heart to Heart. Bonne nouvelle. J'apprends aussi qu'il y aurait un projet de création d'un département « social enterprise » à l'université du Yunnan. On se serre les mains à nouveau, et on se quitte. Je prend une pastille de rescue pour me remettre de mes émotions.

Émotions que je ne manquerais pas à faire subir à Li Shuang ; qui débarque pile au moment où je commence à discuter avec l'amie de Li Yuan. On s'est à peine dit bonjour qu'elle sert déjà d'interprète. C'est laborieux. Son français n'est pas nul, mais il n'est pas bon non plus.
Elle prend des notes, elle se trompe, finalement on reprend l'anglais. Je m'en veux un peu de l'avoir testé sans le vouloir de cette manière. Mais il faudra faire avec. Elle n'est jamais allée en France et n'est pas spécialement studieuse. Je fini par comprendre que c'est grâce à une amie de l'université du Guangxi, qui a demandé à ses professeurs une étudiante pour m'aider ; que j'ai eu son contact. Liu Hong n'a donc peut être rien fait. Malgré tous les mots laissés à l'université du Yunnan il y a deux ans.


Li Yuan nous laisse un moment, j'explique mon projet à Li Shuang, je parle doucement. Je lui montre les guides d'entretien, le vocabulaire, le plan. Elle est intéressée, elle me suivra et de toute façon il faudra bien le faire. J'essaie de la rassurer autant que possible. En disant que de toute façon, les entretiens seront enregistrés et que je pourrais retraduire les enregistrements après coup. J'essaie de me rassurer moi aussi.


Quand Li Yuan nous rejoint, elle nous emmène voir une future entreprise partenaire tout près d'ici : Robert's school. Un mystère s'éclaire, on en parlait hier :voilà donc le futur « Atelier » de A'Bu. On monte un escalier et on tombe dans une grande salle qui est à la fois un « café » et l'accueil d'une école privée de langues étrangères (principalement l'anglais) pour enfants et adultes (surtout des enfants). Dans la salle principale, il y a une vitrine avec les mêmes hiboux et livres en jeans, avec les logos de « A'Bu and jean's family » accompagné de « Robert's school ». On nous montre une salle avec de nouveaux tableaux à base de jeans récupérés.






La « Robert's school » est une entreprise créé en 2001 par un anglais et une chinoise. Ils ont aujourd'hui 4 écoles dans Kunming et ont déjà reçu des étudiants de l'université du Yunnan et d'une université de Hong Kong.
Dans l'école qu'on visite aujourd'hui, on a aujourd'hui 3 espaces en plus des salles de cours :
- un café où patientent les parents des enfants, il y a aussi un projet de cours de cuisine. La majorité des clients de l'école sont des enfants d'environ 10ans, puis quelque adultes, parfois des étrangers qui apprennent le Chinois. On est dans un quartier étudiant, avec de nombreux cafés, avec une certaine dynamique. Et une certaine sensibilité, notamment des étudiants chinois et les parents d'élèves inscrits.
- une salle de lecture (en projet) pour les parents qui viendraient acheter des livres.
- une salle qui servira d'atelier de fabrication

L'espace entier est donc à la fois un lieu d'exposition et de création. Et Li Yuan a fait beaucoup pour les conseiller dans leur projet. Il y a quelque semaines, ils ont fait une journée d'ouverture à tous les gens du quartier. Ils ont proposé aux personnes d'apporter des vieux livres et des vieux vêtements pour faire connaître l'endroit et les projets à venir.
Le directeur veut valoriser la culture du quartier, et y accorde le concept de « low carbon ».
- Parmi les vêtements donnés par les élèves et les parents, les jeans sont gardés, et le reste envoyés dans des villages des régions pauvres. Pour sensibiliser au recyclage à la réutilisation et à la non accumulation des vêtements.
- De même pour les livres ; pour encourager la lecture chez les parents des enfants, l'entreprise voulait vendre des livres neufs. Li Yuan a partagé avec eux l'idée de récupérer des vieux livres et les mettre gratuitement à disposition des parents qui attendent que leurs enfants finissent les cours. Lire gratuitement pouvant les encourager à acheter, plus tard, des livres pour eux.

« Robert's school » coopère déjà avec trois autres entreprises, dont une qui se concentre sur la calligraphie et la peinture. Le but étant d'encourager les enfants à savoir faire quelque chose de leurs mains via les ateliers.
Le style « Low carbon » est plus présent dans cette philosophie de récupération et non accumulation ; que de développement des savoirs fairs. (couture etc). Par ailleurs, on me dit que les entreprises sociales sont présentes partout en Chine aujourd'hui, et sont très demandées ces dernières années. (on a un besoin). Les questions qui se posent ici sont : celles de la diversité des activités pour la survie d'une entreprise ; et celles des partenariats, visiblement très importante en Chine.


Ce résumé m'a coûté cher de recollage de brides de questions et de réponses mal posées et mal comprises. J'ai senti que le passage par mon interprète étudiante était difficile. Li Yuan a abandonné, mais elle est malade ; et moi je me retrouvais invitée à « questionner et faire des entretiens ici si je voulais ». J'ai improvisé mes questions sans rien savoir ni rien comprendre à cet endroit. Mais j'aurais réussi à en récupérer des éléments qui me serviront de toute façon.

Vu l'état dans lequel est Li Yuan, elle se reposera demain, donc pas d'entretiens. Pendant la journée, j'ai fini la traduction du guide pour les interprètes. Je suis épuisée et je n'ai rien mangé. J'invite donc Li Shuang à manger avec moi, pour détendre l'atmosphère. Je comprend parfaitement que ce n'est pas facile pour elle non plus.
On va dans un restaurant Hui, et je récupère les restes pour me cuisiner quelque chose le lendemain. Puis je rentre, épuisée. Fait notable cette année : à Kunming, les nouveaux véhicules à la mode sont… les vélos !
Arrivée à l'appartement, je prend des heures à écrire ce compte rendu, et à 23h, je suis bien contente de me coucher « tôt ».


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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Ven 11 Mar - 16:42

Vendredi 11 mars

Journée flottante.
Je me lève vers 9h pour voir Fay avant qu'elle parte au travail. Je lui propose de faire un entretien demain. Au cours de la journée, le programme se fait : on ira pour 4h à la librairie pour l'entretien. Le matin, on partira à Xi Shan, la montagne la plus proche de Kunming, pour marcher un peu. Elle a cette habitude tous les samedi avec son mari. Puis on mangera végétarien dans un restaurant bouddhiste.
Liu Neng, mon professeur référent à Pékin, a envoyé les documents pour la bourse, je suis rassurée. Malgré une petite erreur moins urgente, je m'occupe de tout rassembler. Enfin, il me manque la facture de mon billet d'avion, il faudrait que je puisse utiliser mon adresse gmail pour contacter lastminute.com mais le VPN ne donne plus rien.

Vers midi, je me recouche. Je suis épuisée.
Puis je pars à 14h pour acheter des choses à manger au supermarché. Le « wallmart » est trop grand, quand j'arrive au milieu de produits de beauté, je me demande sérieusement si je vais trouver de quoi cuisiner. Tout est organisé type Ikéa, pour te faire marcher devant tous les rayons pour finir enfin à destination.
Au final, j'achète du thé et du faux café en sachets ; histoire de boire quelque chose le matin. Des nouilles en sachet, des boites de haricots rouges sucrés, des nouilles à cuisiner, et à boire. En rentrant je me sens faible, je me rends compte que je dois changer ma mauvaise habitude d'ignorer ma faim quand je suis seule en Chine ; le décalage horaire n'aide pas. Je tourne à un repas en dormant peu, c'est n'importe quoi. Bref, je vais faire un effort.
Une fois arrivée, j'utilise la cuisine pour faire cuire mes pâtes et y ajouter les restes du repas d'hier. Je passe l'après midi à préparer mon « search plan » pour Heart to Heart Community care ; faire un compte rendu rapide de ce que j'ai fait à ma directrice ; et traduire le dernier entretien en anglais. Enfin, il reste beaucoup à faire.

Et Li Shuang, l'étudiante en langue française, préfère le français à l'anglais ; alors le soir, je retraduis une dernière fois le guide anglais pour entrepreneurs, en français. Bref, on se débrouillera. Sophie, une amie chinoise à Paris, se fatigue à m'aider en traduisant en Chinois ; et j'ai peur qu'au final, tout ça se passe toujours autrement. Je carbure au thé. J'envoie des emails. Fay rentre, on discute un peu. Puis je me fais des nouilles en sachet avant de les rejoindre à leur table pour manger. Je finis la traduction du guide jusqu'au soir.

Bon anniversaire Renaud !

Samedi 12 mars

Je me réveille vers 8h15, au programme, j'accompagne Fey et son mari dans leur promenade à Si Shan, la montagne la plus proche de Kunming, et je vais un entretien avec Fey à 4h. On pars vers 9h pour prendre un petit déjeuner avant de partir en bus. Après un long trajet, on commence notre marche qui durera bien 4h allé-retour. C'était au programme de Fey et j'ai choisi de l'accompagner, elle aime marcher et prendre l'air pendant son temps libre. Il faut dire qu'on est samedi.
Les pêchers sont juste en fleurs, et le temps à Kunming nous montre à quel point il est particulier. Trop chaud ou trop froid, Fey m'explique que c'est comme la ville des « quatre saisons », avec l'hiver la nuit, l'automne le matin, le printemps en début d'après midi, et l'été en fin d'après midi. Il y a beaucoup de futures construction, et même une future entrée de métro. Elle m'explique qu'il y a 4ans, Si Shan se pratiquait sur un chemin de terre, aujourd'hui c'est goudronné pour les cars touristiques et les voitures personnelles, il y a même un gigantesque parking vers le guichet qui fait visiter les temples du coin. On emprunte un chemin de pierre avec de nombreux escaliers. Il y a énormément de monde qui se promène comme nous.







On arrive au sommet, où on trouve un petit village. C'est amusant de voir des vendeurs de lances pierres, ça me rappelle quelque temps de mon enfance en Chine. Il est midi, mais on ne mange rien. On regarde un peu les légumes en vente, puis Fey négocie quelque navets ; après quoi nous faisons demi tour. À quelque mètres du village, on s'arrête au bord du chemin ; Fey et son mari sortent une mini pelle et un sac plastique pour récupérer de la terre. « cette terre est plus naturelle, et meilleure pour les plantes ». On brasse un peu les épines des conifères pour récupérer une terre rouge propre au Yunnan. C'est là qu'un gardien du parc nous surprend ; il lance quelque mots en chinois et nous rangeons le tout avant de nous remettre en route.






(récupération d'eau : )


Je profite de l'occasion pour questionner Fey sur cette marche de 2h pour trois navets. Elle préfère venir ici de temps en temps pour acheter des légumes, ceux ci sont cultivés par les paysans du village, ils ne sont pas chers, et on peut les considérer comme des produits sain. Naturels, pourquoi pas « biologiques » (même si ce terme n'est pas vraiment utilisé). La terre, c'est pour ses propres plantes qu'elle a dans quelque pots à sa fenêtre.
Selon elle, de plus en plus de personnes en Chine prennent conscience d'une forme de nécessité de cultiver ses propres végétaux. Surtout pour savoir d'où ils viennent. Elle me dira plus tard, en entretien que « Jusque là les gens achetaient la nourriture la moins chère pour faire des économies ; mais en se rendant compte des frais causés sur la santé plus tard, ils cherchent vraiment à changer leurs habitudes à ce niveau ». Même les jeunes. Bien qu'on ai peu d'espace pour cultiver en ville.
Elle me dit aussi que sa mère avait l'habitude de cultiver, comme c'est le cas de beaucoup de chinois encore aujourd'hui, leurs parents ou grands parents étaient paysans, et Fey trouve important d'avoir et de pratiquer ce savoir faire. C'est aussi un plaisir pour elle.
La terre vendue dans les grandes surfaces est chère, et a aussi des engrais chimiques ajoutés. Donc autant prendre de la terre « pure » ici. Je lui demande si beaucoup de personnes prennent la terre dans un parc comme elle l'a fait, elle me répond que oui. Puis elle me dit d'un air désolé « mais tu sais, maintenant j'utilise la climatisation, parce qu'il fait trop chaud parfois chez moi ». Je me souviens d'une époque où elle m'avait dit sur QQ qu'elle ne voyais pas d'inconvénient à avoir une voiture, sachant qu'elle fait déjà une part de petites actions, on ne peux pas non plus se priver de tout.


En descendant, je vois quelque monticules de terres bien rond qui sont des tombes, sans pierre qui l'entoure. Je ne prend pas de photo suite à un mot de Fey « parce qu'ils sont morts, c'est impoli » ; bref, quelque chose ne passe pas dans la culture donc je m'abstiens. On s'arrête à un petit musée en l'honneur d'un personnage ayant dit on, écrit l’hymne national chinois. Une des signification du drapeau donnée par ailleurs, est les priorités du gouvernement. Le parti communiste au centre, puis les travailleurs, les paysans, j'ai oublié ~ ,les minorités. On ne mange pas sur place, parce que « c'est trop cher » ; on descendra jusqu'à l'entrée d'un petit temple pour prendre des nouilles à 8yuans, sans viande, mais avec des champignons etc.
A la demande de Fey, je change le lieu de rendez vous pour l'entretien ; de la librairie on passe au restaurant occidental à coté de chez elle. C'est aussi une « entreprise sociale », qui embauche des personnes qui ont du mal à trouver un emploi ailleurs. Lorsque je demande si je peux trouver les chiffres du nombre d'entreprises sociales & ONG à Kunming, elle me dit que ce n'est pas facile à trouver comme information. Sur le retour -je m'endors presque dans le bus-, on a à peine le temps de rentrer à l'appartement, que voilà l'heure de rendez vous avec Li Shuang. On a du mal à se retrouver, car son bus la dépose loin, et les gens lui indiquent le mauvais coté. On fini par se retrouver après 4h30.


On se rend au restaurant pour l'entretien. Je suis gênée par la musique qui passe, vis à vis de l'enregistrement ; puis je décide d'aller dehors lorsque des personnes entrent manger. Je fais une grimace à chaque coup de tambour en me demandant qui a eu l'idée de mourir là récemment, où à chaque grincement de chaise ; je redoute l'écoute de l'entretien…
J'ai imprimé le guide en anglais juste avant, mais il ne me sers pas, j'utilise celui en français et Li Shuang me traduit. C'est laborieux. Sur la fin, c'est très long, et je sens que je répète des choses, parfois une questions s'arrête à « Dui » (Oui) ; je demande des exemples. À la fin, je sens que j'ai les éléments dont j'ai besoin pour l'analyse, mais que j'aurais aimé avoir plus d'exemples, plus de détails… Mais la méthode me donne tout de même accès à un enregistrement en chinois que j'espère plus complet, qu'on traduira mieux. Li Shuang me permettait surtout de rebondir, ce qui n'est pas facile à trois. Malgré tout, elles ont joué le jeu jusqu'au bout, et je les remercie !

Spoiler:
Résumé points importants de l’entretien :
Parcours biographique montre : parents l’ont encouragé à faire des études, sans la forcer, dans le domaine qui l’intéressait. (choix du secrétariat pour facilité à trouver un travail)
Emplois trouvés facilement dans le domaine suite à ce type d’études, mais pas passionnée par. A aussi travaillé en usine etc, et a changé de région parfois pour son travail
Intérêt pour les questions environnementales et sociales survenues après un long temps sans travailler : durant lequel elle a visité le Yunnan (Dali, et autre zones touristiques). Pendant cette expérience, elle a découvert les auberges de jeunesses et a voulu travailler dans ce domaine
Elle découvre alors l’auberge de jeunesse de Heart To Heart Community care, où elle travaille quelque semaines.
Elle y rencontre Li TingTing (Li Ri), qui lui fait rencontrer Li Yuan (A’Bu) qui cherchait un employé pour son « restaurant végétarien ».
Fay travaille donc chez A’Bu quelque temps, et découvre le « mode de vie écologique » qui y est valorisé. Elle en adopte les principaux principes : elle devient végétarienne, réduit ses déchets, cherche à limiter le superflu…
Dans le cadre de son travail chez A’bu, elle fait la cuisine (une de ses passions), et propose des activités. Par exemple, la récupération des déchets de cuisine pour le compost ; le recyclage de tissus etc.
Au sein des ES elle a appris beaucoup de choses sur les questions environnementales, principalement des solutions face aux problèmes de santé. Elle juge l’information globale mauvaise, mais trouve facilement une information satisfaisante sur le Weechat d’ONG ou sur internet. Elle a aussi beaucoup discuté avec différentes personnes intéressées par le sujet chez A’Bu, et partage volontiers ces solutions avec ses amis et essaie de convaincre ses proches.
Ses préoccupations environnementales concernent principalement la santé, la pollution de l’eau et la pollution de l’air.
C’est en voyageant à Pékin récemment qu’elle a réalisé à quel point c’était grave, dans cette ville, elle n’a pas osé quitter l’hôtel à cause de la pollution « on ne voit pas loin, on ne voit même pas le soleil ». Puis elle s’est rappelé la pollution dans l’usine où elle a travaillé. « mais la pollution concerne tout le monde, partout » ;
La pollution de l’eau a un impact fort dans son entourage, notamment dans le district de son village natal où les personnes ont un taux anormalement élevé de plomb dans le sang, et souffrent de calculs rénaux. Son travail dans l’ONG concerne notamment la sensibilisation à l’utilisation de l’eau dans les villages, ainsi que la construction de stations d’épuration.
La santé est principalement liée aux questions de l’alimentation. Manger végétarien partait être une bonne solution suite aux nombreux scandales liés à la viande. Cependant, elle fait aussi attention à la provenance des légumes et essaie de les faire pousser elle-même, sur son balcon.
Selon elle, la situation environnementale va s’améliorer grâce aux petites actions des individus qui prennent de plus en plus consciences des risques pour leur santé, et font des choix en conséquence. Tout le monde a sa part de responsabilité. Et tout le monde est touché
Un « mode de vie sain » est complémentaire au développement économique et à la modernité. L’urgent étant la santé pour la population.
Ce n’est pas toujours facile de changer ses habitues, elle aimerait pouvoir faire plus. Les individus peuvent faire par leur choix de consommation, mais « le gouvernement doit agir » pour réguler les usines polluantes. Même si la population peut se plaindre auprès des gouvernements locaux, cela marche mal ; il y a donc des ONG pour faire des analyses et servir d’intermédiaires. Les ONG se proposent aussi pour sensibiliser les enfants dans les écoles, les professeurs peuvent aussi le faire mais font souvent appel à ce type d’organisations extérieures.
Elle travaille aujourd’hui dans une ONG « like a local fondation » basée à Hong Kong (gérée ?) et financée par une organisation religieuse lutherienne. Le travail dans cette ONG l’a menée à s’intéresser de plus en plus à la religion chrétienne, l’altruisme « l’amour de dieu vers l’amour des autres », aidant vers l’apport de solutions aux problèmes sociaux.
Il est tard lorsqu'on termine, Li Shuang doit partir pour attraper le dernier bus. Fey et moi mangeons ensemble avant de rentrer. Je suis plutôt sereine et je commence mon compte rendu, jusqu'à ce que je récupère l'enregistrement. Et là je réalise que j'ai perdu une heure sur les deux heures d'entretien. Je suis dégoûtée. Cela arrive à tout étudiant en sociologie, mais là je peux que récupérer des brides de souvenirs à partir de quelque chose de traduit/interpréter, et c'est une catastrophe. Je me couche vers 1h après avoir fait un résumé de mes souvenirs.


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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Dim 13 Mar - 14:02

Dimanche 13 mars :

Je me réveille épuisée, avec la tête de quelqu'un qui se lève à 2h du matin. C'est un peu ça. En plus je me lève trop tôt et j'arrive en avance au local de A'Bu. J'achète un œuf, deux mianbao et de l'eau pour patienter et manger quelque chose. J'attends devant la porte, quand un homme passe, remarque que c'est fermé, et repars. Il revient 5 minutes plus tard avec Li Yuan.

Peu à peu, l'appartement se rempli. Il y a -sans me compter-, deux hommes et 7 femmes. Au départ nous sommes ensemble, j’allume des bougies pendant que Li Yuan change les fleurs, et d'autres se chargent de vider les anciens bougeoirs, en mettre de nouveaux, nettoyer le présentoir où trône une icône religieuse et la photo d'un Lama tibétain. Li Yuan me dit que je dois tous les appeler « Shexiong », moi je reste Colette.
Finalement le cours de bouddhisme commence véritablement à 9h50. Le groupe se divise en deux : Li Yuan est avec deux femmes, dont une plus jeune que la moyenne. Elle doit avoir une 20aine d'année quand les autres semblent avoir la quarantaine. L'homme qui est arrivé avec Li Yuan -que je suppose être « professeur » est avec le groupe auquel je peux participer. À la table, elles sont 4 femmes, les deux hommes.
La pièce où se trouve Li Yuan est décorée et réservée au bouddhisme, on y entre en chaussettes. Alors que nous, nous sommes dans la partie « restaurant », « salle de rencontre » de l'appartement. Mis à part l'autel récemment apparu ; les quelque images et livres, donnaient auparavant un air discret au bouddhisme dans l'espace.





De 9h50 à 10h11, tout le monde chante un texte bouddhique qu'ils ont soit sous leurs yeux, soit affiché sur la tablette en bout de table, qui chante avec eux. Pendant 10minutes, un autre chant et celui qui paraît diriger la séance rajoute un liquide sur une coupe d'offrandes ; à la fin du chant on fait une pause le temps de boire un verre d'eau. À 10h30 jusqu'à 12h10, ils prennent un livre dont ils ont déjà lu le passage avant de venir. Chaque semaines, ils étudient un nouveau passage. D'abord, il y a un temps de lecture et de discussion libre. On me donne un livre et je comprend plus où moins rien, si ce n'est l'histoire de quelqu'un qui parle à quelqu'un d'autre, qui lui demande constamment d'aller voir ailleurs. Ensuite, chacun lit un passage, puis le commente à tour de rôle. Cela dure jusqu'à midi, puis on clos la séance avec un nouveau chant. On me montre une vidéo sur un smartphone, je suis les indications qu'on me donne pour la position des mains etc. à 12h30 la séance est finie.

J'aurais presque réussi à m'endormir, et je peine à tenter quelque questions en les aidant à nettoyer les coupes qu'ils ont remplies d'un liquide. Je demande de quel courant bouddhiste il s'agit, on m'écrit « qian xing shi fa xiu fa » 前行实法修法. Mais petit à petit je repense à mon exposé sur le tibet, en me disant que ça a de grandes chances d'être le bouddhisme tibétain officiel.
Je voulais poser quelque questions, sur le mode de vie encouragé par le bouddhisme, le lien possible avec la santé de la protection de l'environnement, ce que ces personnes pensent des idées véhiculées par A'Bu, quelles préoccupations environnementales ont ils… Enfin, un extrait de mes guides d'entretien. Mais je n'arriverais qu'à poser deux questions, à savoir, j'apprends qu'ils viennent tous les dimanches matin pour faire une nouvelle leçon. Suite à « y a t il beaucoup d'endroit où on peut apprendre ce bouddhisme à Kunming ? - oui », j'espère avoir bien compris la réponse à mon autre question : « comment connaissez vous cet endroit » ?
Visiblement, avaient cours ensemble dans un autre endroit avec Li Yuan, puis ils ont du chercher un local, et Li Yuan a proposé l'espace de A'Bu.

Reste à voir ce qui est intéressant pour mon étude là dedans. Mais ça ne doit pas me paraître anodin, il faudrait que je me renseigne sur un possible renouveau religieux en Chine.


Je mange avec Li Yuan et deux élèves, je peine à demander un rendez vous pour un entretien. Elle ne sait pas quand elle est disponible et Li Shuang me propose… le week end. Je commence à stresser. Car si je fais un entretien par week end, je vais jamais y arriver. La langue pose un véritable problème. Par conséquent, je n'ai pas de programme pour la semaine prochaine, et cela m'inquiète.

Li Shuang me propose de la rejoindre à l'université du Yunnan pour revoir l'entretien d'hier. Mais elle répond peu à mes messages, et le temps que je passe à attendre et prendre le bus jusqu'à chez Fey pour prendre mon ordinateur, je fini par comprendre qu'elle n'y est pas. Donc je reste à l'appartement l'après midi. Je suis épuisée, je dors un peu. Je m'inquiète pour les traductions. Le VPN n'aura marché qu'une fois en une semaine. Je vais traduire le dernier guide ce soir… en anglais.


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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Lun 14 Mar - 16:43

Lundi 14 Mars

« Journée flottante »
Écrire le guide en anglais est une bêtise ; ce que j'aurais fait de ma soirée aura été d'abord, de faire ma lessive, j'ai emporté un peu de lessive main, et voilà qui est fait. Mon organisation est toujours mauvaise, beaucoup de gens que j'aimerais interroger ne sont pas disponibles ; je verrais peut être Li Shuang demain.

Je m'attaque donc à ce guide d'entretien des travailleurs ; mon amie Sophie est à son tour occupée et doit se reposer, je récupère donc des parties de la traduction du guide entrepreneurs qu'elle a faite pour traduire le dernier guide. Je le simplifie au possible, pendant que Sophie me donne le weechat d'un ami à elle qui étudie aussi le français. Je passe la matinée à faire un « guide des phrases simples de survie » que je lui envoie, et l'après midi sur le guide des travailleurs que j'envoie le soir.

Bien sûr je ne fais pas que ça, de temps en temps je test le vpn, qui marche pour tout sauf facebook. Je vérifie mes mails, et j'apprends que quelque chose coince au niveau du certificat de scolarité ; super. C'est qu'il y a un partenariat entre deux universités pour un master, il faut que je justifie ma place. J'essaie de planifier de nouvelles rencontres, mais rien coté H2H, et peut être le 26 pour Li TingTing.
Je fais aussi une récupération des éléments de terrain sur la base de ce compte rendu pour ma directrice de recherche. Puis quelque appels weechats avec Beatrice puis mon copain. On me répète que je me casse la tête pour ces guides, ce qu'il faut c'est que je me jette à l'eau et que je parle chinois une bonne fois pour toutes. A quand le courage du plongeon ?

En fin d'après midi j'ai la tête en compote, je sors donc marcher un moment. Je remarque un magasin qui vend les robes et objets habituels « ethniques » pour les touristes ; je passe deux fois devant et la seconde fois je remarque à la croix chrétienne que c'est aussi une organisation à but social (?) pour soutenir les minorités locales. J'y retournerais, mais je me questionne du coup sur la possible présence d'une communauté chrétienne dans les parages.
Kunming est trop propre à mon goût, et manque de « surprises ». J'ai un moment de nostalgie de Guiyang lorsque je mange à nouveau des nouilles de riz. Enfin, des surprises, j'en ai des petites. Comme le masseur/kiné de rue, qui pose quelque couvertures pour offrir un endroit où son client s'allonge. Ou bien l'homme habillé en postier qui serre les poings et écarte les bras en faisant « BRRRRR » tout en slalomant entre les piétons (à croire qu'il imitait la conduite d'une moto). Il doit y avoir d'autres détails que j'oublie.
Je passe deux fois aussi devant le restaurant occidental, et devant heart & hands. Je me promet de revenir avec mon pc pour travailler et intercepter tous les « laowai », les étrangers ; pour rechercher des français et parler de mon projet. Je m'étonne un peu moins de la présence des étrangers quand je passe devant une école primaire à la sortie des classes. Je me dit qu'il doit y avoir des professeurs. La moyenne d'âge des étrangers que j'ai rencontré dans ce restaurant est de 45ans+, je dirais.

En rentrant, je reprend mon guide, et je prend des nouvelles. Le visa tourisme vient de passer à 60euros et Renaud se tape ce tarif. Pas de chance.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mar 15 Mar - 14:48

Mardi 15 mars :




« Journée flottante »
Je me réveille fatiguée, j'ai inventé des questions à ajouter au guide pendant la nuit, puis je me rendors. À 9h je commence la traduction du 3ème guide, et j'envoie le maximum que j'ai pu faire à l'ami de Sophie. J'apprends à exploiter des étudiants, elle est belle la formation à la recherche. Je me décide aussi à envoyer mon compte rendu de la semaine à ma directrice.
Je sors vers 11h pour prendre un petit bol de nouilles de riz au déjeuner, une spécialité de Kunming. Puis je vais jusqu'au petit local d'imprimerie pour imprimer mes nombreux documents de survie. J'attends un peu avant de rentrer : quelqu'un fait faire sa photo d'identité dans la rue, devant le local. Ils ont tiré un fond bleu, on peut aussi tirer le fond rouge.
Je continue de travailler, et à traîner un peu sur des sites habituellement inaccessible (facebook quand tu nous tiens). Puis je sors à 15h pour rejoindre Li Shuang à l'université. J'avais préparé mon trajet la veille, mais bizarrement je loupe mon arrêt qui a l'air -après allés retours à pieds- inexistant. En fait, l'arrêt de l'université du Yunnan n'existe que dans le trajet retour. Ma vieille carte de Kunming me sauve encore une fois, et je retrouve l'université où Li Shuang m'attends.

On réfléchit ensemble à la partie de l'entretien manquante, on essaie de récupérer les informations en reprenant les questions une par une. Je lui laisse mes enregistrements pour qu'elle puisse approfondir deux passages que j'ai sélectionné. Ensuite, je lui donne le guide d'entretien des entrepreneurs traduit en chinois, et on reprend les sujets un par un pour qu'elle comprenne ce que j'attends. Je lui laisse la photocopie, et on discute de choses et d'autres en marchant jusqu'à l'arrêt.
Le prochain entretien est programmé pour ce jeudi à 3h avec Li Yuan. Li Shuang m'apprend qu'elle a 2h de trajet à chaque fois pour venir à Kunming, je m'en désole. Elle me demande donc de programmer des entretiens une fois par semaine pas plus, parce que les trajets sont épuisants ; ce que je comprends.

Une fois mes guides en poche, je me lancerais avec courage dans le chinois… enfin, j'espère !


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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mer 16 Mar - 18:09

Mercredi 16 mars

Cette fois je suis levée à 8h, j’ai même du café et du sucre, je me met rapidement à mon mémoire. C’est que j’ai peur de perdre du temps, et du temps j’en ai en ce moment parce qu’il n’y a ni d’observation ni d’entretien possible… Je commence par la paperasse, toujours pas de nouvelles des documents que je dois donner pour ma bourse, j’envoie un mail disant que j’ai bien tenu compte de l’impératif de rendre ces papiers. Je croise les doigts, tout va bien se passer. Je contacte aussi une chinoise qui a créé son entreprise, dont j’ai eu le contact par Vérena, doctorante de ma directrice. Pas de nouvelles non plus des traductions des guides. Dans la soirée, et par un coup de stress, je secoue à nouveau mes contacts : J’essaie d’avancer le rendez vous pour l’entretien avec Li TingTing, et prévoir une visite de son entreprise le week end du 26-27.
Je ne peux encore rien programmer avec H2H (heart to heart community care), j’ai peur d’arriver là bas et n’avoir personne pour communiquer, et je n’ai eu aucune réponse depuis le weechat de XianRong, qui gère l’ONG. Il me reste H&H (hearts and hands) qui est dans ma rue, je suis aussi prise d’un coup de stress vers 12h quand je m’imagine demander des entretiens et une visite de leur atelier en allant au guichet du magasin cet après midi… Je me vois toujours pas me lancer comme ça.
En dehors des papiers donc, je passe la matinée sur mon mémoire en imaginant la construction du plan, et en lisant des articles sur les concepts que je veux mobiliser. Certaines choses collent bien à mon terrain, mais pas tout. Midi arrive assez vite, je me fais un bol de nouilles instantanées, c’est mal, mais je vais pas non plus manger tous les soirs dans des restaurants ; je trouve que le quartier est plus cher que là où j’ai l’habitude d’aller, et je ne vois rien de particulièrement « basique »…

Parce que je suis fatiguée, à cause de mon coup de stress, et parce que je trouve que j’ai vraiment mauvaise mine je dors une heure vers 14h. Comment oublier la déprime. Je me sens assez seule depuis mon départ, et je n’ai jamais l’impression d’être dans l’instant présent.
Bref, je me remet de mes divers états, et je met dans mon sac : mon ordinateur, deux livres de sociologie, ma pochette de travail, et les éléments de base (monnaie, passeport, téléphone, Rescue…). Je marche dans le couloir et regarde à la fenêtre en attendant l’ascenseur, je suis au huitième étage, et je vois en haut de l’immeuble voisin un petit bac de terre avec des végétaux.



Dans la rue, je commence par l’imprimerie pour avoir mon propre guide d’entretien pour demain, puisque j’ai donné l’autre à Li Shuang. Puis, comme je me le suis promis 2jours avant, je vais jusqu'au restaurant pour guetter le premier Laowai et lui demander des contacts francophones…
Tout est vide. Je commande un jus de citron chaud, un truc ni mauvais ni trop cher, puis je sors le guide que je viens d'imprimer pour voir si tout se suit bien. Je pose aussi mes deux gros livres de socio, ma trousse, mon téléphone, et je met mes lunettes : bref, tout ce qu'il faut pour ajouter un décors pour rendre un air plus théâtral à mon charme d'étudiante désespérée. (ça change de la hippie pas coiffée qui était heureuse de sortir les poubelles l'année dernière -et qui a trouvé un poney en peluche dans la poubelle, je tiens à le préciser-)
Une heure passe, je vois même passer l'employée du magasin de Heart and Hands, on s'échange un grand sourire et je suis assez bête pour dire « hello » plutôt que « nihao ! ». Puis rien. Je continue à noter les questions importantes sur mon guide. En me disant que, même si c'est agréable de travailler dehors comme ça, j'espère ne pas être venue pour des prunes.



Puis le voilà, mon premier Laowai ! Mon tas de livres et mon air d'étudiante ne loupent pas, à la suite d'un « Hello » enjoué, il engage tout de suite la conversation en disant en anglais, « je vois que ça travaille par ici ». Je lui sors tout de suite que je suis étudiante, que je viens d'arriver, et que j'ai besoin de rencontrer des francophones. On se serre la main.
Il rentre dans le magasin puis il revient. Il vient du canada, il a sa propre entreprise sociale, il est marié ici, il connaît des français, il connaît aussi un endroit dans le coin « Bless China International » où je pourrais poser toutes les questions que je veux ; voire être en contact avec les gérants de H&H qu'il semble connaître. On discute une bonne demi heure.
Parce que je sais que dans mon état, la moindre difficulté peut me donner envie de tout envoyer valser ; je remercie le « hasard » de m'avoir été toujours favorable dans ce projet de recherche.


D'abord, il me donne l'exemple de trois projets d'entreprises sociales menées par des étrangers à Kunming. La fabrication de filtres écologiques pour pouvoir transformer l'eau sale en une eau potable au quotidien ; une organisation à la suite du tremblement de terre au Sichuan ; un norvégien qui invente de quoi produire de l'énergie avec des déchets dans une ferme expérimentale. Ou encore dans l'agriculture, pour préserver la qualité du sol, la rendre meilleure, développer des méthodes d'agriculture plus efficaces ; et même un moyen pour que les porcheries ne sentent pas. Projet d'un américain, en aménageant un sol particulier pour les animaux, qui est propre, et qui permet de récupérer un bon compost.
À nouveau vient le problème de l'expansion urbaine, la ville grandit et les fermes les plus proches se vident : les fermiers veulent aussi venir dans la ville pour travailler, et ne plus être agriculteurs.
Le Yunnan produit beaucoup de tabac, mais c'est mauvais pour la terre ; parfois dès que la production est bonne, les fermiers partent pour se lancer dans une autre activité.

Il y a beaucoup d'étrangers dans le quartier, effectivement. Il me parle d'un endroit autour de la musique, la poésie, géré par un suédois.

« Bless China international » est une ONG où il travaille. Cette ONG a beaucoup de projet, le gouvernement leur demande de se concentrer sur le problème de SIDA qui est important. Il ont des projets d'enseignements, des programmes d'agriculture. Il connaît aussi bien Heart and Hands, je demande si je peux être en contact avec les personnes qui gèrent le projet « I know some people in the store ».
Les employées de Heart and Hands sont des personnes qui ont un handicap, « beaucoup d'entre elles  sont été prostituées parce qu'elles ne pouvaient pas trouver d'autre travail ; donc Heart and Hands se concentrent sur les personnes ayant un handicap. Ingrid, qui gère l'organisation, est mariée à un chinois et a deux enfants maintenant. Elle travaille encore à Heart and Hands, enseigne l'irlandais (lecture, écriture) etc ». Elle est en partenariat avec l'entreprise de mon interlocuteur, qui est plutôt dans l'alimentaire (pains, pizzas) et qui embauche aussi des personnes handicapées. Ils viennent souvent d'une ferme. » Il me parle d'une de ces personnes qui est « encore jeune », qui n'a « pas encore passé le Lycée, qui vient d'un village et qui veut travailler avec des enfants, mais elle doit apprendre l'anglais », « travailler dans le restaurant, c'est un peu n'avoir nul part où aller, donc elle veut ouvrir son propre magasin ou quelque chose comme ça ; mais elle doit encore travailler, avoir son bac puis un certificat pour garder des enfants ».

Ensuite, il me parle de personnes qui « ont un café, d'autres travaillent avec des chèvres du Sichuan, c'est un programme pour aider à rendre les troupeaux plus productifs en viande et en lait ». Je suis surprise d'apprendre qu'on trait les chèvres aussi en Chine ». c'est un « goat project » pour avoir de meilleures méthodes, par exemple, éloigner les boucs des chèvres pour avoir une meilleure production de lait.

« un des problèmes de Heart and Hands, c'est qu'ils ont beaucoup d'objets vendus partout dans le monde : en Europe, au Canada. Beaucoup d'ONG vendent leurs objets au Canada. » Via une communauté chrétienne, ils font en sorte qu'il y ai beaucoup d'échanges et de travail communautaire. Aussi en afrique.
Mais « c'est vraiment dur de ventre des objets fait main… parce que, une chose… [soupire] si une personne très stylée, ils trouvent ce qu'ils veulent vraiment ; c'est une sorte de sub-culture au canada qui utilisent ça. Ils veulent quelque chose de stylé, et dans le genre « fashion ». C'est pour le style. Par exemple le style des groupes ethniques sont vendus dans un sens peu soutenable. Mais en travaillant dans ce domaine au canada, on voit que : les personnes vont venir acheter ça par sympathie mais… (inaudible). Pourtant ça devrait être « win win », mais ils ne veulent pas… euh… je pense que la soutenabilité a besoin d'un sens des affaires fort. » « you must run a social enterprise as a real buisness », il ne faut pas attendre de la charité. « une entreprise sociale doit faire de l'argent ; mais pas un maximum d'argent comme les entreprises traditionnelles. Leur but est social. »
(si j'ai bien compris) « Mais le social est dans la culture du christianisme ; on doit se forcer à faire des profits. Mais les gens qui travaillent ici s'entraident ; c'est un problème ».
« si tu veux faire une entreprise sociale, je pense qu'il faut 60 000 dollars américains pour lancer une affaire pour un étranger. Je pense que c'est juste un buisness, il n'y a pas de statut. Mais il y a des compagnies qui ne font pas du tout d'argent, pendant quelque années ; et le gouvernement va demander s'ils font vraiment quelque chose. Ce sont des étrangers qui viennent en Chine, et pour avoir un visa créent une entreprise, souvent de consulting ; mais ils ne font rien, ils ne font pas d'argent, éventuellement le gouvernement va vérifier ». De toute façon, la facilité ou la difficulté à créer une entreprise en Chine répandra de ton Guanxi. (tes relations).
Pour les ONG, ça change tout le temps, les lois chinoises changent, spécialement pour les étrangers.


Je me pose énormément de question sur l'importance des religions dans le monde, c'est bête, j'y avais jamais pensé, mais il y a quelque chose d'énorme qui semble m'échapper. Je termine de relire mon guide, et je rentre poser mes affaires chez Fay avant de redescendre acheter des raviolis.
Dans le restaurant, un gars vient me draguer ; bizarrement mon chinois reviens vite pour l'envoyer balader sur le coup. « non je te donnerais pas mon numéro de téléphone », faut dire que c'est basique. Autre fait amusant, je suis passée devant la banque alors qu'ils renflouaient les caisses, je n'ai pas pris de photo mais je suis amusée par l'attirail de combat, ok deux hommes armés, mais les autres ont des bâtons, l'un classique, et l'autre avec un demi cercle, sûrement pour repousser les gens. Quoi d'autre… Bon, je suis fatiguée. Le soir, entre réflexions sur la religion et rédaction de compte rendu, j'installe Audacity sur Windows et sur Linux ; afin d'avoir deux enregistrements, et pas de mauvaises surprises pour l'entretien de demain !



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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Jeu 17 Mar - 19:02

Jeudi 17 Mars :

Cette fois je suis réveillée à 7h30, je reprend mon horaire matinal chinois. Mon premier réflexe au réveil, c'est d'allumer weechat voir si j'ai des nouvelles, charger mes emails, et m'habiller. Puis je prend mon pc, je le pose sur la table du salon, j'allume tout, je branche tout. Je me fais un café en poudre, avec du sucre en poudre, j'enfourche mes lunettes et je me met au travail.
Au programme ? Mon mémoire. Je veux en finir avec le concept d'espaces communs, je lis les .pdf que j'ai mis de coté avant mon départ, je prend des notes du livre La ville intervalle que j'ai emporté. Je réfléchis un peu à l'utilisation du concept dans mon sujet, « c'est ça mais c'est pas tout à fait ça ». Je me dit qu'il faut que je reprenne la lecture des Dominations ordinaires de Martucelli. Comme ça me perds, je relis mes notes du dernier rendez vous téléphonique avec ma directrice, et je me dit « mais c'est du pure délire ! ». Articuler la sociologie urbaine avec la sociologie de l'environnement, en y ajoutant une pincée de mobilisation, de domination, et de résistance ; mélangé avec la critique et l'expérimentation démocratique… En vérité je fonctionne par intuition, voire par imitation.
Alors je fais mon plan. Je reprend mes hypothèses, ma problématique, mes guides d'entretien, et ce fichu document des concepts. J'invente un plan en deux parties, hypothèse un, hypothèse deux, trois chapitres par parties. Grosse conclusion. Grosse introduction, d'ailleurs il y a une première partie, c'est une introduction. Une fois tout ça agencé, et des parties récupérées du mémoire de l'an dernier, j'ai 26pages.

Il est midi. J'ai rendez vous à 15h chez A'bu pour l'entretien avec Li Yuan. J'ai faim. Je fais mes affaires, je prends du rescue parce que je suis stressée, quelque minutes après je suis calmée, et je commande mes nouilles. J'ai de l'avance, je marche dans le quartier, je remarque des grandes tours d'immeubles et un espace désert, je reviendrais avec l'appareil photo. Quoi de notable ? 150Yuans pour se faire friser les cheveux ; le chinois qui sors « qu'il y a un étranger dehors, et qu'elle est très jolie » ; le chien qui bois de l'eau dans un seau ; les gens qui regardent la télévision dans leurs divers boutiques de papier peint ou de carrelage ; les jeunes qui travaillent dans un restaurant et qui se font des blagues ; le vieux qui répare des motos ou celui qui répare des chaussures sur le trottoir ; le chien qui me regarde et qui me suis en aboyant comme s'il était captivé ; le marché enfin ! J'ai trouvé un marché.
Puis la boucle est bouclée, j'attends mon bus, et celui ci met une heure à arriver.

Une fois dans le quartier de A'Bu, je rentre dans cette imminence grande surface où je n'avais encore jamais entré. C'est énorme. Je veux acheter un microphone. Je rentre dans la première boutique à cet effet. Entre 340 et 1500yuans, je laisse tomber en voyant le message de Li Shuang qui est à coté et qui m'attends. Je la rejoins. Une fois chez A'Bu, on attend Li Yuan qui met quelque minutes à arriver.
Je suis un peu gênée, mener un entretien dans une autre langue, c'est dur, et j'ai l'impression d'être impolie en parlant peu. Je pose mes affaires, le pc, le téléphone, je prend de quoi noter, je sors le petit mot préparé en chinois pour expliquer le déroulement de l'entretien. Li Yuan se fait chauffer de l'eau pour un médicament, qui doit infuser 2h.

Quand elle lit mon mot, elle sort tout de suite « oui, bon, tout ce qui est sur l'entreprise je trouve que Colette connaît déjà très bien l'entreprise, et que j'ai pas besoin de reparler de ça. », j'insiste en disant que je veux son point de vue, et je dois enregistrer ses paroles pour la rigueur scientifique. Puis elle dit quelle a peu de temps, je demande combien, une heure. UNE HEURE ? Je crois que ce qui aura rendu cet entretien si long et difficile à mener, ce fut l'incertitude et le souci de m'arrêter par respect pour mes interlocuteurs. Au final, on aura pris trois heures. Et si je m'étais pas souciée de cette histoire de temps, on aurait sûrement eu le temps de finir. Car nous n'avons pas fini, on a fait que la moitié.
Malgré tout mes questions l'intéressent, je le vois lorsqu'elle choisis d'enregistrer elle aussi sa réponse « au cas où on lui repose la question ».

Résumé à chaud entretien :
Li Yuan est Han, et a toujours vécu à Kunming. Ses parents étaient « de simples ouvriers ». Même s'ils l'ont dissuadé de faire des études d'art, car ce n'était plus dans l'ère du temps, ils n'ont jamais dirigé leur fille dans une branche où une autre : « je suis intenable, je fais ce que je veux, je suis comme un garçon ». Elle n'est pas mariée et n'a pas d'enfant « je préfère la vie de célibataire ». Elle a un petit frère, qui travaille dans la cuisine.
Son parcours retrace l'entrée brutale dans la modernité. Elle fait un bac +3 dans la finance à l'université de Kunming. Mais elle donne tout pour pouvoir trouver un poste dans le journalisme. Elle travaille encore dans ce journal « 春城晚报- chuen chen evening ».
Mais elle a toujours voulu voyager. Quand elle était petite, elle voulait visiter le monde et les autres provinces, elle était aussi attirée par l'art et la littérature. Elle aurait aimé être styliste. Vouloir voyager pour un enfant à l'époque, c'était rare.
En 2003 avec l'épidémie de SRAS, elle reprend conscience de la fragilité de la vie, et de son envie non aboutie de voyager. Elle décide alors de partir en Europe en vélo avec un groupe. Ils atterrissent en Suède, et passent par différents pays européens jusqu'à Paris. La beauté des paysages, notamment les forêts de Suède, la marquent beaucoup. Elle se dit que la Chine aussi a ses beaux paysages, mais ce n'est pas pareil, la culture est différente. Elle sent plus « l'harmonie entre les hommes et la nature » en Europe.
Après ses études, elle a travaillé à « Shanggrila », une zone qui a changé de nom en devenant touristique. Elle y vendait des objets pour les populations locales, c'était très long d'aller là bas en bus, mais elle est tombée amoureuse de cet endroit magnifique. Mais qui a beaucoup changé depuis.
En Chine, les gens lui paraissent tous très nerveux, il y a une course rapide à la recherche de l'argent à tout prix. Je ressens une forme de violence de l'arrivée de la modernité, une forme de déchirure. Les gens ont cherchés à prendre ce nouveau train tous en même temps.
Elle s'intéresse à la culture chinoise et à l'histoire, elle cherche à se réconforter en rechechant si un jour dans le passé, il y a eu en Chine un « bon environnement », une harmonie entre l'homme et la nature ; mais elle n'a pas trouvé. Cependant elle a trouvé dans le bouddhisme et dans le confucianisme des réponses intéressantes. Si le confucianisme se concentre sur le bon développement de la société, même sous des règles et des rites strictes, on y retrouve les notions d'harmonie. Dans le bouddhisme du grand véhicule, il y a une possibilité de « voir notre intérieur » ; il y a peut être peu de changement ni de solutions pour la société, mais il y a la « pitié et le bon cœur qui rappelle à soi même »
La décision de créer une entreprise sociale s'est faite par étape. De 2007 à 2008, après avoir travaillé 7 ou 8 ans dans le journalisme, elle a vu des changements dus au climat où a la pollution. Je retrouve ce ressenti de déchirement et de nostalgie du lieu d'enfance avalé par la modernité. « Quand j'étais petite, il y avait une rivière où je me baignais, mais elle est devenue sale ; l'eau partout s'est mise à sentir mauvais ; on ne pouvais plus manger les prunes sauvages parce qu'elles étaient polluées »…
De 2007 à 2009 elle s'est posée beaucoup de questions, sur les problèmes de pollution de l'air, de la protection de l'environnement, de la pollution en général, des problèmes de développement etc. Il y avait beaucoup de problème, elle voulait « faire quelque chose pour ça, mais faire quoi ? ».
Puis des amis anglais lui ont parlé des entreprises sociales, pour apporter des réponses aux problèmes de société.

Par son travail dans le journalisme, elle a pu poser des questions en permanences vis vis de ces changements environnementaux (pollution de l'eau, de l'air, de la terre, de l'alimentation) ; mais elle reçoit peu d'informations sur les questions du climat et de l'environnement.
Elle s'intéresse au bien public, pourtant « on dit que le commerce développe la société, mais je ne suis pas de cet avis, tout le monde est fatigué de ce mode de vie. » La nervosité des années 80 est toujours là, l'idée générale était que « lire n'était pas utile, les études dans l'art non plus… le plus important c'est de gagner de l'argent » ! . Elle n'est pas d'accord, l'art et la littérature, ce qui n'est pas « utile » forme l'intelligence des gens, et est important. Elle a eu une discussion comme ça avec son père il y a quelque années.
Sa conscience des problèmes environnementaux est donc apparue petit à petit. Elle a commencé à suivre des formations en 2009 pour entrepreneuriat social. Puis son travail de journaliste lui permet de voyager souvent en Angleterre. Elle rencontre un Suisse qui lui parle du CO2.
Dans le cadre d'un voyage pour son travail, elle écrit en 2009 un texte sur la question de l'environnement en Chine. Pour ce texte, elle reçoit un prix qui lui permet de participer à la conférence de Coppenhague sur le changement climatique. Parmi les 3500 journalistes, il y a 100 chinois dont elle aurait fait partie. Il y a de nombreux débats sur la pauvreté, la pollution, la compatibilité de l'économie et du développement avec les questions environnementales. « Beaucoup d'ong, de gens dans les rues, venant de partout. » « mais les pays ne prennent pas de responsabilités » ; selon li yuan, c'est parce que les gouvernements sont avides et ont trop de désir (de pouvoir?). Pourtant, elle avait bien préparé cette réunion, en regardant des vidéos et des chaines en chinois sur le sujet.
Concernant l'information, elle trouve beaucoup via Weechat, et des amis qui utilisent un VPN lui envoient régulièrement des informations.

Pour elle, l'environnement change et devient de pire en pire. Elle lance son entreprise sociale pour protéger l'environnement en se basant sur la transformation de jeans abîmes en sacs. Dans un but de « Low Carbon » -CO2 faible-1 . Le but est de minimiser le changement climatique.
Elle continue de se former, elle forme aussi aujourd'hui dans le sujet des entreprises sociales. Notamment à des étudiants d'université, elle participe aussi à de nombreux forums dont un à Taiwan. Actuellement elle prépare un prochain à Kunming, dans la continuité de celui dont j'ai parlé précédemment.
Elle se soucie du bien public, mais on se fiche d'elle, « les gens pensent que c'est de la folie » de faire ce genre de chose : une entreprise à but non lucratif… Elle gagne de nombreux concours organisés par le consulat anglais (British Concil), sur l'innovation sociale et liés à l'environnement. Elle est triste de gagner ces concours, elle aurais aimé que d'autres personnes gagnent, aient de meilleures idées que les siennes, qu'ils soient plus nombreux à concourir. Par ailleurs, elle ne gagne aucun concours chinois : « c'est bizarre, de ne gagner que dans les concours internationaux ». 2
A'Bu a été officiellement créé en 2010, avec l'idée globale de faire quelque chose, et de former à faire quelque chose. Avant 2012, il y avait l'atelier que j'ai connu, où on expérimentait un mode de vie et où on recyclait des jeans. Puis elle a bougé ici, pour un e « salle de vie écologique » pour les habitants du quartier et autres. Affiché sur le frigo, il y a le plan pour les 10ans à venir : le partenariat avec « Robert's school ».
Aujourd'hui, A'bu aide d'autres entreprises, elle a créé a'bu pour aider les gens. Il y a plusieurs type de personnes qui viennent : 1) des gens sans travail, populations vulnérables, qui peuvent venir ici et trouver une fonction. Par exemple les migrants, elle se rappelle d'une femme qui est venue avec son enfant, elle lui a offert un travail pendant 2ans, elle faisait la cuisine ou le café dans l'espace. Puis un jour son enfant était malade et devait subir une opération du cœur ; avec tous les clients de A'bu et les activités, ils ont récolté suffisamment d'argent pour payer les soins. 2) les autres personnes qu viennent ici, viennent avec des idées ou pour chercher de l'inspiration. Ils viennent discuter. Il sont plus ou moins jeunes. 3) Puis il y a ceux qui veulent créer leur entreprise sociale, Li Yuan les aide et les accompagne dans ce projet.
Actuellement il y a trois travailleurs, elle devrait me mettre en relation avec l'un d'entre eux. Elle préfère que je fasse les entretiens avec eux qu'avec les gens qui font des cours de bouddhisme. Elle justifie les cours de bouddhisme par la construction d'un lieu où on répand aussi la culture traditionnelle, en proposant des ateliers de lectures ou des cours de bouddhisme. Donc ce n'était pas seulement pour « proposer un local ».
A'Bu a de nombreux partenariats avec d'autres entreprises sociales et ONG : 1) A'Bu donne ses produits à une entreprise sociale gérée par un anglais à Kunming, 2) Ils achètent le riz et les légumes, tout l'alimentaire à une autre entreprise sociale, pour avoir des produits sains 3) un bar végétarien où ils partagent des informations et où a'bu rend des services.
« La coopération entre entreprise est nécessaire pour fonctionner : ce soutien mutuel devient une force » et ils s'encouragent entre eux.

Le meilleur pour la fin : Mais en fait, c'est quoi une « entreprise sociale » en chine ? Comment on fait concrètement ?
« Il n'y a pas de système comme en Angleterre où c'est régulé » ; En fait, A'Bu & Jean's Family n'est même pas enregistré comme entreprise. Car si elle créait une entreprise, elle devrait payer des taxes et faire des bénéfices, ce qui n'est pas possible dans ce projet d'entreprise sociale et environnementale à but non lucratif. En fait, elle fait passer les activités de A'Bu dans les déclarations de l'entreprise de son frère « entreprise de propagation culturelle » ; ce n'est pas une entreprise sociale, mais elle organise des activités. Cette entreprise a été crée en 2006.

Pas mal hein ?
Quelque références : 一个叫阿布的牛仔阿布社会企业公益创意机构
http://v.youku.com/v_show/id_XMzk4NTkxMTE2.html?from=s1.8-1-1.2


Nous n'avons même pas fait la moitié de l'entretien ; mais cette première partie est déjà très riche d'informations. Je suis heureuse d'apprendre qu'il y a finalement des travailleurs, et j'ai hâte de pouvoir faire un entretien avec l'un d'entre eux, et finir cette discussion avec Li Yuan. Il me manque toute la partie sur la sensibilité environnementale, le « low carbon » concrètement, et son propre mode de vie ; et je pense que ça sera à la hauteur (voir plus) de mes attentes, comme c'est déjà le cas ici.


Nous terminons donc l'entretien, le Jolla aura peut être oublié 1h, mais j'ai un enregistrement de secours sur le pc. Encore toute fatiguée de la journée, je descend avec Li Shuang et je l'accompagne dans un premier temps jusqu'au Carefour où elle voulait acheter des choses. Puis en partant, je me rend compte que j'ai manqué mon dernier bus. Je suis désespérée. J'attends, j'attends, Li Shuang est surprise de me revoir, on regarde les autres possibilités. Je soupçonne un autre arrêt du même nom d'être en face dans une route perpendiculaire, on se quitte. En marchant je vois le bus 166, je cours devant jusqu'à l'arrêt pour être sure de l'avoir, je monte, je demande au chauffeur si je suis bien dans le bon sens, ayant a peine eu le temps de vérifier sur le panneau. Et cet idiot me dit que non. Je savais que oui. Je me promet encore une fois d'arrêter de demander mon chemin aux chinois, qui n'osent jamais dire qu'ils « ne savent pas », « qu'ils ont besoin de lunettes », ou n'importe quelle autre bêtise. En attendant le prochain bus, j'achète 2baozi juste derrière moi.

Puis une fois dans le second bus je commence à prendre peur lorsque je vois à la grande roue lumineuse qu'on pars vers le sud. Les arrêts sont de plus en plus petits, illisibles, j'ai l'impression de disparaître dans une campagne oubliée. Pourtant c'est le bon bus. Je demande encore, aux passagers, ils me confirment, une fois, deux fois. Une dame me dit qu'elle descend au même arrêt que moi. Il fait nuit noire, je suis fatiguée. Je lui dit que je dois prendre un 2nd bus pour ma destination ; elle me répète au moins 10fois que « si je vais à gauche, j'aurais le bus, mais c'est pas loin, si tu vas tout droit, tu arrivera à ta destination » ; « oui tout droit, tu vas tout droit, tu traverses un pont, et tu vas tout droit ». Bref, au bout de 10fois je finis par comprendre, et je vais tout droit. Je suis heureuse de rentrer enfin !

Je m'installe dans mon lis, je prend la petite table que m'a passé Fay pour pouvoir travailler assise en tailleur devant le pc. Je relance mon organisation, toujours stressée de pas avoir de programme. Je prévois de peut être aller chez H2H youth hostel du 23 au 25 puis le village de Da Muo Yu du 26 au 27. J'en parle à mon contact de H2H. J'ai envie de laisser tomber H&H et les femmes migrantes de H2H, ça sera trop compliquer. Si je peux avoir au moins trois entretiens par entreprises, ça serait le minium. Autant me focaliser là dessus plutôt que de m'éparpiller à chercher une « population de substitution ».

Etat de santé morale et physique :
Spoiler:
Je gère toujours mal mon stress, mais je dors bien quand même. ça y est je suis callée à l'horaire. Le souci c'est que je suis tellement seule que quand j'ai rien à faire je bosse non stop. même entre midi et deux puisque je ressens pas le besoin (décalage horaire quand même) de m'arrêter. bon, je mange quand même, déjà plus qu'à mon arrivée Very Happy mais le quartier est plus cher et j'ai toujours pas trouvé de coin tout simple ! (bon au moins chaque resto a un smiley content, donc je mange pas n'importe quoi -presque- )

Mais comment faire pour m'arrêter ? je pense au conseil de Scarlett qui disais qu'il faut pas sprinter quand on fait un travail d'endurance. Je m'en veux d'avoir des temps vides dans la semaine et là je vais en avoir encore ! je peux que attendre qu'on me contact pour des entretiens et je peux solliciter Li Shuang qu'une fois/ semaines. Je refais de l’eczéma, je dois être contrariée.
J'ai l'impression que si je suis en Chine, c'est pour travailler pleinement sur mon terrain, et du coup... tout ce que je fais c'est pour mon sujet. Puis j'ai envie de faire beaucoup avant l'arrivée de Renaud.


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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Ven 18 Mar - 8:55

2vidéos :

一个叫阿布的牛仔阿布社会企业公益创意机构
http://v.youku.com/v_show/id_XMzk4NTkxMTE2.html?from=s1.8-1-1.2
视频: 阿布社会企业公益创意机构
http://v.youku.com/v_show/id_XNTc1NzExNjc2.html
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Ven 18 Mar - 17:15

Vendredi 18 mars

« Journée flottante »
Je me lève à 8h, et comme d'habitude, je pose mon pc sur la table et je me fais un café en poudre. Je suis pas bien motivée mais il va falloir se mettre au boulot. Je n'ai de nouvelles de personne. Je commence par mettre en ordre des notes de 2013, quitte à mobiliser une ancienne expérience de terrain chez A'bu. Puis je commence la transcription. Je prend une petite heure pour discuter sur weechat, puis je continue. C'est pas passionnant, je retranscrit tout ce que Li Shuang a dit, mot pour mot. Je vois bien qu'il manque énormément de choses en chinois.
Ça me prend toute la journée jusqu'à 15h, quand je termine avec la transcription d'une vidéo. Je me suis droguée au café, aux nouilles chinoises, et au thé. J'en sors totalement KO.

J'ai envie de sortir, alors je fais mon sac et je regarde sur ma carte l'espace vert le plus proche. Je sors et je marche pendant une heure tout en ayant mon père au téléphone. Lui aussi il bosse trop, il a préparé un powerpoint pour 1h de présentation sur la spéléo à l'université de WuHan, et finalement on lui a fait faire une petite interview. On discute encore quand je monte les marches de cette « montagne » que j'ai repéré. Il y a une grande antenne. La route est d'abord en pierre, il y a des tombes, ce qui explique le peu de monde, c'est un cimetière voir plus… Une fois en Haut, je remarque un dôme et de nombreuses paraboles, « c'est surement un radar si ça a une forme de dôme » me dit mon père. « Tant que je prend pas de données GPS + de photos, ça devrait aller », je le quitte en rigolant, en disant que j'allais prendre des photos, et que si je suis au commissariat pour espionnage, je le rappelle.
Je suis toute seule dans cette grande forêt de conifères, à un moment je me sens mal à l'aise parce qu'en prenant un petit chemin, je trouve un monticule dont l'intérieur a été creusé, j'ai peur que ça soit une tombe. D'autant plus qu'il y a des sacs en plastiques rouges accrochés aux arbres, ces sacs tels ceux que j'avais vu au Guangxi, dans lesquelles on met les affaires du mort pour qu'il retrouve sa route. Je redescend le chemin où je n'aurais croisé personne sauf des fantômes, que j'aurais peut être dérangé en photographiant les tombes.




















Je reprend donc ma route, une nouvelle heure de marche. Je vois parfois un petit bout de demi porte chinoise, avec un chat sculpté, tout ce qu'il reste d'un vieux Kunming rongé par la modernité et les nouvelles constructions.
Près de ma rue, il y a un centre de tri des déchets, je vois les gens mettre les bouteilles ensemble, le carton, le métal. Je crois que quand ce n'est pas au fin fond de la campagne, rien ne se perd vraiment en Chine. Je croise aussi des enfants, une petite fille qui fait tomber un garçon d'un coup de pied fulgurant. D'ailleurs, si ce n'était pas une tombe qui avait été creusée, je remarque dans ma descente une trace voyante de « pillage de terre » ; ce n'est pas un mythe. Dans la rue, des seau de peintures sont parfois remplis de terre pour y faire pousser quelque légumes.




Je marche longtemps quand je cherche quelque chose à manger, comme d'habitude. Finalement je retourne dans un coin habituel et je prend du riz. En rentrant, Fay me propose de l'accompagner ce dimanche, pour 3jours peut être, dans le cadre de son travail pour l'ONG. Elle va dans un village Miao, catholique (certains le sont, parce que des missionnaires sont passés dans le coin visiblement -d'ailleurs j'ai vu une église pendant ma promenade-), pour les sensibiliser à l'utilisation saine de l'eau, et faire des relevés. « c'est dans ton sujet, j'ai pensé que ça pourrait t'intéresser ».
Comme j'en ai marre de ne pas avoir de programme, j'accepte, quitte à rentrer plus tôt si nécessaire.


Dernière édition par mystheria le Dim 20 Mar - 6:34, édité 2 fois
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Sam 19 Mar - 17:19

Samedi 19 mars

« journée flottante »
Ne pas avoir de programme me déprime, mais on est samedi. Ça ne m’empêche pas d'allumer mon pc et vérifier ma boite mail -affreusement vide-, secouer mes contacts… J'ai toujours cette impression de devoir combler mon temps avec ma recherche, mais j'attends qu'on me contacte pour des entretiens. Je ne peux rien faire actuellement car Li TingTing est toujours absente, Randown est trop occupé et va s'absenter. J'aimerais visiter leurs entreprises cette semaine, mais les espaces sont presque monopolisés par les volontaires, je pense que si je n'ai rien de prévu, j'irai quand même quitte à faire l'aller-retour.
Fay et son mari partent en fin de matinée se promener. Je sors moi aussi chercher quelque chose à manger, je trouve enfin un endroit où manger des nouilles de plus petite taille que d'habitude, même si ce n'est pas encore ça. Elles sont bonnes, c'est l'essentiel. Puis je marche jusqu'à un petit parc que j'avais repéré où je m'installe au soleil pour lire les Dominations ordinaires de Martucelli. Je lis plus d'une heure et demi, mais j'en ressort totalement désespérée. Ne sachant comment utiliser ça dans mon mémoire, d'autant plus que je n'ai pas bien compris. La sociologie, c'est difficile.

J'achète une bouteille d'eau et une bouteille de jus de raisin sur le retour. Les boissons que j'aimais prendre à l'époque n'ont plus le goût que je leur trouvait, où c'est moi qui ai perdu le goût de la Chine ?
Je repasse par un parc où les vieux jouent aux cartes, chantent des opéras, restent assis ou dansent, font du Taichi… Mais plus rien ne m'étonne, plus rien ne me surprend, je suis indifférente à tout ça. Comme si c'était passé dans la banalité. Et je m'en excuse auprès de vous, lecteurs qui attendez des photos. S'il y a peu de photos, c'est pas seulement parce que je ne les ai pas hébergées, c'est aussi parce que je n'en prend pas.
L'étudiante déprimée et stressée que je suis ne s'améliore pas donc. En rentrant j'essaie de commencer à rédiger sur les concepts que je mobilise pour ma recherche. Je ne comprend rien, je ne vois pas comment faire, je panique. Au final je n'aurais quasiment rien fait.
J'essaie de me mettre à une activité plus utile -vu mon état- : héberger les photos pour vous. Je passe 10ans à les dimensionner, redimensionner, répéter 20fois les mêmes choses parce que je suis fatiguée et étourdie. Je fini par envoyer des versions compressées par email pour les faire héberger chez moi, parce que les hébergeurs d'images que j'utilise d'habitude sont -en plus d'être pas top-, censurés. D'ailleurs ce jour là j'ai eu la surprise de voir que rue89 n'était plus censuré.

Après ça, je décide de m'amuser en faisant la cuisine. J'ai acheté en plus des boissons une espèce de sachet qui me semblait plein de champignons pour faire une soupe d'accompagnement à un bol de nouilles. C'est ce qui faisait le moins peur, je voulais éviter la viande, d'autant plus que ce que j'ai pris est périmé de 3mois, ce n'est pas la première fois que je remarque après coup que ce que j'ai acheté est périmé. Bref, c'est une espèce de bouillie comme on en trouve dans les nouilles instantanées, je fait donc cuire mes propres nouilles avec ce bouillon et quelque feuilles de chou. C'est plutôt bon.

Le soir, une fois résolue à devoir arrêter d'essayer de travailler, parce que visiblement ça ne marche pas, je regarde enfin ce reportage que j'avais mis de coté :

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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Dim 20 Mar - 16:34

Dimanche 20 mars

Habitudes matinales, réveil tôt, faux café, pc. Je suis désespérée d'avoir fait si peu de terrain et d'entretiens, et nous partons ce jour avec Fay à la campagne. Elle a besoin de moi pour prendre des photos pendant qu'elle fait son travail de sensibilisation. J'upload les photos pour le compte rendu, puis Fay m'invite à manger avec elle et son mari. Puis on dors une petite heure avant de nous mettre en route.
On prend donc le bus jusqu'à la gare. Comme les billets de trains ont été achetés sur internet, Fay peut récupérer son billet sur une borne, avec sa carte d'identité. Pour moi ça ne marche évidement pas et nous devons faire la queue au guichet. Il y a tellement de guichets qu'on nous renvoie un peu partout, je fais la queue à un quand Fay fait la queue à un autre. Finalement on parvient à avoir mon billet. Le temps est suffisant, on attend un peu en salle d'attente puis les contrôleurs ouvrent les grilles pour les voyageurs de notre destination. Tout le monde se presse pour faire la queue puis on nous dirige vers le quai. Personne ne peut se tromper de train de cette manière. Une porte, un train, les groupes de voyageurs par destination sont appelés chacun leur tour.
De l'extérieur notre train est dans le style de tous les autres, verts avec une bande jaune, d'un style qu'on trouverait ancien. Mais il est particulièrement propre, en fait, il est neuf. Et l'intérieur vaudrait presque nos trains en France. Il y a aussi ses vendeurs, Fay achète des prunes séchées à offrir à celui qui fait appel aux services de l'ONG pour ce travail de sensibilisation.

Nous discutons et nous arrivons au bout d'une heure, la gare est récente, il n'y a presque rien autour. De nombreux taxis attendent les voyageurs, nous en prenons un et un autre client entre aussi. Le taxi nous pose devant un hôtel. Nous sommes dans une petite ville proche des villages où nous irons demain, l'échelle me rappelle Du'An ou Fengshan.
Au grand plaisir de ma mère et ma tante qui m'ont écrites en même temps ce matin pour me dire qu'il serait temps que je mange autre chose que des nouilles, je peux les rassurer en disant que j'ai eu de vrais repas aujourd'hui puisque le soir, nous mangeons avec celui qui nous guidera dans cette mission. Il y a trois plat, un au poisson, et deux contenant des plantes que je ne connais pas, utilisées dans la médecine chinoise. C'est un peu amer, et certains goûts me rappellent la sauge.

En rentrant, nous marchons avec Fay sur la place en face de l’hôtel. Comme à Du'An il y a plein de jeux et de couleurs pour les enfants. Et même pour les adultes car j’aperçois quelque chose dont j'aimerais connaître l'inventeur. Une espèce de siège entouré de deux grandes roues en métal, qui avance, recule, se balance dans tous les sens grâce à une petite manette. Pour rigoler, Fay et moi faisons un tour.
Puis sur le retour, au milieu des différents véhicules pour enfants, château gonflable, scène de spectacle, tire au ballon, peinture de figurines, mini jeux vidéo ou jeu avec une masse pour taper sur le loup entre les XiYangYang, c'est une photo que j'aurais du prendre. De cette femme assise à trier ses grains de maïs secs, en attendant qu'un enfant vienne jouer à lancer un anneau sur les objets devant elle. Et je me questionne sur tous les petits jobs accumulés pour vivre.

Depuis l’hôtel j'essaie à nouveau de secouer mes contacts pour avoir des entretiens. Li Shuang a relu ma transcription de ses paroles et l'a modifié, elle en fait beaucoup trop pour moi, et il faut que je puisse lui rendre ces services en retour. Renaud arrive dans une semaine, je cherche quelque hôtels pas trop cher car il ne pourra pas loger chez Fay où je n'ai qu'un lit mezzanine dans une petite chambre ; l'hôtel dans le même bâtiment, ne prend pas les étrangers (C'est à dire qu'ils ne se donnent pas la peine de faire l'enregistrement à la police). Je stress un peu car j'aimerais être sur les terrains, si A'Bu est trop fermé, autant aller tout de suite à Da Muo Yu (Li ri) ou Da He (H2H) !
Sauf que H2H va avoir un groupe qui va monopoliser toute l'auberge de jeunesse « cette semaine ou la prochaine », et que Li ri est plein de volontaires ce mois ci. Je réfléchis à la possibilité de trouver un hôtel dans ces villages. J'aimerais avancer dans ma recherche !
Mais comme dirait mon père, « on est dimanche »…
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Lun 21 Mar - 16:26

Lundi 21 Mars

Au matin, je regarde s'il y a du nouveau pour mon planning, Li Tingting me propose de se voir mardi à 20h… C'est tard pour un entretien, prendre le bus, et la librairie -lieu de rendez vous que j'ai proposé- pourrait être ouverte ? Je me trouve obligée de décliner et reporter au week end où je viendrais au village. Si je peux faire des entretiens avec elle et des volontaires ça serait parfait. Elle me donne les indications pour m'y rendre : c'est le même bus que pour aller au village de H2H, je prévois de me mettre le soir même en contact avec H2H pour voir si je peux réserver une chambre. C'est YY, qui y travaille, qui aura été la plus rapide en m'ajoutant sur weechat dans l'après midi.

Nous prenons le petit déjeuner dans l'hôtel, qui se donne des airs de luxe mais qui a peu de clients, comme souvent. Puis nous attendons une heure que Shuang Ge nous rejoigne pour nous mener au village Miao.
Une heure de route ou plus est nécessaire pour y aller, on s'enfonce peu à peu dans la montagne, puis dans une grande forêt de conifères. Parfois on voit quelque cultures, notamment de noisetiers. À cause de la situation écologique du lieu, on passe deux barrages / péages pour nous rendre au village. L'un d'eux est géré par le comité du village qui est juste à coté de l'école -où des parents attendent les enfants à bord d'un petit transporteur-, à 1kilomètre du village. La zone peut prendre feu très facilement, et manque d'eau, c'est pour cette prévention que servent ces barrages.
On passe sur un pont qui surmonte un grand espace avec très peu d'eau. Je demande à Fey s'il y a de moins en moins d'eau dans la région. « Ces dix dernières années, peut être oui » ; mais cet espace est fait pour retenir l'eau de pluie, et il n'a pas plu depuis un an. Des villageois ont essayé de creuser des puits et on trouve des canaux qui ont été creusés, mais il y a toujours peu d'eau. Je suggère l'hypothèse du réchauffement climatique sur ces effets, elle répond « peut être qu'un jour, l'eau rejahira ». Comme problème s'ajoute la pollution des produits agricoles. Fay procède en deux fois, d'abord les bases, puis la prévention vis à vis des maladies, et inciter à changer les habitudes.


Une fois au village, on se gare devant l'église. « Les Miao sont pas chrétiens » me dira mon père, c'est bien ce qu'il me semblait. Pourtant, d'après Fay « une partie dans le Yunnan le sont » ; et ceux de ce village le sont particulièrement. C'est peut être d'ailleurs par ce réseau religieux qu'ils ont remonté vers l'ONG qui « est la seule dans le Yunnan ans ce dommaine ». Shuang Ge, qui sers d'intermédiaire entre les villageois en contactant l'ONG l'est aussi.
Le soir, une partie du village accueille des gens du gouvernement local, il y a aussi deux personnes dans le réseau catholique, et une dans le domaine de l'assainissement de l'eau. « Ce que tu vois, ce sont des Miao très chinois puisqu'ils jouent avec les réseaux de relations, et aussi d'influence externe via une religion sûrement sinisé » me dira mon père. Car en effet, ils jouent de relations, notamment Shuang Ge. Fay est vite ennuyée de voir qu'ils demandent plus que leur action, et que finalement l'appel à l'ONG aura peut être servi de prétexte ou d'action pouvant attirer l’œil du gouvernement local.

Bref, à notre arrivée on nous montre les changements récents les plus proches : Des toilettes publiques ont été crées ainsi qu'un espace pour déposer les déchets. Il est 10h30, et on nous invite manger. Ça permet de parler un peu. Ensuite nous allons visiter les autres installations. De longs tuyaux en acier traversent le village et les culture, allant jusque dans la forêt où se trouve la future réserve d'eau -encore vide-. On vérifie les raccords, Fay m'a fait venir pour que je prenne des photos des installations et de ce qu'elle fait. Les tuyaux sont encore à l'air, voir « flottant » car on doit les enjamber, il faudrait les enterrer et c'est loin d'être le cas.
Une fois fait ce tour d'horizon, nous entrons dans l'Eglise, et petit à petit, la salle se rempli d'une 20aine de villageois. Il y a quelque enfants, il y a même des jeunes, enfin, un homme et une femme -qui a un air très dévote-. Fay commence ses explications sur l'utilité des installations, et la sensibilisation à l'utilisation de l'eau, pose des questions, « selon vous l'étape après 'vérifier la que l'eau' n'est pas sale, il y a ? - la faire bouillir » !. Après la première leçon, les gens ont du temps pour parler entre eux et débattre sur le sujet puis vient la seconde leçon, et le second débat. À la fin, Fay distribue des serviettes à chacun, se se basant sur les noms de la fiche de présence. Le chef du village ajoute les 4-5 familles absentes sur la liste.

Ce travail fait, nous partons pour un autre village en bas de la montagne. À pieds il nous aurait fallu plus d'une heure mais le fils du chef du village propose de nous accompagner. Nous faisons une partie du trajet en moto électrique. Je ne rêve pas. Après avoir traversé champs, forêts et villages, sur route de terre ou de béton, nous nous arrêtons où la pente devient soudainement trop raide. Au milieu de la forêt, au sommet de la montagne, nous apercevons le village où nous nous rendons en contre bas. Il y a de ces espèces de grands rochers dans lesquels sont taillés des signes chinois ou des marches. Nous commençons la descente à pieds. On emprunte rapidement des chemins feuillus, puis on remonte un ruisseau bien maigre. Ce ruisseau alimente tout le village où nous allons. Il y a quelque installations, des tuyaux dont un ayant à l'embouchure une bouteille en plastique où ont été fait de nombreux trous pour filtrer les brindilles, feuilles et branches.

On s'arrête un long moment pendant lequel Fay parle avec le fils du chef du village. Elle me raconte qu'il a deux sœurs qui sont mariées et qui ont quitté le village, mais lui, comme il est le seul garçon, il doit rester. Plus tard, je poserais une question sur la migration, « pourquoi » ? La réponse d'une femme de 40ans sera que « pour elle, elle ne veut pas partir, elle aime cet endroit et ce mode de vie ». Sa nouvelle maison est en train de se faire construire a coté de l'ancienne, pour 250 000 yuans (environ, mais ne me faites pas confiance pour les chiffres). Un autre obstacle se présente de toute façon à l'ambition migratoire d'une minorité ethnique telle que les Miao : la langue. Sur les 25 familles du village, trois sont parties. Lorsque les gens partent, ils louent leur terres pour y faire pousser du tabac -seule chose rentable-. Le plus souvent, les jeunes partent seuls, mais parfois avec leurs parents, et il arrive qu'ils reviennent 4-5ans après ; si non il y a les migrations saisonnières. Ils visent principalement la région du Guangdong ou Jezhiang parce que ce sont des villes riches et le train n'est pas très cher. Un peu de sociologie devrait être faite pour « ceux qui restent » ; cependant la problématique de l'eau peut, à long terme, devenir importante.
Je me souviens mon premier voyage en Chine, et la premère Miao que j'ai aperçue de loin dans le Guizhou. Elle était tout en costume. Ici, et aujourd'hui en 2016, seules les femmes portent encore des signes distinctifs : la jupe plissée, mais le tissu, les couleurs et les motifs dépendent de chacune. Elle arrive à leurs mollets comme si elles la portaient depuis le début de l'adolescence ; les femmes en prennent plus ou moins soin, certaines ont leur robe déchirée et sert comme un chiffon. Toutes portent la robe par dessus le pantalon. Concernant la coiffe, elles ont les cheveux relevés et enroulés sur l'avant de leur tête, comme une galette. Certaines mettent un foulard par dessus -pour le soleil- qui est souvent de couleurs vives. Oui, le rose fluo est effectivement une tendance des minorités de notre époque. (On est à 200ans des préjugés d'un ami de Chongqing qui me disait cet été « les miao me font peur, ils font de la sorcellerie »)

Nous reprenons notre descente, les paysages sont particulièrement beaux et le vent souffle sur le blé. Dans la journée, j'aurais pris suffisamment de photos pour remplir ma carte mémoire, au grand bonheur de Béatrice que je soutiens de loin. (J'ai la chance de visiter des coins de campagne, quand elle passe des questionnaires dans les usines, de l'autre coté du parcours migratoire).
Quelque regards suffisent pour voir que la situation de l'eau n'a pas changée dans ce village. J'espère que l'étape de la sensibilisation à la gestion des déchets viendra vite, car le plastique commence à s'accumuler autour des lieux de vie. Nous remontons la montagne à pieds, et rentrons en moto. Comme il n'est pas encore l'heure de manger, nous faisons un nouveau tour du village avec Fay. C'est là que nous rencontrons une des villageoise toute souriante qui nous invite boire un thé et manger une orange dans sa ferme. Son fils de 2ans, tout sale comme un enfant, joue avec un petit camion fait en bois. J'apprends par Fay que si, les minorités avaient la restriction de l'enfant unique, même s'ils ne la respectaient pas, « maintenant c'est différent ». Bref, je n'arrive toujours pas à avoir le fin mot de cette histoire.
En marchant, j'essaie de faire revenir Fay sur des questions que je n'ai pas pu poser en entretien. Notamment ce « mode de vie ». Elle me dit que « Si il y avait un hôpital et une bonne école dans mon village natal, j'habiterais là bas ; pour la santé et la tranquillité ». Mais depuis son village, le lycée est à 200km, et l'université à 600. Et « pour les personnes âgées, c'est important d'avoir un hôpital proche de chez soi ». De plus, être fonctionnaire c'est le seul emploi possible dans ces endroits, être autre chose comme businessman c'est très dur.


Nous rejoignons tout le monde pour le repas, en fait toute la cour est pleine et il y a de nombreux plats fait par les femmes. Qui par deux fois, ne mangeront pas avec nous mais plus tard. Tout le monde s'assure constamment que les plats et les verres sont bien remplis. Je refuse l'alcool et ne suis pas bien bavarde. Fay me présente comme « une amie a elle qui est étudiante française et qui avait du temps, donc elle m'aide pour prendre des photos ». La soirée traîne énormément sur la longueur car des affaires de Guanxi/ de réseau sont en marches, l'alcool -en bidon fait maison- ne manque pas. Nous attendons un moment puis nous partons pour le trajet retour qui m'offre du temps pour écrire ce compte rendu. Je suis en train d'arriver, et j'espère n'avoir rien oublier.

(Peut être les veaux, vaches, poules et cochons, dont vous aurez l'occasion d'en trouver les photos. En tout cas l'électricité est acheminée dans ces villages, et on capte internet -données mobiles- partout, même au fin fond de la forêt)
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mar 22 Mar - 16:56

Mardi 22 mars

Lorsque je rassemble mes affaires Fay me propose de rentrer ce matin, car elle a peur que sa journée de travail soit plus longue que prévu. Elle a bien fait, car il est 21h et elle n'est pas rentrée à Kunming. Elle commande pour moi le billet de train retour, à 9h22. On déjeune puis je saute dans un taxi jusqu'à la gare. J'en profite pour poser deux anecdotes : cette petite ville est connue car on y a trouvé un squelette de dinosaure ; et en prenant le taxi à l'aller, j'ai vu pour la première fois une calèche tirée par un cheval, dans la ville.
Lorsque l'appel pour l'arrivée du train se déclenche, après que soient poinçonnés les billets de train, on nous met en rang en fonction des numéros de wagons. Même si nous ne sommes pas tout à fait en face, c'est peut être une manière de nous faire monter plus vite. Le train vient de Lijiang, j'ai une place à coté de trois jeunes épuisés sûrement d'un voyage touristique. Je sors mon pc pour travailler mon plan, puis après une heure nous voilà à Kunming.
En sortant, je trouve rapidement l'arrêt de bus, et mon bus qui arrive juste. Je monte parmi les premiers et j'ai la chance d'avoir une place vers le panneau qui me permet de vérifier les arrêts. Petit à petit, le bus est bondé de voyageurs et leurs valises, d'hommes et femmes portant des sacs de couettes, et un homme portant sa femme qui a l'air bien mal en point…

Une fois rentrée, je me fais un bol de nouilles à la bouillie de champignons, et je m'occupe dans un premier temps de m'organiser et d'envoyer des mails. J'attends toujours des nouvelles des papiers pour ma bourse à Pékin. Et je passe par une doctorante de Laurence pour que ça bouge un peu.
Ensuite, je prépare mes guides d'entretien en chinois pour impression ; puis je fais le tri dans les enregistrements pour choisir ce qui sera retranscrit. Hélas je me rends vite compte que je veux tout… Je suis trop gourmande et Li Shuang ne pourra peut être pas faire ça. J'ai peur qu'une transcription en chinois soit encore plus longue qu'en français à cause du choix des caractères. Il y a aussi l'option « traduction simultanée » mais j'ai peur de sa qualité. J'envoie un nouveau mail d'appel à l'aide à mes amis chinois.
À 3h, je sors imprimer 4 copies des guides, dont 2 pour Li Shuang. Puis je prend le bus pour la rejoindre à l'université. Je me repère peu à peu. Lorsqu'elle me rejoint, elle me propose d'aller voir une exposition de calligraphies faites par des étudiants. Parce que je pense n'avoir pas assez pris de temps avec elle pour améliorer notre relation je passerais plus de temps avec elle. Je lui donne des films et des musiques, avec les enregistrements d'entretien. On se promène dans le campus et on mange ensemble à la cantine. Elle a une carte pour acheter de l'eau, une carte pour la cantine et la bibliothèque, et sa carte étudiant. Reste une carte pour acheter des choses dans les magasins de fournitures scolaires alentours, c'est plus près, mais c'est plus cher. On parle de son cousin qui se marie, de la fête des morts la semaine prochaine, de l'université.
Elle aimerait « être interprète » mais en M2 elle a l'impression que son niveau est moins bon qu'en L4 (licence en 4 ans en Chine). Une des causes de cette régression, le déménagement dans le campus à l'autre bout de la ville. Où il n'y a rien, et où il n'y avait encore plus rien « pas de commerces, juste de la terre » quand elle est arrivée. Alors qu'ici en centre ville, elle peut rencontrer beaucoup d'étrangers. En plus, le département de français de l'université de Kunming ne fait aucun effort pour développer des partenariats, elle n'a donc jamais pu voyager en France. Et je m'inquiète pour ces parcours à perte du système chinois. « J'ai choisi les langues étrangères parce qu'on m'a dit que c'était le mieux pour trouver du travail dans la spécialité littéraire » ; « j'ai du aller à Kunming à cause de mes notes » ; « je ne pouvais pas choisir scientifique parce que c'est trop compliqué »…

Malgré tout, son aide m'est précieuse. Elle est en contact avec Li Yuan qui est toujours malade, et nous donne le numéro d'une ancienne volontaire de A'Bu avec qui on fera un entretien le 10. Li Shuang s'est chargée de la contacter. C'est moi qui suis le plus stressée et le moins à l'aise dans l'affaire.
En vue du planning, je partirais demain à l'auberge de jeunesse de H2H, pour y rester quelque nuits ou faire des allés retours, je ne sais pas encore. Je prépare mes affaires, mon trajet, et je prévois de partir le matin. Si je reste 6nuits, ça me fera 300yuans.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Jeu 24 Mar - 7:26

Mercredi 23 mars

Je me lève à 7h, heure de départ du premier bus, vu tout ce que j'ai mis dans mon sac de voyage, je pense que je ferais une nuit à l'auberge de jeunesse. Cette idée se certifiera au fur et à mesure du transport. Lorsque je voyage, mon objectif est toujours la destination finale, je met à plus tard le petit déjeuner par deux fois. D'abord, je prend le bus jusqu'à l'endroit où je peux prendre le C61 qui pars dans la campagne. Mais le trafic est catastrophique à cette heure ci, 7h30-8h, j'aurais du y penser… Lorsque j'arrive enfin au dernier arrêt, il faut encore que je trouve mon 2nd bus. Je suis un peu désorientée mais deux cartes que j'ai sur mon téléphone ainsi que ma carte en papier de 2012 m'aideront à m'en sortir. Après avoir essayé deux endroits qui ressemblaient à une station de bus, je vois le C61 qui attends des passagers au bord de la route, à un arrêt quelconque. J'entre et je fais lire ma dernière destination, c'est le terminus donc je ne m'inquiète pas.
Il y a surtout des personnes âgées, ou des adultes qui descendent aux alentours de Kunming. C'est 6 yuans le trajet, j'ai du mal à savoir quels sont les arrêts au fur et à mesure du voyage car chacun descend et monte à peu près où il veut. Il n'y a pas d'indication réelle. Après 5min de trajet, le chauffeur récupère les 6yuans auprès de chaque passagers. S'en suit un long trajet dans la montagne, on suit le chemin de nombreuses prières tibétaines accrochées aux arbres et une vielle femme descend au temple. À l'arrêt suivant, tout le monde descend. Il ne reste plus que le chauffeur et moi.

La confusion dans les arrêts m'aura fait faire une erreur, car je n'aurais peut être pas compris que j'étais arrivée au terminus -ou non-. Lorsque le chauffeur m'a demandé de revoir mon arrêt (écrit sur mon téléphone), il m'a dit de descendre et que j'allais continuer avec quelqu'un d'autre. Sur le coup, j'ai pensé que comme j'étais la seule passagère, il ne voulait pas aller jusqu'au terminus. Il me dit bien que c'est 15yuans, mais 15yuans quoi ? Je veux aller à ma destination, j'entre dans ce qui se révèle être un taxi.
La chauffeur prend une autre personne sur la route, puis elle s'arrête devant une espèce de temple et me dit que je suis arrivée. Je lui répond que non. Je ne descendrais pas avant d'avoir la certitude d'être au bon endroit. J'appelle l'auberge de jeunesse, ce que j'aurais dû faire au début car visiblement c'est le chauffeur du bus qui a dit à la chauffeur de taxi que je voulais aller là. Bref, je reste dans le taxi et nous faisons un long détour jusqu'à un chantier où le jeune homme descend. Au milieu d'une montagne saccagée, à la terre rouge propre au Yunnan, et tous ces ouvriers.
On refait la route dans l'autre sens et elle fini par me déposer pile devant l'auberge de jeunesse, je la paye mais je comprends trop tard que cette dépense était du temps et de l'argent perdu pour rien.


YY (Yan Ying Yi) m'accueille avec un grand sourire qui me rassure. Elle m’emmène directement dans un petit salon où elle a préparé son ordinateur pour me présenté un diaporama sur l'auberge de jeunesse H2H qui a été créée en 2005. Les actions faites par l'ONG concernent : « migrand family, children & youth ; ethnic minorities and rural social work; prevention of family violence ; volonteering service ; out reaching/disaster social services ; professional training & intership. »

Trois autres branches me sont présentées comme des « entreprises sociales » : « H2H Hostel / Eat Well Farm (in progress) ; Green hancraft workshop ; 2nd Hand Cloth Shop. En vérité, seul H2H youth hostel est enregistré comme entreprise personnelle (« ge ti gong shang hu »). L'atelier et le magasin ne le sont pas, et sont peut être déclarés dans les activités de l'entreprise H2H.
Cependant, selon Yan Ying Yi, « ces deux activités ne font pas d'argent, ils perdent de l'argent ». « C'est plutôt une forme de charité, ils proposent aux femmes de venir coudre des objets mais ils ne réussissent pas à les vendre. » car « Les personnes qui travaillent dans l'ONG ne savent pas comment faire du buisness, comment vendre des choses ; lorsque j'ai visité cet endroit, j'ai tout de suite pensé qu'ils ne peuvent pas faire d'argent comme ça ; ils ne savent pas où et à qui vendre ces produits. » Je me rappelle en avoir vu chez A'Bu, et certains sont exposés dans l'auberge de jeunesse, cependant « on ne peut pas les acheter ici ; peut être plus tard, dans le projet de ferme ».
La définition des entreprises sociales qui est donnée sur le powerpoint est « celle qu'elle a trouvé sur internet » : « A social enterprise is an organization that applies commercial strategies to maximize improvements in human and environmental well-being - this may include maximizing social impact rather than profits for external shareholders ». Utiliser des stratégies commerciales pour une cause sociale.
On a encore une influence forte du système anglais ; car « Rawdon Law est en contact et a travaillé avec avec – une organisation de « farmers agricultury », - une fondation/ONG de « youth hosteling » « Hostelling international », et a travaillé en Angleterre. » J'ai même une petite histoire des auberges de jeunesses, dont la première est apparue en Angleterre en 1912. En Chine, ce phénomène a moins de 10ans, ça a « commencé à apparaître entre 2001 ou 2009. ».
H2H Youth hostel m'est présenté comme pionnier utilisant le principe « d'entreprise sociale », comme un endroit de partage, de présentation de la culture locale, et ayant un programme à porté sociale. Son schéma serait « unique en Chine » car « ils ne cherchent pas le profit comme les entreprises privées » est sont coordonnées avec une ONG qui ne peut pas faire de profit. « 100 % non profit ».
L'objectif 2040 est de - développer l'aspect hôtel / camping ; - permettre des conférences et des séminaires dans le lieu ; - avoir des programmes de sensibilisation à l'environnement/ à la nature ; - permettre des échanges culturels et une formation sur le service social ; - offrir un travail pour les communautés rurales ; et permettre - des stages.
→ L'aspect culturel concerne la préservation de la culture locale : il y a trois minorités dans le village de Tuan Jie : Bai, Yi et Miao. Cependant les Yi sont là depuis plus de 600ans tandis que les Bai sont arrivés plus récement et ont été inspirés -notamment pour l'architecture- de la culture Bai. Cette maison abandonnée a appartenu à une famille Bai pendant 4 générations et hébergeait 12 personnes, elle a été rénovée par des ouvriers payés par Rawdon Law en 2012 pour en faire l'auberge de jeunesse, le restaurant a été ajouté en 2014.
( plus d'infos sur le lieu: http://www.yhachina.com/topic.php?action=news&channelID=12&topicID=68&newsID=634 )
On a un lieu d’exposition de fabrications artisanales des minorités locales à l'entrée de l'auberge, et pendant le festival qui dure 24jours pendant l'été, il y a des activités avec des torches enflammées. D'un autre coté, l'auberge de jeunesse a (une seule fois) invité des groupes de musique ici pour partager cette culture moderne avec les villageois. « ils ont trouvé ça bizarre, mais ils sont venus parce qu'ils sont curieux ».
→ Les pratiques environnementales sont 1) la réduction de déchets de construction pour l'auberge de jeunesse, l'utilisation de matériaux écologiques, locaux ou de récupération, et un design permettant d'avoir beaucoup de lumière et préserver l'eau. Les meuble sont aussi de seconde main. 2) la préservation de l'énergie donc, avec une baie vitrée récupérant de l'électricité, et la réutilisation de l'eau des machines à laver pour l'eau des toilettes/lavabos. 3) la préservation d'un vieux bâtiment et de son design ainsi restauré. Et enfin 4) l'encouragement à des pratiques dans la vie quotidienne pour réduire le CO2, trier les déchets etc. Le slogan est « Every small drop count ».
+ (2pages powerpoint)

Chaque nouveau client a droit au powerpoint et peut voir des petits panneaux un peu partout « utilisez cette eau pour boire, pour réduire l'utilisation de bouteilles en plastique » etc. Les panneaux affichées font la communication des pratiques, et on fait aussi une visite du lieu.
Cette maison a été construite en 1985, une partie en béton a été ajoutée plus tard au mariage d'un des fils. YY me fait faire la visite, on commence par l'entrée où sont exposés des objets des minorités et de H2H, à droite il y a la salle à manger, avec un panneau « eat local food », puis la machine à laver pour les draps. Elle me montre le robinet où l'eau est récupérée. L'auberge de jeunesse est très grande, l'accueil a quelque petites tables sous une sorte de véranda, qui donne sur la cour intérieur. À droite en sortant, on trouve une salle de jeux et de lecture pour les enfants, en face on a les toilettes et les douches, les portes vitrées laissent passer la lumière, et aucun interrupteur n'est installé dans les toilettes & douches pour ne pas être tenté par l'habitude. On a des panneaux « save water, save the earth ». En face de l'accueil, de l'autre coté de la cour, on a ce vieux bâtiment en briques avec toutes les chambres, les dortoirs sont en bas, et les chambres doubles en haut. Il y a des panneaux qui présentent le lieux, sa consommation d'énergie, et les petites pratiques quotidiennes que nous pouvons faire « what can we do ? ». Deux escaliers mènent en haut où une terrasse avec une table est posée sur le toit de la partie « accueil/salle pour les enfants ». En bas, à gauche de l’accueil, on a le petit salon où YY m'a présenté le powerpoint. Il y a aussi une cuisine pour les employés, et une cuisine pour les clients s'ils le veulent. Celle ci est un peu à l'extérieur, derrière le salon : cet espace donne sur un jardin derrière l'auberge de jeunesse. Il y a une place pour les spectacles, un jardin de légume futur -ce n'est pas la saison- et plus loin, la salle polyvalente/ de conférence qui est neuve. YY me montre l'endroit où est récupéré le compost, et les réserves d'eau de pluie pour le jardin.

Le lieu est aussi un « espace ouvert » pour les villageois qui parfois entrent pour visiter, ou parce qu'il y a du wifi. Il y a aussi des tables de ping pong ou de tennis. Certains réalisent qu'on peut faire de belles choses avec une vieille maison, plutôt que de reconstruire une nouvelle, et demandent à Randown Law « s'il peut faire la même chose chez eux ». Ce n'est pas facile pour l'employée qui s'occupe du ménage de concevoir cette idée de tri des déchets, et elle se trompe parfois.

→ Aspect social :
- Plusieurs universités et Lycées/collèges sont impliqués dans le projet et proposent des volontaires qui viennent faire un apprentissage « service learning » : Peking University ; Yunnan University ; Yunnan Finance & Economic University ; Hong Kong Polytechnic University ; Hong Kong Chinese University ; Hong Kong Vocational Training Council ; Hong Kong College of Technology ; Fu Jen Catholic University, Taiwan ; Chicago University, USA.
Un groupe de Taiwan viendra d'ailleurs mi-avril.
- L'entreprise sociale organise des « camps d'été » et d'hiver de 7jours pour les enfants du village, les enfants de migrants de l'ONG, et des enfants de Kunming. Les enfants ont entre 7 et 12ans et cela permet des rencontres et des échanges entre ces différentes populations. Mais aussi de les sensibiliser à l'environnement par des activités de récupération. Des échanges sont aussi faits avec les enfants de Kunming, dans le second lieu où les volontaires proposent aussi des activités. (réutilisation, promenades en forêt etc.)

Tout comme la venue de volontaire, tout enfant d'ailleurs en Chine sont bienvenus. Par exemple : Une femme de (Canton?) a inscrit sa fille au camp d'été, car elle travaille dans une ONG située à Canton : « STARS » ( www.stars.cn ) qui donnent des livres de seconde main dans les villages. C'est dans ce cadre qu'elle a connu l'auberge de jeunesse et y a inscrit sa fille. Des volontaires « or service learning students » viennent aussi d'autres ONG/ ou veulent savoir plus sur les « youth hostel » ou le « social work » dans les entreprises sociales. Les personnes d'ONG sont curieux des autres projets, c'est le cas d'une volontaire rencontrée par YY, et c'est aussi de cette manière que YY a trouvé ce travail via une « Youth hostel association » dont une amie, volontaire dans une ONG, lui avait proposé le contact.
Je me rends compte que certaines choses que j'aurais voulu voir ne sont pas encore en place ; de même, je suis encore une fois dans un « temps mort » de l'entreprise où il n'y a pas d'activités, et peu de clients.


Le futur projet « Eat well farm » vise à une petite agriculture biologique. Ici, 70 % des agriculteurs utilisent des pesticides. L'idée étant, dans une perspective sur le long terme, de changer cette habitude vers de l'agriculture biologique qui « est aussi bonne pour les paysans puisqu'ils peuvent vendre ces produits plus cher ». Mais actuellement, ils trouvent ça bizarre et sont seulement curieux. Les personnes qui travaillent à la mise en place concrète de ce projet actuellement ne sont pas locaux, il y a par exemple une femme un peu âgée qui a choisi de venir ici pour ce mode de vie. Ils aimeraient fournir des restaurants et des magasins bio à Kunming. Ce sera aussi une opportunité pour les volontaires d'essayer ce mode d'agriculture, se soucier de la santé liée à l'alimentation, proposer des stages aux étudiants et permettre aux agriculteurs locaux de participer.
On me fait visiter le projet de ferme, il y a un cochon, un chat, deux vaches, des oies et des poules, deux chiens sur une petite surface. Les paysans louent leur terre pour le projet et habitent à coté, ils sont curieux du résultat. Une partie est pour les légumes, l'autre pour les fleurs « a beautiful garden ». Actuellement la terre est retournée et deux personnes y travaillent.

L'idée est principalement de donner un exemple concret, et permettre cette expérimentation. En espérant que sur le long terme, cela influencera les paysans locaux. On retrouve l'idée de de A'Bu, « Local, small & beautiful » : être un exemple. H2H veut « être copié » et influencer les fermiers pour créer un emploi local et satisfaisant économiquement (« win win » entre fermiers et consommateurs). Développer la notion de « prendre soin de la campagne et être en harmonie avec la nature ». L'entreprise fait des économies et « gagne de l'argent » sur sa consommation d'énergie, comparé à d'autres auberges de jeunesses.


A midi, je mange avec tout le monde, pour 20yuans le repas cuisiné par Xiao He. J'organise des entretiens, avec YY l'après midi et Xiao He le soir. Avant de commencer, je prépare mes questions et je fais des photos du lieu.
→ L'entretien en anglais dure 1h30, je ferais une transcription plus tard. Cependant je note comme éléments importants le fait que : « en Chine, s'il n'y a pas d'emploi, la situation serait terrible, le gouvernement encourage donc les jeunes à créer leur propre business », mais c'est très difficile car ils n'ont pas d'expérience. (est ce que ça peut expliquer cet enjouement pour les entreprises sociales?). YY a fait des études de RH et de Buisness (bac+3ou4), mais elle n'aime pas ce milieu. À la fin de ses études, elle ne savait pas quoi faire et s'est donné 1an pour trouver ; c'est ainsi qu'elle a postulé au programme de youth hostel où elle a été admise : elle passe 6mois à H2H, puis elle ira dans une autre auberge de jeunesse à Guilin dans le Guangxi, puis une troisième. Elle est arrivé le 31 novembre et pars à la fin du mois. C'est la première fois qu'elle entend parler d'entreprise sociale. Elle veut faire « ce qui lui plaît » et a choisi de partir faire cette expérience « mes parents voulaient juste me tuer, parce qu'ils voudraient que j'ai un bon travail, que je me marie etc ».
Comme elle habite vers Hong Kong, elle a accès à des informations données par ses amis (google etc), et aussi à une alimentation saine car des produits du Japon ou d'autres pays jugés « plus fiables » sont en circulation. On évite les produits chinois. Pour elle, « protéger notre terre » est une absurdité voire de l'hypocrisie, car « de toute façon la terre continuera d'exister, c'est nous qui allons mourir à cause de ça ».

→ Après le repas du soir, nous faisons l'entretien avec XiaoHe qui ne parle pas Anglais, je comprends quelque mots, j'enregistre, YY traduit le plus important que je prend en notes. J'enregistre le tout deux fois. Ça se passe très bien. J'ai le guide en chinois et je montre la question que je veux poser, en fonction du défilement de l'entretien. Parfois, j'utilise le guide pour les « travailleurs », dans le cas de XiaoHe.
Elle a 22ans, elle aurait aimé faire des études d'art, mais comme c'est très difficile elle s'est lancée dans la cuisine. Elle veut « juste être heureuse ». Ses parents l'ont laissé choisir et a fait trois ans à l'université à Hangzhou , elle avait déjà voyagé un peu en Chine, à Chongqing quand elle avait 2ans, à Xian etc. Elle a grandit avec ses grands parents et sa grande sœur qu'elle admire, celle ci a un doctorat en droit. Ses parents « sont des gens ordinaires » qui ont été ouvriers, c'est parce qu'ils vivaient dans les dortoirs de l'usine qu'elle ne les a pas beaucoup vu. Aujourd'hui, son père et sa mère sont au chômage, parce que les entreprises veulent des jeunes.
Elle a déjà travaillé pour un échange à Shanghai et au Lycée. « trouver un travail ce n'est pas dur, mais c'est dur de trouver un travail avec un bon salaire ». Le choix des études dans la cuisine a été fait « parce qu'elle aime manger », mais elle s'est vite sentie gênée dans le milieu professionnel. Car « il faut 10ans pour être chef, et les femmes ne le sont jamais, c'est très dur d'être une femme dans ce milieu ». Elle a travaillé dans un restaurant connu à Shanghai, mais à cause de cette compétition constante, elle est revenue par ici pour un mode de vie plus simple. C'est « par hasard » qu'elle a trouvé ce travail dans H2H, car son cousin habite dans le village, juste à coté. Il a visité l'auberge et lui a parlé de cet endroit, qu'elle a découvert en octobre 2015, elle a postulé et a été prise. Elle a commencé à travailler en Janvier, et aimerait garder ce travail pendant 2ans, afin de se mettre de l'argent de coté et gagner de l'expérience, pour ouvrir son propre restaurant dans le quartier de ses parents. Sa famille a toujours été à Kunming, sa mère appartient à la minorité Mongol.
Le travail ici est aussi plus tranquille, et elle aime le projet de ferme parce qu'elle voudrait faire pousser ses légumes plus tard « car c'est la seule manière pour savoir si ce qu'on mange est sain ». Elle aime aussi la nature et les fleurs. Elle a aussi du temps libre ici, elle aimerait apprendre l'anglais et avoir plus d'expérience. Elle aimerait voyager, mais c'est trop cher.
Le principe d'entreprise sociale lui paraît un peu « hypocrite », car « trop aider les gens ne les aide pas dans la réalité de la vie de tous les jours », et les enfants de H2H prennent l'habitude d'être aidés. Il y a aussi le fait que « ça ne change rien au fond du problème, c'est comme une couverture pour faire joli ». En effet, les femmes migrantes de H2H continuent toujours leur migration, et ne considèrent pas ce travail comme « un vrai travail », c'est temporaire. L'aspect « social » a plus l'air d'être là « pour faire quelque chose de social et justifier le fait d'être une entreprise sociale ». Elle trouve que les gens qui viennent ici pour les conférences « sont bizarres ».

Selon elle, c'est au gouvernement de s'occuper de ces problèmes, notamment la pauvreté. Un jour, elle a vu un reportage sur la pauvreté, puis il a disparu 10minutes après, censure. Concernant l'information, elle ne croit pas les médias, elle ne croit que « ce qu'elle voit et ce que les autres voient ».
Elle a quand même appris des choses dans l'entreprise : comme le fait que 20 % des déchets peuvent être recyclés. Bien sûr, elle se soucie de l'environnement, d'abord de la pollution de l'air, aussi la pollution de l'eau. Elle a eu le « coeur brisé » en apprenant la situation de la pollution de l'eau, pour elle « tout le monde devrait s'en inquiéter », elle a « toujours fait attention aux déchets, à les mettre dans la poubelle », et elle était la seule à le faire, ses amis jetaient les déchets dans la rue « comme tout le monde », et trouvaient bizarre qu'elle se déplace pour aller jusqu'à la poubelle. Pourtant ça lui paraissait normal. Par sa propre expérience, elle a vue peu à peu la rivière où elle allait nager quand elle tait petite, être de plus en plus polluée. Elle aime la nature et pensent que ces petites actions peuvent changer quelque chose. Mais « comment changer les habitudes » ?
Pour elle, les gens sont égoïstes et indifférents à la société. Discuter avec YY ici l'a aussi influencé. Elle fait une blague sur les gens de Pékin en disant « que s'ils viennent à Shangrila, ils n'arrivent pas à respirer parce qu'ils n'ont pas l'habitude de l'air pur, mais si ils sont derrière une voiture et respire les pots d'échappements, ils vont mieux ».
Dans l'ordre, la pollution de l'air est sa principale préoccupation1, puis l'étalement urbain. «  il y a de plus en plus de villes et de moins en moins de forêt » ; « dans le quartier où j'ai grandi, il y avait deux montagnes, maintenant elles n'existent plus, elles ont été rasées et des buildings ont pris leur place ». Elle s'inquiète aussi de la dépendance dans les produits électroniques. « avant les enfants jouaient dehors, maintenant ils sont toujours sur des écrans ».
Elle ne parle pas de « mode de vie alternatif au mode de vie moderne », mais d'un « ordinary lifestyle », d'une « vie plus simple » où on fait par nous même et où on n'est pas assité par des robots. Elle fait une référence au film Wall-E. La cause de tout cela ? « human greed », l'avidié du gain2.
Pour le futur, « si les gens ne réalisent pas des problèmes liés à l'environnement : la situation va s'empirer. Si les gens réalisent que nous devrions tous prendre soi de l'environnement, il s'améliorera. » Cependant, ces 10 dernières années, les problèmes de pollution en Chine sont devenus de plus en plus nombreux. Elle donne l'exemple des champs vers sa maison natale qui ont disparus, des nouveaux immeubles construits qui restent vides, et qu'il n'est plus possible aujourd'hui de manger des insectes à cause des produits chimiques. Pour elle, le développement économique peut aller avec la protection de l’environnement : mais c'est au gouvernement d'agir pour ça. Pour le reste « tout le monde doit agir pour l'environnement. « Earth is home : l'endroit où nous habitons, tout le monde doit le protéger ».
Mais il est difficile de changer la « vie ordinaire », « People doesn't care about other's ealth : they only want money ». Lorsque je relance la question de la sécurité alimentaire, elle me dit que « c'est le plus grave, car les problèmes de l'eau et de l'air sont visibles, alors que la nourriture, on ne peut jamais savoir. Sauf lorsque cest médiatisé. » « la seule solution est de faire pousser ses propres légumes », « il n'y a pas de confiance entre les gens » on ne peut pas faire confiance au vendeur lorsqu'on achète quelque chose s'il dit que son produit est sain. « tout le monde est concerné ».
Qu'est ce qu'on peut faire ? Elle donne l'exemple de ne pas réutiliser les huiles de cuisine, car c'est horrible avec le temps. Et « il y a trop de voitures, les gens n'en ont pas besoin ».
Le Yunnan est touché par des sécheresses3, qu a causé de nombreux désastres à cause du manque d'eau. Cette expérience de désastres font qu'il est important pour elle de « save water ». De ne pas prendre de ouche tous les jours, et « Every small jobs counts ». Et ceux qui font de mauvaises choses en portent la responsabilité.
À 22ans, son expérience professionnelle même courte l'ont incité vers le choix d'un mode de vie plus simple. Principalement dans le domaine de la sécurité alimentaire. Car d'avoir travaillé dans la cuisine, elle a été dégouté de certaines pratiques et s'est promis de « ne pas travailler dans ce genre de restaurants ». Car il est fréquent en Chine d'utiliser des charognes ou des produits chimiques comme le formol pour faire croire que la nourriture est fraîche… Depuis, elle veut « juste mange sain » et jardiner. Elle a hâte de voir le projet de ferme biologique fonctionner. Elle préfère vivre avec « pas beaucoup d'argent, et avoir une vie difficile ici, que dans les grosses villes ». Elle veut faire ce qu'elle veut, et être libre dans ses choix. Et selon elle « ce n'est pas difficile d'avoir une vie simple : si tu le veux vraiment, c'est facile ».
Cependant, pour le futur, elle est un peu inquiète pour ses parents qui deviennent vieux, et son propre avenir, mais elle a confiance pour trouver des solutions. D'abord, revenir à Kunming, c'est un choix par amour de sa ville natale, mais aussi un choix pour être proche de ses parents. « Ce qui est important, c'est d'être satisfait et heureux ».


L'entretien dure 2h15, et il est tard, nous partons toutes nous coucher. Xiao He veut savoir mon heure de réveil pour le petit déjeuner, je lui dis de ne pas s'inquiéter pour ça. Elle pars demain à Kunming, voir son père qui est malade.
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mystheria

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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Jeu 24 Mar - 17:50

Jeudi 24 mars

Dès mon réveil à 8h, je rassemble mes affaires et je m'installe dans le petit salon pour rédiger le long compte rendu du jour précédent. J'ai oublié une anecdote : la police locale est passée à l'auberge de jeunesse pour vérifier si la connexion pour le contrôle des étrangers fonctionne bien. Au début je me suis demandée si c'était pour moi, mais en fait ce contrôle à lieu tous les mois. YY me rejoint un peu plus tard et je prend un café à 5yuans. Nous travaillons chacune sur notre pc toute la matinée, et on organise un entretien à 14h avec l'employée qui s'occupe du ménage. Pendant le repas nous ne sommes que trois, Xiao He est partie une fois la cuisine faite et la dame qui s'occupe de la ferme est invitée chez des voisins.


→ L'employée qu'on appelle « Aunt », est née en 1966 et appartient à la minorité Bai, comme tous les gens du village. Elle a deux garçons de 24 et 16ans. Elle a fait l'école primaire et le collège dans le village, puis elle a quitté le collège au bout du premier trimestre parce que ses parents avaient besoin d'elle pour travailler au champ et s'occuper de ses frères et sœurs. Elle est la 2nd fille de la famille, et souvent les aînés font les premiers sacrifices pour les plus petits. Ses parents étaient agriculteurs et elle a été agricultrice toute sa vie au village qu'elle n'a jamais quitté, sauf quelque fois pour visiter Kunming. Lorsqu'elle a du temps libre, elle fait de la broderie et des chaussures traditionnelles qu'elle offre a sa famille et ses amis.
Elle aime ce travail dans l'entreprise sociale. Même si elle ne se soucie pas vraiment de savoir de quel type d'entreprise il s'agit. Elle aime cet endroit qu'elle trouve joli et calme. Ce travail, elle l'a trouvé parce que sa famille et la famille des anciens propriétaires se connaissent, ce sont donc ces derniers qui lui ont proposé ce travail. Elle a accepté parce que « si non, l'autre choix pour les gens du village est de travailler pour une usine de produits agricoles du coin, et les gens ont des problèmes de santé ». De toute façon, elle ne veux pas faire ce travail.
Je lui pose quelque questions sur la migration, ici peu de familles ont migré, d'autant moins dans sa génération, ce sont plutôt « les jeunes, parce qu'ils font leurs études en ville et choisissent d'y travailler. Pour les personnes de sa génération, ils ont des opportunités ici, parce que des magasins ouvrent etc. Ce qu'elle pense de la migration des jeunes « ils sont libres de partir, s'ils sont heureux, qu'ils partent ».

La première raison du choix de ce travail est la proximité avec sa maison, elle vient en vélo, et la seconde est l'environnement, l'endroit. Cependant, elle n'a jamais participé aux activités « je travaille juste ici », et personne ne lui a expliqué ce que l'entreprise faisait. (Où est l'aspect social d'aide aux populations locales ? Dans l'exemple ? Il ne faut pas les forcer et « laisser faire »?)
Cependant, elle a été inspirée des petites habitudes mises en valeur ici, et qu'elle reproduit chez elle. Elle trouve que pour l'environnement ici, « tout est très bien ». Chez elle, elle a donc pris l'habitude de ne pas gaspiller l'eau, elle gronde même son fils lorsqu'il laisse le robinet ouvert comme ils le faisaient autrefois. Et pour la nourriture, avant elle cuisinait beaucoup de plats qui étaient parfois perdus, à présent elle ne cuisine que le nécessaire. Je lui repose la question, et elle me redit « qu'elle ne sait pas ce que l'entreprise fait de « social » ni « d'environnemental », elle a juste vu des enfants venir ici pour demander de l'aide pour les devoirs.
Concernant la pollution, elle trouve qu'ici, l'air est bon, l'environnement est bon, et la nourriture aussi puisqu'en tant que paysans, ils savent ce qu'ils mangent. En Chine, elle sait que l'environnement est mauvais parce qu'elle l'a vu à la télévision. Concernant les médias, elle croit ce que disent les informations de la télévision puisqu'elle n'a pas d'autres sources d'informations.
Des choses ont changées dans son environnement aussi : lorsqu'elle était petite, il y avait beaucoup de grenouilles, alors qu'aujourd'hui il n'y en a presque pas. Est ce à cause des produits ? Ou parce que, « le champ en face était très humide à l'époque, aujourd'hui il est sec ». Dans la région, il y avait plus d'eau qu'aujourd'hui, c'est certain.
Elle s'inquiète des problèmes environnementaux pour le futur, évidemment puisqu'en tant que paysan, s'il n'y a plus d'eau, ils n'ont plus de travail. Mais selon elle, cela concerne surtout les générations futures. « - Qui doit agir ? - Je ne sais pas, nous les 'gens ordinaires' nous ne savons pas quelles sont les causes des problèmes ni ce que nous pouvons faire, il faudrait un meneur, une personne qui aurait des solutions ». Je lui reparle de la ferme du projet de H2H, YY me dira à la fin de l'entretien que Aunt trouvait ça un peu stupide, pourquoi vouloir cultiver « si lentement pour avoir peu de légumes qui ne sont même pas jolis ? ».

Pour elle « c'est bien d'utiliser moins de produits chimiques, c'est plus sûr et c'est meilleur pour la santé », mais elle en utilise, par habitude, mais aussi parce que les légumes poussent plus vite. Il s'agit d'aller au même rythme que les voisins. Et ils ont besoin d’accroître les récoltes pour vendre régulièrement sur le marché. Si il y a moins de rendement, il y a moins d'argent. Donc la première raison est financière, et n'a rien à voir avec l'opinion des voisins.
Je lui demande les causes de la pollution selon elle, « je ne sais pas ». Le développement économique ? « c'est très bien » la vie est meilleure que lorsqu'elle était petite, et les jeunes ont un salaire en ville qui enrichit le village où il y a aussi de l'activité pour les locaux. C'est bien pour l'argent. L'influence des petites actions pour l'environnement ? « oui, c'est bien », -« faire attention à la consommation d'énergie c'est à la fois bien pour l'environnement et pour économiser de l'argent »-, « mais les amis à qui elle en parle trouvent ça bizarre, et ne le font pas eux même ». Par exemple, pour le compostage et pour faire du terreau, « à quoi ça sert de le faire ? C'est très lent comme processus. Alors qu'il suffit d'aller dans la forêt et prendre la terre là bas qui est très bien », les voisins « trouve cette idée bizarre, et c'est aussi très lent » !
Concernant le mode de vie, sa famille a refait leur maison il y a 10ans. Revient cette phrase : « il faut être satisfait de ce qu'on a », et lorsqu'on « ne sait pas quels sont les autres modes de vie, on est satisfait car on ne peut pas deviner ». Pour ses préoccupations, la santé de sa famille et de ses fils est le plus important.


La question du rythme me paraît intéressante dans cet entretien, une forme de force pousse à aller plus vite, suivre le rythme d'une Chine moderne qui touche les campagnes. L'entretien aura été court, mais intéressant aussi dans l'absence de connaissances du travail de l'entreprise alors qu'elle y est employée depuis 3ans. Pas de powerpoint ni de visite pour elle.
Je prévoit de rentrer à Kunming directement après l'entretien, mais il se met à pleuvoir. Nous attendons un peu puis YY m'accompagne jusqu'à l'arrêt de bus : j'étais bien au terminus lorsqu'on m'a fait monter dans un taxi. Je voyage avec quelque fermiers qui apportent leurs légumes à la ville. Une fois à Kunming, il se remet à pleuvoir, et je manque un premier bus, puis j'ai le second. Le trafic est meilleur qu'à l'aller. Une fois rentrée, j'allume le chauffe-eau pour prendre une douche, puis en attendant que l'eau soit chaude, je fais ma lessive à la main. Un bol de nouilles en sachet, et je me repose un peu. Demain c'est une journée de transcription qui m'attend.

Renaud arrive dans moins d'une semaine ! Il faut que je songe à m'organiser. Et puisque Rawdon Law n'est pas là jusqu'au premier, et qu'il y a la fête des morts le 5 -jour férié, donc 4jours de vacances pour les chinois qui prennent leur lundi-, je pense que c'est une bonne idée de voyager cette semaine ci.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Ven 25 Mar - 17:28

Vendredi 25 mars

« Journée flottante »
Le quotidien revient, je me fais un café sucré, et je m'occupe des mails et de mon organisation future. J'espère pouvoir reprendre l'entretien avec Li Yuan lundi, mais je n'ai aucune nouvelle de Li Shuang. J'irais demain voir le village de DaMuoYu, où se trouve le projet de permaculture de Li TingTing (Que de famille Li) ! J'essaie aussi de parler de ces entreprises au projet Etika.mondo (http://www.blog.etikamondo.com), car je pense que les démarches qui prennent vie en Chine méritent d'être connues, je pense que tout le monde y serait gagnant.
Fay travaille aussi à l'appartement, elle prépare un powerpoint sur ce qu'elle a fait ce week end. Elle me dit, vers 9h30 que le facteur est en bas, je descend signer la réception de ma lettre cartonnée. Ça y est ! Je suis contente que ça se soit bien passé, et que je suis enfin en possession des originaux des papiers nécessaires à ma bourse étudiante. Je vérifie que tout soit dans les clous, et je remercie mon professeur à Pékin et la doctorante à qui je payerais une bière après ma soutenance.

C'est donc assez motivée que je commence ma transcription d'entretien en anglais qui me prendra… Toute la journée. À midi je mange des nouilles à la bouillie de champignons (encore), puis je reprend l'écoute et la transcription. Je fini à 17h. Je suis claquée.
Mes mails me font un peu rire, ou bien c'est les nerfs. Je fais un compte rendu de mes activités à ma directrice. J'espère avancer autant ce week-end mais cela ira dans le compte rendu prochain. Car Renaud arrive le 30, et j'aimerais profiter de la présence d'un jour férié dans la semaine pour « prendre des vacances ». Lorsque je vois les photos Facebook de mes camarades de classe, j'ai vraiment l'impression qu'elles en prennent, alors, je culpabilise un peu moins. Fay m'aide à acheter deux billets de train de nuit Kunming-Dali, et on se débrouillera pour la suite.
On avait prévu de faire un gâteau pour l'anniversaire de son mari, mais peu de monde viendra le soir, je mange quand même avec eux. Le soir un couple d'amis viendra, on me donne une part de gâteau alors que je suis dans mon coin à essayer de contacter la personne à l'origine d'etika mondo. Pour voir ce qui est possible. On discutera une petite heure sur Skype -enfin, ma connexion est mauvaise-, pour réfléchir à comment rendre visible ces entreprises que j'étudie.

Toujours pas de nouvelles de Li Shuang, mais j'ai hâte de visiter le dernier projet demain !
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Sam 26 Mar - 16:27

Samedi 26 mars

Mettre un réveil ne sers à rien, je me réveille automatiquement plus tôt, à 6h55. J'attends 7h15 pour me lever et préparer mes affaires. De toute façon j'ai rendez vous à 10h, mais je me donne 1h30 ou plus pour le trajet, par expérience de la dernière fois. Je prend un petit déjeuner à 4yuans, c'est un petit bol de nouilles au tofu, spécialité locale. A 8h j'entre dans le bus ; très rapidement je réalise qu'on est samedi, et qu'il n'y a aucun embouteillage… par conséquent j'arrive à 8h20 à la station que je connaît bien à présent, et malgré la marche j'arrive à destination à 9h. C'est très rapide !
Cependant, Li TingTing est encore à Kunming, et je l'attendrais une heure. Le temps de m'organiser, tenir au courant les acteurs de mon absence la semaine prochaine et espérer pouvoir continuer l'entretien avec Li Yuan en début de semaine… Car Li Shuang est occupée lundi.
À 10h20, Li TingTing me fait un coucou depuis une voiture noire de l'autre coté de la route. Son mari conduit et nous dépose devant une vieille maison en cours de rénovation. Nous saluons trois personnes, un doctorant de l'université du Yunnan, un anglais qui travaille dans la construction écologique et son interprète. Ils viennent voir comment ils procèdent pour la rénovation d'un point de vue de « sustainability », voir créer un partenariat et donner des conseils.

大墨雨 (Da Muo Yu) est un village situé à 2500m d'altitude, peuplé de la minorité ethnique Yi. Non loin de là, il y a une forêt nationale protégée. La maison que Li TingTing loue pour son projet a une centaine d'années. Elle a commencé son projet cet été, et actuellement un groupe de volontaire travaille à la rénovation du bâtiment. Elle loue aussi 4parcelles de terres. C'est son argent qu'elle a investi dans ces projets, mais les propriétaires sont contents et curieux du projets, le prix de la location n'est donc pas très élevé.
La maison a été abandonnée pendant 10ans, et les briques de torchis ont tendance à s'écarter, les planches en bois et les tuiles ont un peu bougés et certaines méritent d'être remplacées. Il faut aussi imperméabiliser certains endroits.Pour la rénovation, quelqu'un qui travaille dans la « permaculture design » est associé avec Li TingTing ; je suis surprise de retrouver le mot design et permaculture associés. Elle ajoute « avant je travaillais dans le social, je n'ai aucune connaissance sur la construction et la rénovation ».
La rénovation est faite avec des matériaux de récupération ou naturels (comme le torchis à base de terre et de feuilles de maïs), pour faire un « green building ».

La personne d’Angleterre pose des questions sur la construction, ça me profite aussi. Ils parlent aussi d'échange culturel, « d'inspiration du design » et des matériaux et démarches en Europe, avec la « culture chinoise ». Et de ce qui peut être fait pour protéger le lieu en cas de séisme. Mais aussi de « maison passive », de l'importance de l'orientation, et des possibilités d'ajouter des fenêtres pour rendre le lieu plus agréable. « on ne peut pas demander aux paysans de garder leur vieille maison, elles ne sont pas toujours agréables à vivre, souvent sombre ; mais on peut les rendre meilleures ». Pourtant, c'est plus cher de rénover avec de bons matériaux, que de détruire la maison pour en construire une nouvelle.

→ expérimentation démocratique : ne pas imposer des choix, réfléchir à des solutions pour chacun
[E3 1:30] « This costs more than totally rase it and built a new one. So, in Dali were we visited was were they did it : they rase the houses and then rebuilt. So now, I just talking about this : are we doing this for the ourselves to protect ? Or for people who lives in here ? If we are doing this for the users, we can't ask them to totaly maintain that. They have no money to do it, so we need to do something like… Ok, this is an example : we did this, that's fun, that's old one ». But we show you how to maintain the houses, makes resistant, the ventilation, the lighting… If you like it, you do the structure, but you do others things like the built : « may can do that themselves ? ». So we feel that, we control the technical part, then that they copy this. In that way it's the only way to this to be an exemple.

Dans le futur, Li TingTing aimerait créer 4 ou 8 chambres et un espace ouvert et lumineux devant la cour intérieure. Au départ, elle n'avait pas prévu d'héberger des familles, elle imaginait les gens venir pour une simple visite du lieu, mais à peine une demi année plus tard, on lui demande régulièrement si on peut loger dans la maison. Elle y voit un avantage social, car les personnes qui viennent peuvent donner des cours et aider les enfants et les personnes âgées du village. L'objectif actuel est donc d'apprendre à rénover, à planter, faire vivre le lieu puis de proposer des hébergements.
Le projet de Li TingTing est un peu victime de son succès, car elle aimerait que ça aille plus doucement, pour apprendre d'abord elle même, et pouvoir enseigner après. Mais les visiteurs -plus de 200 en une demi année- et les groupes de volontaires se poussent pour venir au point qu'elle est obligée de loger à Kunming puisqu'il n'y a plus de place dans un dortoir à quelque ruelles du lieu. Dans le futur, elle aimerait rénover d'autres maisons de ce genre là, peut être dans d'autres villages.
Actuellement, les gens prennent connaissance de l’existence de ce petit endroit perdu dans un village par trois moyens : 1) Li TingTing travaillait à l'Université du Yunnan, dans le travail social. Elle a gardé des contacts et reçoit des étudiants en « service learning » de différentes universités. 2) Weechat : les gens ont connaissance du projet de cette manière et viennent individuellement des quatre coins de la Chine pour se porter volontaires. 3) Des articles et des présentations qui informent les individus du projet.

Les villageois sont aussi curieux, un voisin de 70 ans vient tous les jours pour les aider et leur expliquer comment construire une maison comme celle ci. « Li Ri : goodday sustainable lifestyle », le nom de l'organisation, prévoit aussi la création d'un compost et d'avoir quelque animaux. Comme une « expérience d'éducation » auprès des volontaires et populations locales.


Nous marchons dans le village pour visiter les différents espaces, après cette vieille maison en cours de rénovation, nous marchons dans des ruelles où nous avons la chance d'en trouver d'autres, mais « plus personne ne vit ici ». Nous croisons une vieille femme de 70ans qui fait des chaussures traditionnelles avec une semelle en feuille de maïs entourée de tissus brodé. Sa famille a une maison neuve pas loin d'ici, mais elle préfère être là, dans l'ancienne. C'est une petite cour sombre, mais l'endroit est calme et agréable.
On passe devant les dortoirs des volontaires, mais il n'y a personne car c'est le week end. J'aurais voulu en interroger certains mais ça sera une autre fois. J'espère aussi faire un entretien avec la dame de 70ans plus tard. Nous rejoignons les champs qui sont loués par Li TingTing. On croise la propriétaire, mais on ne visite pas tout. « Ils me louent les terres pour un prix dérisoire, voire gratuitement ». On marche jusqu'à un petit barrage qui conserve l'eau. Comme il a plu hier, le niveau est élevé.
A présent, je fais attention aux tuyaux qui acheminent l'eau jusqu'aux maisons, ce sont les même que dans le village Miao où j'étais avec Fay. Mais ils sont mieux installés, mieux camouflés, plus proches du sol. Pourtant, on m'explique que cette année il a fait plus froid que d'habitude, et les tuyaux ont gelés et cassés…

Midi nous rattrape très vite, et je suis le petit groupe que nous formons dans leur parcours. Ce n'est pas aujourd'hui que je pourrais faire des entretiens. Les choses sont rarement comme je les imagine se dérouler, typiquement, faire une pierre deux coups en me faisant visiter le lieu avec l'anglais, est très chinois. Le repas tous ensemble aussi, on roule jusqu'à Tian He où on mange dans un restaurant. Li TingTing récupère les plats restants, et moi les mouchoirs ; puis nous allons à l'auberge de jeunesse de H2H pour présenter un exemple de rénovation au petit groupe. Je retrouve YY qui fait une nouvelle fois la visite du lieu aux nouveaux venus.
Il est 3h de l'après midi, et nous prévoyons le retour. Je décide de rentrer à Kunming pour économiser 50yuans, bien que je retourne à Da Muo Yu demain pour 9h. Le doctorant qui nous conduit me propose de me déposer dans mon quartier qu'il connaît bien.
Lorsque je rentre, je commence à rédiger le compte rendu, assez motivée. Mais la fatigue me rattrape très vite et je décide de sortir faire un tour. Je me donne deux objectifs -c'est un peu un jeu pour m'adapter à ma vie chinoise- : trouver des Baozi et une boisson au thé. Je marche dans le quartier un bon moment, puis j'achète des Baozi sans viande (je m'en rend compte après : l'un est aux champignons, l'autre a un goût qui me rappelle l'ail des ours). Finalement c'est quand je retombe sur une rue proche de chez moi que je trouve la même chaîne de vendeurs de Baozi, à coté d'un vendeur de thé froid. Je suis toujours déçue de ne pas tomber sur des petits commerces familiaux. Je m'installe dans le parc où je bois mon thé en essayant d'appeler mon père, pas de réponse. Je rentre donc à l'appartement, et je continue mon compte rendu, en retranscrivant les enregistrements de la journée. Je suis assez contente, car certains éléments sont très parlants pour mon sujet.

Le soir, j'apprends qu'un groupe viendra à H2H le 9 -ils ont failli venir le 2 ! j'aurais été absente…-. Cependant, pas de nouvelles de Li Yuan, alors que j'aimerais vraiment finir l'entretien en début de semaine.
Autre nouvelle, je vais essayer de valoriser les espaces étudiés en passant par Etika-mondo : http://www.blog.etikamondo.com/2016/03/25/colette-presente-son-etika-tour-demarches-ethiques-en-chine-yunnan/
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Dim 27 Mar - 14:50

Dimanche 27 mars

Un rêve idiot frôlant l'absurde fini par me réveiller (une histoire de terrorisme à Kunming, de Beatrice qui voulait absolument sauver une migrante de je ne sais pas quoi, de bouteilles d'eau à acheter, et de mutation génétique). Il est 7h20 et j'ai largement le temps de partir tranquillement, je fini ma valise, je prend les même vêtements qu'hier, et je croise les doigts qu'il ne pleuve pas.
Est ce que ça vous arrive souvent de fermer la porte en vous disant « oh je devrais prendre ça » ? Et est ce que vous ré-ouvrez la porte pour le faire ? Parce que pas moi… Lorsque je marche dans la rue et que je vois tout le monde bien emmitouflés dans leurs vestes, je me répète que je devrais faire demi tour. Puis je vois mon bus, je ne prends pas le temps de déjeuner comme je voulais le faire, et je saute dedans.
C'est à 8h15 que je suis à l'arrêt pour prendre le C61 et que je vois le texto de Li TingTing qui me dit « Dear Colette, some friends and volunteers will not go to Damoyu cause the weather. I will go there. If y go, please remember to wear warm clothes » ; dépitée, je lui dis que je suis déjà en route, elle ajoute : « Go back to wear warm clothes and get the umbrella. Damoyu will be colder than kunming ». J'obéïs, cette bêtise me coutera 1h et 20yuans.
Car pour aller plus vite, je monte sur un scooter à chauffeur. Au début je demande à une première personne le prix, « 20yuans ! - trop cher ! -10yuans ! - trop cher ! » (le taxi coute 10yuans). Je ne me souviens pas à ce moment là comment dire « je veux aller là et revenir ici après », il me propose 7yuans mais je suis déjà obstinée à prendre le bus. Au final c'est un 2nd chauffeur qui m'aura pour 20yuans l'aller retour. C'est un peu idiot, en vrai ça coûte 7-8yuans, mais bon ; je rentre chez moi, je prend mon manteau et mon bonnet, et je repars. Une fois dans le bus je mange les patates au piment que j'aurais acheté avant cette aventure.
Quand j'arrive à Damuoyu, je commence à marcher. C'est ça mon souci : je ne tiens jamais en place. Puis Li TingTing me demande où je suis car elle voulait me prendre en voiture au passage. Je suis devant elle, elle ne venait pas du village contrairement à ce que j'imaginais. Bref, personne ne nous attend, j'aurais pu prendre mon temps.


Il faut marcher un peu pour arriver jusqu'au verger qui est loué en haut d'une colline, il y a une vieille maison dont la porte s'ouvre avec une tige de métal et un verrou à crans fait en bois. L'intérieur est très simple et me rappelle les chalets d'alpage : un four, une table, un endroit pour stocker du bois, des étagères encastrés dans le mur. Le verger a des pêchers, pommiers, et autres depuis un bon moment. A un moment, on passe devant quelque ordures abandonnées « Who do that ? » sort Li TingTing. Je ramasse les déchets et elle m'accompagne.
Trois volontaires nous rejoignent, 2 garçons et une fille. Ils ont l'air d'avoir entre 20 et 25ans. Seule la fille « zoé » parle un peu anglais : elle vient du Sichuan, ses parents ont aussi un champ et une vieille maison, elle aimerait s'inspirer du projet de Li TingTing pour faire pareil chez elle. Les trois volontaires me sont présentés comme des étudiants en permaculture/agriculture, et ils viennent ici pour appliquer et apprendre sur le terrain. Ils sont là depuis 5mois.
Un bambou souple, dont une petite faucille est attachée à l'extrémité par une corde sert à recueillir quelque jeunes pousses au bout d'un arbre dont je n'ai pas le nom. Ces quelque feuilles peuvent être mangées dans une soupe, c'est un peu amer. On marche à travers les arbres à la recherche de ces quelque pousses qu'on recueille dans un panier. Lorsqu'un des garçons s'amuse avec la faucille à accrocher un autre arbre, Zoé dit en chinois « ne le blesse pas » ! En parlant de l'arbre.

Une fois la récolte faite, nous allons dans un autre petit champ, là les plantes poussent un peu dans tous les sens, Li TingTing me dit « tu vois, ces fleurs là, on a juste jeté les graines comme ça sur le sol ». Puis on s'avance vers un chardon dont tout le monde cherche le nom, je leur donne la traduction en chinois via mon dictionnaire. C'est amusant de nous voir, tous avec nos smartphones, chercher le nom des plantes.
Ensuite, nous descendons jusqu'au plus grand champ, où on discute de ce qui peut être fais. Li TingTing veut apprendre de ces volontaires, quels mélanges on peut faire. Elle montre aussi des photos de « permaculture » trouvées sur internet. Dans les champs, je vois que des morceaux de plastiques qui servaient à protéger les cultures du froid ont été labourées avec le reste.

Ils discutent longtemps, puis nous allons jusqu'à un abris pour pique niquer. Li TingTing a préparé des sandwichs au beurre de cacahuètes, et des œufs durs. Puis ils prennent un temps pour discuter des trois personnes qui sont venues hier. Elle explique aux volontaires ce qu'ils pensent faire, chacun donne son avis. Plus tard, en entretien elle me dira que c'est très difficile d'avoir des experts d'un peut partout qui exposent ce qu'il y a de mieux selon eux, il faut prendre le temps de discuter et mettre tout le monde d'accord.

Arrivent une famille, un grand-père, un père et ses deux enfants. Lorsqu'ils partiront j'apprendrais que c'est la personne de H2H dont Li TingTing m'avait donné le weechat. Nous n'avions pas réussi à discuter en chinois…
Il regarde avec ses enfants les graines apportées par Li TingTing, ils font des mélanges de plantes pouvant être associées. Les enfants s'amusent à demander « et ça c'est quoi ? ». J'ai donné à TT des graines de courges que j'ai récupéré moi même de l'Amap en France. La famille repars avec un petit stock de graines à planter, le grand-père est là pour les conseiller.


Le groupe de volontaire rentrent au dortoir proposé par « Li Ri – sustainable lifstyle center ». J'ai prévu un entretien avec TT, mais comme H2H est fermé et qu'il fait froid, nous le ferons dans la voiture. Je sors mon pc et mon jolla pour enregistrer. A un moment, les deux auront décidé de planter : le jolla n'enregistre rien, et audacity freese. Heureusement j'avais trouvé auparavant l'option « enregistrement automatique » et j'ai pu récupérer 50minutes que j'aurais pu perdre… sur 2h30 d'entretien en anglais.
J'apprend que, définitivement, les entreprises sociales chinoises « n'existent pas » officiellement. C'est un mot récupéré pour définir une action sociale ou une action pour laquelle l'acteur veut s'engager (Par ailleurs, nous avons ceux qui font une entreprise lucrative et qui ajoute « social » pour faire bien). Dans la réalité, 2/3 entreprises que j'étudie ne sont enregistrées nulle part. Mais elles peuvent grandir et évoluer, dans ce cas il y a plusieurs possibilités : 1) s'enregistrer comme entreprise -dans la campagne, c'est presque gratuit et il y a peu de taxes les premières années- 2) s'enregistrer comme ONG -sujet à approfondir-. 3) faire les deux et rendre ces actions complémentaires. Pour Li TingTing, il n'y a rien attendre du gouvernement, si non quelque chose qui sera mauvais. « c'est mieux s'ils ne s'en préoccupent pas ». Mieux vaut se débrouiller, il y a toujours un moyen. C'est une forme de liberté.


A la fin de l'entretien, elle me dépose au bord de la route d'où je prend le bus du retour. Je marche jusqu'à mon dernier bus et je rentre chez Fay. Je prévois de commencer la transcription le soir même, car la journée de demain sera longue, autant commencer ce soir. Li Shuang aussi se lance dans une traduction/ transcription, je lui dit d'essayer mais de me faire un retour si elle pense que c'est trop compliqué, auquel cas nous réfléchirons à une autre méthode…
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Lun 28 Mar - 16:03

Lundi 28 Mars

« journée flottante »
A 9h, je continue la transcription de l'entretien fait avec Li TingTing, ça me prend la journée avec quelque coupures pour le café, le thé, les nouilles. Aussi, je réalise que Renaud pars aujourd'hui pour arriver en Chine demain soir ! Alors je stresse un peu, je me renseigne sur le change, sur les bus pour le rejoindre à l'aéroport, je veux que tout se passe bien pour son voyage. Je me demande toujours pourquoi on traduit les noms des arrêts de bus sur les sites écrits en anglais, c'est totalement absurde. Alors je demande de l'aide à YY qui me donne les noms des arrêts.
J'arrive au bout de ma transcription et je réfléchis à ce que je demande à faire à Li Shuang. Une doctorante est partie du principe de 550yuans pour 3h d'entretien à retranscrire, je ferais peut être ça. Puis après avoir appelé mon père, j'imagine aussi une possibilité de traduction simultanée orale, que je retranscrirais après. Je prendrais le temps d'en parler demain. Puisqu'on devrait terminer l'entretien avec Li Yuan dans l'après midi.
Le soir, je sors manger des nouilles dans le restaurant musulman en face, puis je fais un petit tour et je rentre appeler à nouveau Renaud qui s'apprête à partir pour l'aéroport de Lyon. Voilà pour une journée vide, et les prochaines seront peut être moins sociologiques que d'habitude. Il faut que j'organise mon planning demain, que je réduise le guide entrepreneurs, et tout ira bien.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Mer 30 Mar - 3:26



Mardi 29 mars

Je ne dors pas très bien parce que je pense au voyage de Renaud, ça me préoccupe un peu. Puis au matin je réorganise mon guide d'entretien pour Li Yuan. Je réécris les questions principales pour qu'on aille plus vite avec Li Shuang pour l'entretien de l'après midi. J'ai plusieurs choses à faire dans cette journée qui va se révéler très longue.
D'abord, je veux essayer de voir si je peux échanger mes euros à la banque. Ça a toujours eu l'air très compliqué quand des chinois sont avec moi, mais on me répète que c'est très simple. Pour éviter que Renaud ai à courir après les bureaux de changes dans son heure et demi de transit à Canton, je préfère être sure ; puis j'ai prévu de l'attendre à l'aéroport… Lorsque j'arrive à la banque, un peu avant midi, je remarque le logo pour les échanges. Je demande à la même banquière que la dernière fois avec Fay si on peut échanger, et sur conseil de mon père « je donne direct le passeport et les sous ». ça prend moins de 15min, je signe 3 papiers, et pour 100euros j'ai 704yuans. Pour couronner le tout, la banquière parle français ! Mais on ne peut pas vraiment discuter dans le cadre de son travail. Je prend mon repas de midi -un bol de nouilles- dans la rue puis je rentre préparer mon sac.

En début d'après midi je travaille sur mes enregistrements, j'ai prévu un accord avec Li Shuang qui me dit toujours « c'est toi qui décides ». Je pense la payer 100yuans/ heure traduite à l'oral (on ferait les traductions ensemble et je pourrais corriger son français, elle pourra progresser), et 150 si elle retranscrit et traduit à l'écrit. Je sélectionne donc des extraits pour lui faciliter le travail.
Puis comme je suis un peu stressée, je pars tout de suite pour arriver directement à l'hôtel et prendre ma clé à l'avance. J'y vais à pieds et j'ai une heure avant de commencer l'entretien avec Li Yuan, de toute façon tout à lieu autour de l'université. Il faut 15min pour enregistrer mon passeport, on m'offre un café qui est bienvenu. Puis je repars et j'attends Li Yuan et Li Shuang.

Nous sommes entre le café et le guichet de la librairie, et sous le haut parleur qui diffuse de la musique. Ce n'est pas très bien… Et Li Yuan ne cesse d'aller parler avec ses amis quand Li Shuang me fait la traduction. D'abord, j'ai peur de ne pouvoir finir à cause du bus que je dois prendre pour l'aéroport ; ensuite, j'apprends que Li Yuan n'a qu'une heure. Finalement je n'aurais le temps que pour quelque questions, et on se donne rendez vous le 10 pour terminer.

Les objectifs de A'Bu via un « luse shenghuo » visent à améliorer les relations entre les humains et le respect de la nature. Partant du constat que la société industrielle a déterioré ces relations.
Au sein de A'Bu, il y a quelque activités organisées par qui veux, de la cuisine végétarienne, et un atelier d'artisanat.
Parmi les évolutions, A'Bu a été créé en 2010 en partant d'un bureau qui récupère et transforme les jeans. En 2012 elle crée la « salle de vie low carbon » où on expérimente ce mode de vie, puis ele se déplace dans l'autre lieu en 2013 et renomme cet endroit en « salle de vie du quartier de A'Bu ». En 2015-2016 elle coopère avec des universités (Taïwan, HK) pour encourager le développement des ES en Chine ; et prépare le projet avec la « robert's school ».
Le choix du quartier n'est pas anodin : à la frontière d'un quartier chique et d'un quartier pauvre.
Elle touche ainsi -volontairement- deux populations : les plus riches, qui sont attirés par le développement d'idées de « low carbon lifestyle », et les plus pauvres : afin d'aider les enfants vagabonds (qui ne vont pas à l'école/soucis avec leurs parents).
Elle coopère avec des établissements et des entreprises environnantes. Par exemple une grande surface qui lui offre gratuitement un espace pour un stand. En temps normal ces espaces sont chers.
Pour communiquer des activités de A'Bu, elle passe par les médias, weechat, et un réseau lié au végétalisme.
Parmi les difficultés rencontrées par les partenaires, et les jeunes qui veulent lancer leur entreprise avec le soutien de A'Bu (par exemple la vidéo parle d'un projet de ferme qui ne s'est pas fait), elle met la responsabilité principalement sur les gens qui 1) doivent se lancer et 2) bien préparer leur projet et 3) l'appliquer.
L'autre souci étant que peu de personnes s'intéressent au bien publique. Pour elle, il y a surtout un problème de confiance et de conviction qui manque ; pour que cette aide aboutisse.
Elle n'attends pas -tout comme TT- du gouvernement la création d'une loi. Elle est du même avis en disant que « l'important c'est ce que l'on fait, pas le statut ». Actuellement elle pense rester dans cette forme, car elle ne peux pas changer de statut car il n'existe rien.
Les inconvénients de cette absence de statut sont le manque d'argent pour payer le personnel, et beaucoup d'activités coûtent. Cependant, elle préfère perdre de l'argent mais avoir une action sociale.
Si son entreprise est un succès ? En terme financier ça ne l'est pas, mais en terme de création et d'influence sur autrui, ils y parviennent. Pour Li Yuan, cette question est ambiguë : une entreprise peut vivre trois ans et disparaître mais avoir une action efficace : pour elle, même si l'entreprise disparaît, si l'action est efficace c'est un succès. A coté, des entreprises peuvent vivre plus longtemps et ne rien faire.
Parmi les exemples d'influences de A'bu : au sein des personnes qui viennent dans son lieu, elle a des patrons, des étudiants, des populations vulnérables, et des populations du quartier. Un patron d'une pharmacie a organisé lui même des réunions chez A'bu avec ses employés qui ont aussi un statut important dans l'entreprise ; et voulu influencer aussi les enfants de ces derniers.
Le but est d'échanger des idées. Il y a aussi des parents et des enfants qui viennent participer à la vie dans cet endroit, pour se sensibiliser au changement de l'environnement et chercher des solutions.
L'articulation du social et de l'environnemental se fait presque naturellement. Pour Li Yuan, la cause la plus importante est de faire face aux problèmes d'environnements, et l'aspect social touche surtout d'améliorer les relations entre les hommes.
Pour ce qui est d'avoir « des débats » ou de diffuser de « l'information » ou de discuter, cela n'a pas lieu chez A'Bu, mais se fait via des conférences et communications dans les universités. Par exemple le forum. (demander nombre ES/ONG)
Pour l'aspect social, les gens viennent d'eux même et connaissent A'Bu grâce à internet. Il y a aussi [spécifique à la chine, chercher un mot ?] le l'entreprise en charge de la résidence, c'est à dire le local de l'ensemble d'immeubles qui s'occupent des charges (eau électricité) mais aussi de la vie quotidienne des résidents.
Il y a aussi visiblement un projet pour les « enfants vagabonds » : ce projet coûte plus d'argent qu'il n'en rapporte, il y a plus de dépenses, mais c'est une aide sociale donc peu importe. A'Bu donne aussi des emplois pour les sourds/muets, via des travaux manuels. C'est la même chose en terme de coûts.
Pour elle, il y a beaucoup d'ES et d'ONG dans le Yunnan, et la création d'un réseau fort pourrait avoir une influence sur les problèmes sociaux et environnementaux. Elle « ne veux pas dire qu'ils seraient là pour compenser un manque d'action du gouvernement », ni qu'ils influenceraient la société, mais si les individus font des choses comme ceci, ça peut être bénéfique.

En terminant l'entretien on discute de l'entreprise « the elephant bookstore » où nous sommes. C'est aussi une entreprise sociale, qui a trois aspects : la librairie, le café, et « un autre » me dit Li Shuang. En fait, la librairie et le café ne rapportent pas d'argent, voir en coûtent plus. Mais des personnes qui travaillent dans l'immobilier les soutiennent.
Ainsi, j'ai l'impression que ces démarches sociales partent avant tout de fonds privés. Des gens veulent voir ce type d'actions se développer et ont amassé assez d'argent pour permettre leur émergence.


Lorsqu'on se quitte, je marche un peu avec Li Shuang et je veux acheter des Baozi pour Renaud. Mais en passant sur weechat, j'apprends qu'il a manqué son vol. D'abord, je panique un peu à cause de mon fond toujours stressée ; mais Renaud me rassure en me disant que le retard est du à la compagnie -météo en France- et que c'est pris en charge ; cependant il arrivera 3h plus tard que prévu.
Li Shuang et moi allons manger à la cantine, elle soulève un mystère : pourquoi y a t il des miroirs et des ciseaux devant les portes dans la campagne de certains villages, notamment dans le Guangxi ? Elle résout la question du miroir : celui ci permet de démasquer le fantôme ou le mauvais esprit qui vient devant la porte. En regardant dans le miroir : on peut voir la véritable apparence de l'homme qui est devant chez nous, il peut être en vérité un animal ou une autre réincarnation. On peut aussi voir s'il y a un fantôme, qui sera visible dans le miroir.
On marche ensemble jusqu'à l'arrêt de métro, moi je marche encore une rue pour trouver l'arrêt de bus qui va à l'aéroport. J'attends un petit moment, puis un car m'emmène pour 13yuans. Une fois à l'aéroport je continue mon travail, puisque j'ai tout ce qu'il faut sur moi. Renaud arrivera à 23h50.

Après avoir passé deux heures à retranscrire un entretien de 2015 avec TT, il est l'heure estimée d’atterrissage, mais toujours pas d'avion. J'ai une peur bleue lorsque la fille au guichet des informations me sort « it not here », moi qui ai l'habitude d'envisager le pire, je me suis cru dans le mauvais aéroport. Heureusement, le panneau fini par afficher que l'avion est arrivé, et on passe une 25aines de minutes à se chercher, Renaud fini par m'appeler. En sortant, on se fait aggro par des faux taxis, qui nous font payer le prix d'un vrai ; c'est donc à bord d'une petite fourgonette qui sent l'essence que nous rentrons à l'hôtel. Il est 2h du matin.
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Ven 1 Avr - 8:42

Mercredi 30 mars

« journée Pownee »
Nous prenons notre temps le matin pour dormir, puis je me lance dans la transcription d'un second enregistrement de 2015. Comme aucune prise occidentale ne marche dans la chambre, je travaille vers la réception de l'hôtel.
Après 9h, nos affaires sont prêtes et nous laissons la valise à la réception pour partir nous promener dans les environs. Comme nous sommes à coté du principal parc de Kunming, au centre ville, autant en profiter. On marche comme ça au hasard à la recherche de quelque chose à manger, et on se décide à prendre du riz cuit dans du bambou. Le lac est partiellement asséché, mais l'endroit reste joli. Ensuite, on remonte les rues en prenant une tour comme point de repère : dans nos souvenirs une « bank of china » n'est pas très loin. Après quelque détours on fini par la trouver et échanger de l'argent est de nouveau un jeu d'enfant.

On continue la rue et on tombe très rapidement sur le centre ville, alors on en profite pour retrouver le marché aux fleurs et aux oiseaux. Beaucoup de vieilles maisons sont maintenant démolies, et d'autres en cours de démolition. Les choses ont l'air beaucoup plus propres et organisées ; il y a même des bâtiments neufs et chics, dans un style de briques grises.
Il y a toujours des animaux, des tortues qui manquent d'eau et des chatons qui ont trop chaud. Beaucoup de boutiques de bijoux de jades, des sacs que j'ai vu en vente sur le marché de noël d'Annecy à 30€, et autres bricoles qu'on retrouvera sur tous les lieux touristiques du Yunnan. On achète des peignes en bois puisque de nombreux amis nous en ont commandés, d'abord on se fait un peu avoir sur le prix, puisque dans un magasin plutôt qu'une échoppe, on trouve les même quelque yuans moins cher.
Ensuite, on remonte la rue jusqu'à un petit parc tranquille que j'avais visité cet été. Des personnes âgées jouent au mahjong, et nous, on s'amuse à regarder les tortues qui peinent à monter sur les nénuFars. Une toute petite essaie de monter, quand une plus grande est tranquillement au soleil, puis la petite la prend pour un nénuFar, et n'arrivera pas à monter sur n'importe lequel, décidément il y a des mauvaises journées aussi pour les tortues.

Dans la même rue on prend un bol de nouilles, bien accueillis par une personne qui parle un peu anglais ; Il nous aide à comprendre les différents choix (type de nouilles, assaisonnement, taille du bol). Puis après avoir récupéré la valise à l'auberge de jeunesse, on prend le bus vers l'université pour aller chez Fay où nous organisons nos valises pour le soir puisque nous partons en train de nuit pour Dali. D'ailleurs, en retranscrivant mon entretien, je réalise que TT m'avait parlé d'un projet « d'éco village » à Dali, donc j'essaie de contacter une personne dont elle me donne le weechat.
On sort dans l'après midi pour acheter du pain de mie et manger du fromage que Renaud a rapporté de chez ses parents ; un petit fromage de chèvre voyageur n'aura pas vécu longtemps. Puis on marche un peu, on prend un thé et un jus de tomate au restaurant de « western food », et on mange deux plats de raviolis à 7h.

Nous prenons ensuite juste le temps de prendre nos valises puis nous attendons le bus 80 pour aller à la gare. Je suis un peu stressée mais tout se passe bien, on récupère les billets de train achetés sur internet puis on arrive dans la gare où nous attendons le train. C'est un compartiment avec 6 couchettes, on s'arrange pour être en haut, puis une heure après le départ les lumières et la musique s'éteignent…


Spoiler:
Une blague pour vous :
Les gorges du saut du tigre sont connues pour le fort dénivelé autour de la rivière, aujourd'hui c'est un lieu très tourristique.
« - T'imagines, à l'époque y'avait juste une petite route et des mulets…
- Ouais, et maintenant y'a beaucoup d'Hans »
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Re: Terrain 2016

Message  mystheria le Ven 1 Avr - 18:19

Jeudi 31 Mars

« journée pownee »
Puis se rallument, il est 6h du matin et le train arrive à Dali à 7h. En sortant de la gare, des masses de touristes se rassemblent chacun dans leur groupe. J’entraîne Renaud vers les bus à 2yuans plutôt que le taxi. On prend le 2nd pour avoir une place assise, et dès le premier arrêt le bus est déjà bondé. Pourtant, celui ci s'arrête régulièrement pour prendre des passagers locaux, qui font le transport pour aller au travail. Ils sont les derniers à pouvoir s’asseoir et à chaque arrêt, chacun se poussent pour laisser passer les uns et les autres.
Une demoiselle décide de nous aider en nous disant de nous arrêter à la porte nord plutôt que celle où je nous imaginais descendre. Je ne comprends pas tout mais je suis, on ne parle que en Chinois. Mais c'est à la sortie qu'on se rend compte que j'aurais mieux fait de ne pas l'écouter. Chose difficile quand quelqu'un vous affirme gentiment que là bas, ça serait mieux. Elle et ses amies connaissent aussi mal Dali que nous et nous n'avons pas de carte ; donc nous prenons un petit bus pour 15yuans qui nous amène devant l'auberge de jeunesse.

Après avoir posé les valises dans la chambre, nous partons à la découverte de la vieille ville de Dali. Il y a des normes de construction en hauteur et beauté des bâtiments, ce qui a laissé un style ancien aux maisons situées entre les remparts. À l'ouest de la ville, une grande chaîne de montagne ; à l'est, le lac. Si on y prête attention, l'endroit a un charme fou ; mais c'est difficile de se concentrer sur ce seul détail quand chaque maison a une boutique colorée et émet de la musique pour attirer les touristes. Ceux ci sont de plus en plus nombreux au cours de la journée ; et puis en fin d'après midi, tous les parents attendent leurs enfants à la sortie de l'école. On fait presque toutes les ruelles à la recherche d'un endroit où manger, puis à visiter. On tombe sur un « temple de Confucius » terriblement neuf, la charpente et les bois rouges me rappellent un article sur le bois importé par la Chine. Il y a aussi une boutique de divers vêtements qu'on retrouve partout, mais ils y vendent aussi des vêtements de minorités ethniques Bai et Miao. À les voir, ils ont déjà servi, et la broderie est toujours aussi fine ; les prix ne sont pas très chers comparé à la valeur réelle, 150yuans une jupe, 300une robe. J'aimerais savoir comment ces vêtements sont arrivés dans une telle boutique, mais mon niveau de chinois ne me permet pas de comprendre.
Comme vers midi nous sommes fatigués, nous rentrons dormir un peu. Puis on retourne dans la vieille ville acheter des bricoles à manger ; même si tout est excessivement cher. En redescendant une rue on tombe sur une agence de voyages locale, on s'arrête pour discuter puisque Renaud voudrait aller à QiaoTou, des gorges célèbres. Je lui laisse la charge de ces quelque jours où je m'éloigne de Kunming et mon terrain. Dans le passé, cette agence se situait dans la rue principale, mais ils ont du bouger à cause du loyer de plus en plus cher. On prévoit de repasser le lendemain après avoir organisé la suite du périple.

En continuant la rue, on tombe sur des étrangers assis à une terrasse qui nous font signe. Ils viennent de Belgique (Flandre) et l'un d'eux gère le restaurant où nous sommes. Il y a des bières belges et on en commande une chacun. On discutera toute la fin d'après midi et d'autres expatriés nous rejoindront.
J'en apprends plus sur divers magouilles permettant de rester longtemps en Chine ; par exemple avec un visa étudiant. Je savais qu'il y avait des contrôles aux universités où on doit justifier de notre présence. Mais je ne savais pas qu'une inscription dans une simples « école de langue » pouvait suffire. D'ailleurs le lendemain je verrais sur une devanture écrit : « chinese courses : Visa, HSK, … ». De cette manière, mon interlocuteur qui ne s'imaginait pas vivre en Chine, s'est retrouvé après ses études à la fac à tenter l'expatriation en Asie ; puis une fin de visa l'a fait passer par la Chine par manque de moyens pour rentrer en France, et un ami l'a invité à Dali. Tous ont un petit commerce, un restaurant, une pâtisserie…
J'essaie de ramener la conversation à mon sujet, alors on me parle d'un « marché bio » le lendemain -on ira, mais sans trouver l'endroit-, on discute aussi de la pression qu'ont les paysans qui veulent une meilleure vie, et des conditions qu'on trouve encore aujourd'hui dans la campagne du coin. (achat de femmes, travail des enfants) D'ailleurs il n'y a que des hommes autour de la table, et ce serait intéressant de connaître les parcours individuels qui les ont menés à vivre 7-10ans en Chine et s'y installer. Eux aussi rencontrent des difficultés à conserver leur bail de location (15ans maximum), et la perte de leur commerce peut être difficile à vivre. D'autant plus que plus rien ne les rattache au pays d'origine « sauf la famille de temps en temps, mais il ne me manquent pas, et on a internet » ; et la question de l'accueil s'il doit y avoir un retour, se pose en arrière plan. (expérience professionnelle, statut etc.)


Dernière édition par mystheria le Sam 2 Avr - 4:33, édité 1 fois
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