Epicentre... Le sauvetage de l'hélicoptère de Yingxiu

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Epicentre... Le sauvetage de l'hélicoptère de Yingxiu

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:39

Avec presque un mois de délais, voici le récit de notre contribution à la recherche et au sauvetage d'un hélicoptère perdu dans le Sichuan.
JPxu avait publié les deux premiers jours, car j'ai été longtemps dans l'incapacité de faire plus que ces deux chapitres et lui envoyer par mail. j'ai annulé sa contribution pour la remplacer par le texte complet ci-dessous.

Près de 20000 hommes ont cherché avant nous, mais grâce aux techniques spéléo, nous avons pu fouiller sans danger au-delà de zones dangereuses sans ces techniques.
Nous avons aussi utilisé quelques techniques simples utilisées traditionnellement par le Spéléo-Secours-Français pour aider à transporter 14 des 18 corps des victimes en un temps très rapide.
Cette aventure nous a mené sur les traces des Pandas, au milieu des troupes de l'armée chinoise basée à Yingxiu, épicentre du séisme du 12 mai dans le Sichuan.
Voici tous les détails... vu de ma petite fenêtre.
Etant le seul français de cette opération, il faudra vous mettre au chinois pour lire d'autres angles de vue !
par exemple :
http://www.sinzer.com/html/24/t-44024.html
http://www.111you.com/viewthread.php?tid=3702&extra=&page=1
http://www.111you.com/thread-3712-1-1.html
Vous pouvez bien entendu me questionner si vous voulez en savoir plus ou réagir le cas échéant ! c'est un forum ici !.
A+


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5 et 6 juin 2008, Mission inutile.

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:40

Sur MSN, j'apprends que Qianzhi est sur le départ pour retourner à Anxian pour aider des gens dans la région de Chaping, mais que je ne peux pas venir car les autorités n'accepteraient plus d'étranger dans les secours à cet endroit. En même temps, sur QQ, j'apprend qu'il s'agirait simplement de porter des vivres aux habitants du village atteint la dernière fois par Sunkening.
Je téléphone tout de même, il me dit qu'il n'ira pas non plus, qu'il va travailler sur le livre de la Shuanghe.
Puis à 20h, coup de fil :"ok, prépare ton sac, je passe te chercher". "Et je met quoi dans mon sac ?". "tente, sac de couchage, etc.". "on prend le matériel de spéléo ?" ."peut-être inutile"."mon casque ?". "Pas la peine".

A peine 15 mn plus tard, je suis dans la voiture, avec un sac remplis à la va-vite. Le minimum. Pas besoin de trop s'encombrer pour une simple randonnée.
Le process pour quitter Guiyang est toujours des plus indirects, il passe par une pause restauration (tant mieux), le plein d'essence à la station où il n'y en a pas mais comme c'est pour nous on en trouve, la clef qui casse dans le bouchon de réservoir et les phares qu'il faut caler avec un paquet de mouchoir pour qu'ils éclairent la route. Bref, on arrive à 4h30 chez Sunkening. Il n'est d'ailleurs pas question d'y dormir car nous repartons bientôt pour la gare. Après une heure d'attente, nous montons dans le train à 7h50.

10 km avant Chengdu, on voit des ruines au bord de la voie ferrée, mais je n'arrive pas à savoir si elles sont dues au séisme ou pas. En dehors de ce secteur, Chengdu semble intacte. Kan, le chef du poste croix-rouge que nous avions rencontré à Anxian, nous attend avec deux véhicules. Nous sommes ainsi au centre de la croix-rouge un peu avant midi. a la télé, on voit la construction de yourtes. Après notre enregistrement et un petit repas, nous prenons la route.

A l'approche de Anxian, je vois que la situation a changé. Les abrits de bâche font progressivement place a de nombreuses tentes, toutes de grand formats mais de types, formes et couleurs différentes. C'est un peu moins bigarré, a peine plus carré, mais sans doute bien plus confortable. Chacun s'installe de son mieux dans le provisoire et le précaire. Les armoires sont des pièces d'architecture souvent déterminantes. La paille de riz est posée sur les tentes pour atténuer le rayonnement solaire.
Les rez-de-chaussé sont à nouveau utilisés pour du stockage et du commerce. La circulation est bien plus dense et plus contrôlée qu'auparavant. Des murs de briques ont été construits pour mieux orienter les flux routiers. Les checks-point ont perdu leur discrétion.
Dans les éternelles rizières, le riz a déjà belle allure.

Le poste logistique Croix-Rouge d'Anxian a déménagé. Il est plus loin de la zone sinistré, mais d'une certaine façon, il a suivit le mouvement des sinistrés eux-mêmes. De toutes façons, il fallait évacuer la vallée où il se trouvait.
Il est bien moins fourni en denrées d'urgence qu'auparavant et s'est doucement recentré sur des jeux, de la lecture, des vêtements... L'activité est aussi moins fébrile. C'est plutôt bon signe : la situation de crise est passée.

Une des principales activité est la construction de bâtiments à partir d'éléments préfabriqués en tôle peinte + isolation. Il faut d'abord faire de grandes dalles en béton puis les poser dessus. L'armée semble être la première main d'oeuvre de ce travail. Les camions sont donc tous soit des toupies de béton soit des transporteurs d'éléments préfabriqués.

A Anxian, on a de nouvelles informations : le village auquel nous voulions apporter des vivres n'a en fait pas de tel besoin. Il lui faut plutôt des lits de camps et des matériaux de construction. La commune s'étant organisée pour répondre à ce besoin, nous ne sommes plus d'aucune utilité ici. Nous apprenons qu'il ne reste dans la vallée de Chaping plus qu'un milliers d'hommes qui ne veulent pas partir.
Nous passons un gué, en amont se trouve la vallée remontant vers Chaping et ses barrages menaçant. Ceci dit, personne ne s'y attarde et les abords de la rivière sont bien dégagés. Des hélicos sillonnent le ciel. Nous apprenons que sur le chantier en amont, ils vont bientôt procéder à un tir de mine pour rabattre le seuil. Après quelques coups de téléphone, il est clair qu'il n'y a pas de mission pour nous ici, nous repartons donc pour Chengdu. Le véhicule passe intégralement sous une pulvérisation d'eau de javel lorsque nous quittons ce secteur.

A Chengdu, j'entend revenir cette idée d'aller chercher un "avion" perdu que tout le monde cherche depuis plus d'une semaine. A chaque fois, j'ai simultanément plusieurs pensées. D'une part, une voix dit "c'est complètement illogique que nous ayons la plus petite chance de trouver cet "avion" vu les moyens humains et matériels qui ont été déployé en vain !", .D'autre part cette autre voix : "n'as-tu pas en Chine l'habitude de voir des entreprises illogiques et impossibles se réaliser ?"
J'ai en fait très peu d'information. Personne ne me parle anglais et biens peu prennent un peu de temps pour m'expliquer les choses avec les rudiments de chinois que je comprend.
Peu importe, je me déclare comme tout le monde partant pour cette aventure.

Pour dormir, Kan nous prête un appartement. Comme il est un peu petit, avec Laohu, nous allons dormir chez lui. Très vite, l'un et l'autre me questionnent : "pourquoi la France, subitement, n'est plus l'amie de la Chine ?" Ca semble les préoccuper beaucoup. Je donne plusieurs réponses. Essayant d'abord de dire que c'est une conclusion hâtive "oui mais le maire de Paris a fait... oui mais votre président a dit... oui mais le peuple a manifesté... oui mais les sondages ont confirmé..." Alors j'explique que les Français considèrent la Chine comme un pays où personne ne sait ce qui se passe, qu'ils sont convaincus que ce qui s'y passe est mauvais. J'insiste sur l'idée que dans tous les pays du monde, les peuples ne réagissent qu'en fonction de la façon dont ils sont informés. Enfin, je balancé le cliché chevaleresque du français qui veut toujours défendre les faibles contre les forts. Cette dernière explication leur semble satisfaisante. Après une vidéo de jazz, j'arrive à m'esquiver sans regarder le super long métrage dont j'ai oublié le titre...




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7 juin 2008, Adoptés par l'armée chinoise.

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:42

Après une nuit trop courte, nous prenons la route vers l'est, longeant une puissante rivière. C'est un panneau indicateur qui me révèle que nous sommes sur la route de Wenchuan. Nous sommes arrêté à un check point plus sérieux que les autres. Pour la première fois je vois un garde armé. Nous devons franchir un pont, mais manifestement, l'autre rive est d'un accès très restreint. En regardant mes photos, je vois que nous abordons un secteur à circulation contrôlée, et ce indépendamment du séisme. Je sens une certaine inquiétude, il ne semble pas du tout évident qu'on nous laisse passer. On me recomande de me faire discret, mais j'essaye surtout de ne pas paraître suspect et agit comme tout le monde. Il est clair que ma présence n'aide pas du tout, mais Kan, parvient à fournir les explications est documents nécessaires.

La route remonte vers le nord. Elle longe un lac, formé par un grand barrage artificiel. Les villages que nous traversons sont tous colorés de tentes marabout bleues. Nous arrivons à une usine a moitié détruite avec, en contre bas, posé à même la boue des alluvions récemment dénoyées, un petit camps où de nouvelles discussions s'engagent. En quittant ce camps, nous nous répartissons différemment dans les véhicules : celui qui part pour une réunion et celui qui va traîner en route. Je me sens un peu vexé d'être écarté de la réunion.
Nous reprenons la route, ou plutôt la piste tracée à coups de buldozer à travers les éboulements. On passe à coté de la route qui avait été bâtie sur des piliers de béton armés pour mieux résister aux éboulements. Elle est démantelée sur toute sa longueur. Nous arrivons à l'entrée de Yingxiu.

Il faut que XieWei, Sunkening et Qianzhi aillent discuter avec le gouvernement. On s'est d'abord garé devant les latrines, L'odeur est irrespirable, les composé chlorés de désinfection ne font que transformer une odeur insupportable en une autre qui ,e vaut pas mieux. Il y a aussi une dizaine de WC individuels, mais ils semblent peu utilisés.
La construction des préfabriqués ici semble achevée. On voit passer quelques tracteurs de déménagement. Mais on voit très peu la population civile. Elle n'a peut-être pas encore massivement investi ces habitations toutes neuves.
On nous demande de repartir en arrière de quelques kilomètre, il faut mener de nouvelles discussions et nous sommes déjà dans un secteur au-delà de nos laisser-passers oraux.
L'attente est longue. Du camps dans la boue décolle un paramoteur. Pourquoi n'ont-ils pas encore trouvé avec de tels moyens (sans parler des hélicos...) ? Vu le temps et l'énergie qu'il nous faudra pour parcourir ce que ce petit engin fera eu une demis-heure, j'ai envier d'aller le leur piquer pour faire un tour !
On nous indique une montagne, une direction, c'est sûrement par là que ça se passe...

Ca y est, l'opération "patte blanche" a réussi et nous pouvons entrer dans Yingxiu. Xiewei me prend à part, je pense qu'il va m'annoncer que je ne peux pas participer aux recherches et je m'apprête à lui dire que ce n'est pas grave du tout, que l'important est que eux réussissent... Mais ce n'est pas son propos. Il me dit que je peux venir mais qu'il faut que nous restions groupés en toutes circonstances, pas question que j'aille battre la campagne comme il sait que j'ai la mauvaise habitude d'aimer faire. J'apprend à cette occasion que l'"avion" que nous cherchons est un appareil militaire, et réalise du coup la confiance qui m'est faite. Finalement, les discussions ont été plutôt courtes, les décideurs ont pesé les risques rapidement. Par contre, les quatre filles devront repartir à Chengdu. L'armée n'a pas voulu qu'elles participent à l'opération.

Nous installons nos petites tentes sur une petite zone de stockage de sables et gravas. A bien observer les alentours, j'en déduis que ce sont les rares mètres carrés qui présentent un aspect "normal".
A l'est, derrière la route de béton fissurée, un torrent marron roule ses rapides. Don débit doit approcher 100 m3/s. Un superbe parcours de raft ou de kayak digne des rapides d'Aime en crue.. les aménagements destinés aux rafts sont vide. La vague attends des jours meilleurs pour "cubèler" quelques sportifs avides de sensations fortes. De l' autre coté de la rivière, des ruines. On devine la structure d'origines des usines, mais il ne reste que gravats de cette petite ZI.
Au sud, les équipements de convoyages ont été squattés par un vieux soldat qui en a fait une cuisine en lui accolant une grande bâche tricolore.
plus loin se trouve l'entrée de Yingxiu et ses gros buildings enfoncés.
A l'ouest, derrière une rangée de gros camions militaires se trouve le "centre-ville". On est en ait au bord d'un immense tas de décombres.
Au nord, le parking est occupé par des bus endommagés squattés par des soldats au repos., plus loin, c'est le camps militaire proprement dit et ses tentes bien alignées.

On nous invite à nous servir du riz dans les grandes bassine en préparation sur le parking. Je suis un peu embêté car je n'ai pas de bol, mais voilà que du haut de son tas de cailloux et sous son tapis de convoyage le vieux soldat m'en offre un. Je trouve le riz un peu fade. Voilà qu'il me fait à nouveau signe de venir, et me sert quelques accompagnements : bouts de saucisse, haricots et têtes de poulets (son brouet ne contient que les têtes de poulets). Je suis son seul "client" et je ne comprend pas bien pourquoi. Il m'interroge sur ce que nous venons faire, puis prend un air de conspirateur et me dit que l'avion n'est pas au nord-ouest mais au nord-est.
Des troupes rentrent en permanence, parfois en forme et paradant, parfois fatiguées et en ordre dispersé, comme des ouvriers revenant d'une rude journée de labeur..
Je ne peu pas être affirmatif sur ce point car ça me semble techniquement improbable mais il me semble que le camion-douche est équipé d'une unité de filtration et utilise l'eau de la rivière.

Nous allons faire un tour, en remontant la rivière vers le nord, on trouve une passerelle qui a très bien résisté. Nous atteignons ainsi les ruines des usines, entourées de tas de gravats qui étaient sans doute des maisons. Après m'avoir laissé faire à ma guise, Xiewei me dit que nous ne devons en fait pas quitter la route. D'une part parce que c'est dangereux, et d'autre part parce que c'est interdit. Je prend surtout en compte le second argument, ayant fréquenté étant jeune des décharges publiques présentant les mêmes caractéristiques. Les sacs de transport de corps, reconnaissables à leurs dimensions et la position des poignées, ont été aussi utilisés en sacs poubelle et s'ajoutent aux décombres. De retour à la passerelle, je remarque dans les gravats, à quelques pas du chemin, un petit bouquet de sucettes disposées comme on trouve souvent des bâtons d'encens. J'imagine un enfant , il a du traverser rapidement la passerelle et n'avait que quelques minutes pour faire son hommage aux disparus.

Sur le retour, a trop m'attarder à contempler la rivière au crépuscule, je perd mes amis de vue. Je vais donc faire un tour de l'autre coté, à Yingxiu même. La façon dont les maisons ont été tordues, fendues, éclatées dépasse l'entendement. Les bulldozers ont fait leur œuvre et un passage a été dégagé à même le Chaos. Au retour de cette promenade au pays des fantômes, mes pas m'amènent à la tente du commandement, je vois Qianzhi, Sunkening et Xiewei en grande discussion. Je pointe mon nez dans la lumière et me fait aussitôt inviter. Après les poignées de mains et les présentations, mon regard est attiré par les superbes cartes disposées sur la table. Sunkening me fait comprendre qu'il faut que je fasse comme si ça ne m'intéresse pas. Et pourtant, 5 mn de lecture de ces cartes pourrait m'en faire comprendre bien plus sur la situation qu'une semaine de discussions. La discussion est chaleureuse et conviviale. Nous sommes adoptés. Et c'est sans doute a cette heure le plus important !

De retour à nos tentes, Sunkening me montre une photocopie de la carte qui nous intéresse. On voit un itinéraire vers le nord-ouest et trois emplacements de camps reportés au stylo. Il m'explique que l'armée a déjà fait des recherches là-haut mais qu'il n'ont pas pu fouiller les pentes raides. Nous devrons donc monter au camps 3 et les aider dans cette tâche. Le travail me semble encore techniquement irréalisable. En effet, tous les versants me semblent très raides, on risque d'y passer un temps infini. Mais j'espère qu'ils ont des indications plus précises que l'on aura plus tard... alors je dis "pas de problème".... Et pourtant, si je veux en trouver, ces problèmes, il y en a des tas. Par exemple, je n'ai aucun équipement, nous avons peu de cordes, j'en connais qui on très peu de chance d'être encore bien actif après 2000 m de dénivelée à pieds... Je demande si nos tentes restent ici avec des affaires dedans ou si nous les montons. Sunkening me dit de prendre seulement la toile externe de la tente. Intrigué, je demande s'ils a des infos sur la météo, la réponse reste "prend la toile extérieur de ta tente seulement. A force d'insister, il me dis qu'il veut économiser du poids. Je fais disposer tous le matériel collectif que nous devons emmener en un tas. Ce tas est bien modeste. 45 m de corde statique de 8mm, 40 m de corde dynamique de 8 mm, des tas de sangles et c'est à peu près tout. Jiubu pose aussi sur le tas son matériel de spéléo tout neuf. Je bourre dans mon sac la moitié du tas qui me semble indispensable et pars me coucher en renonçant à comprendre cette histoire de demis-tente. 30 mn après, un groupe électrogène est mis en marche juste à coté... super !


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8 juin 2008 Chemin d'incertitudes

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:44

Nous émergeons vers 5h10 et plions le camps dans un petit matin blafard. Vers 6h, le rassemblement commence à se faire devant la tente de commandement. Nous y avons déposé les objets que nous ne voulons pas emporter en montagne. Nous allons être intégré à une troupe d'une trentaine de soldats, un haut gradé vient encourager les troupes au départ, il est bien âgé. Il offre des oeufs et du riz gluant cuit dans des feuilles de bambou, ce qui correspond à un plat traditionnel de cette période de l'année. Après les photos et autres scènes protocolaires, nous partons à 6h30. Nous n'avons pas marché 10 mn qu'une erreur d'itinéraire fourvoie la colonne dans un maquis. Une ravine salutaire permet de s'en extirper pas le haut et de retrouver sur une terrasse fluviatile les sentiers qu'il nous faut.

Un colonel en tshirt militaire, carte en main mais pas de sac à dos caracole a distance, choisissant toujours le chemin le plus direct, c'es à dire le plus raide, alors qu'il y a de multiples variantes de lacets... Fidèle à ce qu'on m'a demandé, je reste sagement dans la colonne bien que je n'apprécie pas ces montées brutales entrecoupées d'arrêts pour reprendre le souffle. La colonne elle-même est menée par par un jeune commandant nommé He. Il a une copie de la carte, et cherche plutôt à évaluer le temps de marche restant en se référant à mon altimètre et à mon GPS. Nous passons devant un relais de TV, détruit, le temps est brumeux., il est impossible de voir la vallée, mais l'on devine au bruit sourd des torrents que nous sommes en train de remonter une arête séparant deux gros torrents. Après une succession de pylônes haute tension tordus, abattus ou départis de leurs câbles, on ne voit plus guère le colonel guider la colonne qui présente de nombreuses interruptions. Commandant He me demande fréquemment l'altitude et c'est comme si je l'entendait ensuite se dire dans sa tête "allez, on s'arrêtera un peu plus loin". Je pense que ce type de marche est physiquement dure pour lui, mais il compense par sa volonté de réussir et sans doute un grand sens des responsabilités envers sa troupe d'une trentaine d'hommes . L'ambiance commence à se détendre malgré un ciel d'un gris sinistre. Les souffles se libèrent, le bâtons de toutes sortes viennent s'ajouter au paquetage réglementaire. En fait,, au-delà des rougeurs, des mains posées sur les genoux douloureux, on sent un vrai plaisir chez chacun d'être tous là, ensemble mais chacun dans son corps à affronter les mêmes peines. Après une petite discussion, il décide de couper la colonne et de partir devant avec un groupe qui marche bien pour à la fois économiser les forces de tout le monde et ne pas prendre le risque de manquer de temps pour retrouver les camps 1, 2 et 3 marqués sur sa carte. Xiewei me demande de l'accompagner car le GPS et l'altimètre peuvent être utiles.

Un pierrier semble ne pas vouloir tarir le flot de roches, petites et grosses, qui s'enfuient vers la vallée. L'arrête que nous remontons présente des effondrements sur le flanc droit autant que sur le flanc gauche. L'intégrité du sentier est très rarement menacée, on voit pourtant quelques arbres penchant sérieusement vers une vallée alors que bon nombre de leurs racines s'accrochent à un lopin de terre en perdition de l'autre coté. Ces arbres évoquent fortement pour moi la BD de Vink "les voyages de He Pao", où l'héroïne rêve que la montagne se coupe en deux sous ses pieds et elle ne sait de quel coter tomber... A tout ceux qui veulent approcher par les sens une idée de la Chine physique je recommande la lecture de toutes la série. Cet auteur est parfaitement extraordinaire...
Bref, on hésite un peu à mettre le pieds sur ces racines tendues comme des cordes de guitare.

Nous trouvons ce qui a du être noté comme étant le camps 1, nous avons fait plus de 1500 m de dénivelé et la pente semble s'atténuer. L'arête présente maintenant un méplat de cinquante à cent mètres de large et nous marchons loin des précipices. par contre, il faut parfois redescendre. Après une pause repas principalement basée sur de la saucisse en boite, Nous nous remettons en marche. Nous évoluons maintenant dans une forêt très clairsemée envahie de bambous d'un peu plus de 2 m de haut. Heureusement, un sentier visible uniquement lorsqu'on est dessus permet d'avancer facilement. Nous devons ce précieux cadeau au panda. En effet, nous retrouvons des crottes, parfois fraîches, constituées exclusivement de déchets de bambous. Elles se présentent sous la forme d'un agglomérat de morceaux de bambous de quelques centimètres de long prenant la forme d'un gros noyau d'olive de 20 cm de long et 10 cm de diamètre. J'imagine à quel point il doit être difficile d'observer les pandas s'ils sont en permanence installés dans ce maquis accessible seulement par les chemins qu'ils veulent bien nous tracer...

Les séquelles du précédent passage de l'armée est hélas lui aussi bien visible. Tous les emballages de leurs nourriture et de leur eau est systématiquement abandonnée là où ils ont achevé la consommation du contenu. Nous ne faisons pas exception à ce comportement déplorable. J'en déduit aussi que les camps numérotés sur la carte n'ont pas encore servit, car leur pollution reste modérée. Nous arrivons ainsi à ce qui doit être le camps 3, altitude, GPS et carte s'accordent pour le dire. Nous poursuivons toutefois le sentier. Les bambous ont réduit de 50 cm en hauteur et sont bien plus pénibles à repousser, leur zone touffue étant à hauteur du visage. Seuls les endroits où le chemin commence à s'effondrer laissent un peu de répis. Nous montons jusqu'à un sommet local. Pus loin, une grande descente s'amorce. A travers les brumes, on voit qu'une remonté très raide fera suite à cette descente. Après consultation des cartes et de l'heure, commandant He estime que tout est parfait et nous rebroussons chemin jusqu'au camps 3.

Petit à petit, tout le monde se retrouve au camps 3. Les vivres sont déposées en monceaux, Tout ce dont on peu faire du feu est également rassemblé. Je me pose très vite le problème de placer une tente dans un endroit et un contexte pareil. Il vaut mieux ne pas traîner. Bien que j'en ai déjà plus qu'assez de faire de la brasse dans les bambous, je m'écarte du chemin avec une grande difficulté et finit par trouver un secteur au sol horizontal principalement occupé par des arbustes et lianes. J'attaque le défrichage, j'ai du temps devant moi. Xiewei me rejoint avec des outils, sa technique est toute différente. Il coupe des grosses branches et les dispose au sol en les croisant, puis continue de la même façon avec des fagots de bambous. Il constitue ainsi un épais matelas. Petit à petit, nous pouvons tous installer nous tentes, et je constate que personne ne s'est contenté d'une demis-tente, à mois de considérer qu'ils sont deux par tente...

Nous rejoignons la troupe pour un repas de riz bien dense. Les seules infos que j'arrive à avoir est que demain nous devrons fouiller les zones inaccessibles environnantes. Il y a plein de gros arbres dans ce secteur, vu la quantité ridicule de cordes dont nous disposons, j'imagine une longue fouille des abords du camp, jusqu'au point où nous nous sommes avancés., ce qui fait déjà beaucoup de travail. En effet, la végétation rend les flancs de la montagne invisibles à cet endroit, et que le brouillard n'arrange rien ! Le vieux haut gradé de ce matin est arrivé jusque là, bel effort ! Des centaines de moustiques minuscules mais aux piqûres douloureuses assaillent le moindre cm2 de peau non protègé. Un spray semble les rendre moins virulents, mais ça ne dure pas bien longtemps. Je vais bien vite me mettre à l'abris dans la tente. Il pleut fort pendant la nuit la température tombe à 10° et mon duvet n'est pas bien épais.

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9 Juin. L'arête du Panda

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:45

Aux premières lueurs de l'auge, 5 h 30 du matin à peine, le camps se remet en activité. J'entend les tentes s'ouvrir.
La bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a aucun nuage dans le ciel. J'ai un peu froid, mais je sais que dès que le soleil pointera ses rayons, tous les désagréments s'effaceront. Une fois mes chaussures lacées et mon sac bouclé, je me rapproche du camps en imaginant un quelconque petit déjeuner. Sunkening me pousse, nous devons partir tout de suite, vite. Je suis surtout agacé de devoir "partir vite" sans avoir entendu parler de l'ébauche d'un quelconque plan sur ce que nous allons faire ! Bha, l'avantage, c'est qu'au moins nous nous réchauffons. J'essaye encore de discuter, que nous nous mettions au moins au point entre nous sur l'état de ce que nous pouvons faire, mais pas moyen, les seules réponses que j'ai sont un mélange de il faut y aller vite et on doit attendre les instruction du haut général... Nous atteignions bien vite le terminus de la veille, descendons dans un ravin et remontons quasiment en escalade. ne pouvant avoir d'info de mon équipe, je m'en détache et me mêle à la troupe. Au final, on me demande de passer devant. Je ne me fait pas prier. Nous passons un second ravin imposant une grande descente, puis atteignons une crête plus resserrée et à la végétation plus modeste. Le temps est magnifique. La vue est superbe. Plus loin, l'arrête que nous suivons semble s'incurver sur la gauche. Je scrute les ravins à la recherche de bouts de tôles ou de sillage d'arbres cassés qui pourraient indiquer la présence de l'"avion", mais je ne suis pas bien fort à ce jeux. Commandant He nous rejoint, il a des jumelles, je lui suggère de les utiliser, pendant que je vais voir un peu plus loin où je pressent la présence de difficultés.

En effet, la crête, moins massive et aux flancs presque verticaux, a subit un effondrement local lors du séisme. Le sentier du panda a été happé par le vide, laissant un ressaut d'une dizaine de mètres mais avec des risques de chute dans les précipices de droite et de gauche. Je prend donc le baudrier et la corde que j'avais mis dans mon sac la veille, les arbres permettent d'équiper ce passage de façon à la fois sûre et confortable. En bas, je conserve l'assurance pour avancer sur l'arrête qui me semble bien fragile. Mais à force de l'inspecter puis de la secouer, elle semble stable. Une courte vire terreuse et une grimpée dans les arbustes permet de retrouver le sentier du panda. A un endroit, la terre semble ne plus reposer sur rien. j'attend donc que l'on vienne m'apporter le reste du matériel plutôt que de m'y aventurer. J'entend des cris en arrière. Ou plutôt des appels de personnes criant en choeur. Xiewei arrive bientôt avec quelques sangles et la corde fine de montagne, nous pouvons à nouveau avancer pendant que Sunkening fait descendre des militaires sur la corde en utilisant un noeud de prussik.

Les passages exposés s'enchaînent. Ils ne présentent pas de difficulté technique particulière. Avec beaucoup de circonspection, il est possible d'avancer sans risque. Tout ne dépend souvent que d'un pied posé sur une protubérance rocheuse et d'une main tenant une racine. Un ressaut se franchit sur un ensemble de vieux troncs taillés de marches, il n'y a pas que les pandas qui ont circulé par ici, mais l'absence de pollution plastique montre bien que ces incursions humaines ne sont ni récentes ni fréquentes (et c'est malheureusement un indicateur relativement fiable). Le granit fraîchement cassé offre sous le soleil de beaux reflets bleus et verts. Après chaque pas à souffle retenu, nous espérons retrouver un sentier, mais à chaque fois un éboulement l'a emmené. Sunkening a rappelé la première corde que j'avais installé. Nous finissons tout de même par quitter cette mauvaise passe.

Vers 10h30, nous arrivons finalement au pied d'une large épaule recouverte de bambou où nous faisons une pause casse-croute. Sunkening a retiré la corde du premier ressaut. J'évite de me fâcher, mais ça me met très mal à l'aise : c'est la dernière des choses que j'aurai faite. En effet, comment ferons-nous pour revenir ? Qui rattachera la corde en haut pour que nous puissions remonter et comment ?
J'apprend qu'une "tache blanche", proche d'une nuée, aurait été aperçue et identifiée comme pouvant être une trace de l'"avion" recherché. C'était sans doute la raison des appels en chœur. je suis content de penser que, malgré le fait que l'accident remonte à plus d'une semaine, on considère qu'il puisse y avoir des survivants.
Notre monté sur l'épaule n'est pas bien rapide. C'est un peu raide, mais surtout les bambous sont très dense est haut de 1m50, ce qui fait qu'à moins de marcher à quatre pattes ou de les écarter sans arrêt, il est impossible de voir le sentier. D'autre part, l'altitude, la fatigue de la veille et cette étrange habitude qu'ils ont de partir super vite pour s'arrêter dès que le souffle a une chance de se régulariser sont autant de facteurs pas très favorables. Nous gagnons ainsi 300 m de dénivelé, et commençons à regarder la carte fréquemment, discuter de ce qui a été vu et de là où ça semble se situer, de comment s'y rendre...

D'après ce qu'ils ont vu et l'endroit pointé sur la carte, l'"avion" serait sur notre gauche, 100 ou 200 m en contrebas dans la pente. Mais les nuages sont remontés de la vallée et nous évoluons maintenant dans une ambiance laiteuse. Nous entamons les recherches. On me demande de ne pas prendre de photo de l'"avion" si on le trouve. Je range l'appareil au fond du sac : de toutes façon, avec ce temps, pour la photo c'est raté.
Nous faisons une première tentative de descente, mais Sunkening et Xiewei s'accordent pour dire que ça n'est pas là, sans pour autant me dire pourquoi. J'envisage de prospecter en, progressant à l'horizontale depuis ce point et en se répartissant à 30 m d'intervalle, mais on me dit que la pente ne le permettrait pas et il ne faut pas se fier à la carte à cause du tremblement de terre... Ces réponses sont complètement insatisfaisantes, mais je dois m'en contenter et nous remontons sur la crête. Xiewei souffre du genoux, Sunkening est bien essoufflé arrivé en haut. Avec Xiewei, nous poursuivons rapidement le chemin jusqu'à un point remarquable de la carte. Nous sommes maintenant 100 % certains de notre position. J'ai de nouvelles informations sur ce qu'ils ont vu. Des traces de feu dans une forêt de grands cèdres. Cette forêt devrait remonter jusqu'à la crête, et au-dessous se trouvent des falaises. Effectivement, il n'y avait pas de cèdres à l'endroit où nous avions commencé à descendre.

Du coup, en repartant en arrière, j'attaque à descendre dès que je vois une forêt de grand cèdres. Personne ne me suit, on me demande de ne pas aller trop loin. La descente est plutôt facile au début, puis j'arrive sur des ressauts verticaux. Les brumes ne me laissent pas voir grand-chose. Mon altimètre débloque complètement et ne prend pas en compte un seul mètre de ma descente, voir m'indique que je suis en train de monter. Pour lui, ce flanc de montagne est à une pression atmosphérique indépendante de l'altitude. Ne voulant pas prendre de risque, je me contente d'appeler puis écouter, scruter le silence, chercher des odeurs de feu... Rien. Je me décale un peu à l'horizontale et recommence ainsi à trois reprises. J'observe bien les arbres, rien n'est cassé. Mais le brouillard estompe toutes les couleurs, c'est ainsi que je suis passé à coté de ce que je cherchais sans rien voir. De retour en haut, j'ai de nouvelles précisions. pas d'arbre cassé, juste de branches roussies... Sunkening confirme que son altimètre également lui indique des pressions complètement farfelues (plus de 400 m de variations anti-altimétriques), pourtant, il n'y a pas de vent. Juste des masses brumeuses se déplaçant lentement. J'imagine la navigation aérienne dans une situation de ce type : visibilité nulle et altimètre quasi inutilisable...

Pendant que j'étais en bas, la discussion était de dormir sur place et de continuer demain. A l'heure qu'il est, l'idée me semble saugrenue. nous pouvons encore chercher facilement une heure ou deux. Le problème est qu'il n'y a presque plus d'eau. Sunkening parle de faire un aller-retour pour aller en chercher... Rien n'a été prévu pour dormir ici. Xiewei et Commandant He semblent être décidés. Ca ne me plaît pas du tout de les laisser comme ça avec 3 boites de conserve et 1/2 litre d'eau, mais il est tout de même convenu de faire comme ça. En bouclant mon sac, j'ai une sensation de "déjà vu" sur cette image et les pensées qui l'accompagne : je suis en train de laisser un amis à 3100 m d'altitude avec pratiquement rien pour y survivre. Si nous étions dans l'impossibilité de revenir rapidement, ils seraient en danger. J'ai aussi envie de rester avec eux, mais je ne leur apporterait rien et je sais qu'il me serait impossible de dormir. Bref, nous commençons à descendre à 15h30.

Tout e marchant, je pense à Xiewei. Il est tellement déterminé que je n'avais aucune chance de le faire changer d'avis et redescendre avec nous. Surtout s'il dit avoir mal a un genoux, j'imagine que trop marcher lui pose problème ces temps-ci. C'est un homme plein d'énergie douce. Infatigable, pouvant à tout moment relancer un surcroît d'effort, très souple, mais en même temps toujours paisible. Il a manifestement beaucoup pratiqué des arts martiaux, je l'ai vu exécuter avec lenteur mais surtout précision des enchaînements de prises auxquelles je ne comprends rien si ce n'est qu'il doit connaître une centaine de façons d'immobiliser un homme sans que ça lui coûte plus d'effort qu'il ne me coûte de me lever d'une chaise. Il est d'autre part très gentil et regrette aussi qu'on ne réussisse pas à se concerter mieux que ça dans cette opération.

Sunkening veut faire l'aller-retour dans la soirée, mais je sens bien que ce serait trop dur et trop long. Il nous faut une heure et quart pour revenir à la corde qui a été retirée... et non remplacée. A force d'appeler, Dazui arrive. et nous envoie un bout de ficelle, hisse la corde et fixe son extrémité sur le premier petit arbrisseau venu. Je réinstalle tout ça correctement, puis laisse descendre mon baudrier au bas de la corde. Ainsi, si les camarades devaient revenir par eux-mêmes, ils en auraient la possibilité. Nous arrivons vers 18h à un poste avancé où le général ouvre un carton de chocolats Dove et Nestlé. Il y a confirmation sur la zone que j'ai fouillé, nous envisageons donc le lendemain de fouiller les alentours d'un autre sommet, 1000 m plus haut. Le but de la journée de demain serait donc d'installer un bivouac à 3700 m et de fouiller ses environs. Sunkening a renoncé à repartir tout de suite porter de l'eau aux amis restés là-haut, craignant d'être pris par la nuit. C'est une bonne idée. Pour ma part, je n'avais rien envisagé dans ce sens car j'ai besoin de dormir et je sais que ça me serait impossible dans ces conditions.

Vers 19h, j'apprend que nous dormirons sur place, c'est à dire sans avoir à franchir les deux ravins qui nous séparent du camp3. nous sommes au camp 4, constitué de grosses branches disposées sur des rochers et recouvertes de branches plus petites. Cet abris sommaire étant placé au milieu de l'arrête, il barre l'unique sentier en obligeant le passant à se mettre à quatre pattes.Un gros carré central excentré est laissé sans couverture pour y faire un feu d'enfer qui vous rôti si vous êtes trop immobile et qui pue constamment les déchets plastiques qu'on prétend lui faire incinérer. Les places de prestige nous sont réservées, vautrés à la romaine sur un tapis de rameaux de cèdres. Je trouve ça très inconfortable et préfère me trouver une grosse pierre pour y poser les fesses. On nous donne un sac de nourriture très sophistiqué : on ouvre un sac plastique, puis un autre dans lequel on verse une quantité précise d'eau avant de le refermer. dans ce sac, quelque chose s'échauffer jusqu'à ébullition. Il faut retourner le sac de temps en temps jusqu'à ce que la température redescende un peu (plus de 20mn). On retire alors du sac un sac de riz cuit et un sac de viande en sauce bien chaud qu'il ne reste plus qu'à mélanger et manger.

Une éclaircie rend la montagne visible, mais le temps reste "blanc" et les couleurs ne ressortent pas bien. On m'explique précisément le lieu en question mais je n'y voit rien de flrgrand. Je prend un azymuth et une pente avec la boussole d'un militaire qui passe par là et me livre à quelque estimations avec la carte. Tout se recoupe et je n'y comprend rien. Si un avion s'était écrasé à cet endroit, comment aurais-je pu le rater ? Comme je ne vois rien de bien net même à la jumelle, j'en déduit qu'il n'y avait rien à trouver. On nous demande si on veut faire monter des cordes depuis la vallée. J'ose répondre par une question : combien de temps dureront les opérations au-delà de l'arête si nous ne trouvons pas l'avion demain ? Non seulement le général n'est pas choqué mais en plus il me donne une réponse claire : 2 jours. Alors je lui dit de ne pas faire monter la corde. Et je rumine un peu contre mes amis : pourquoi ne questionnent-ils jamais l'armée ?

Nous nous entassons sous l'abris. L'armée nous fournit des duvets dans lesquels nous nous glissons tout habillés. Il fait bon, les étoiles brillent, je suis plutôt très bien installé, mais je ne trouve pas le sommeil.

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10 Juin. "Fei Ji Zhao Dao Le !"

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:46

A 6h du matin, nous sommes en marche. le temps est magnifique. Avec la couleur, l'emplacement du crash saute aux yeux : dans le vert sombre des cèdres, une tache rousse de 20 m de diamètre !
A 6h45 la voix de Xiewei résonne "Fei Ji Zhao Dao Le", ce qui veut dire "l'avion est trouvé !". Un grand soulagement mêlé d'excitation traverse la montagne. Très vite, nous changeons d'objectif. Je charge dans mon sac de l'eau, une radio (la leur est en panne) et un GPS puis me met immédiatement en route. Sans marquer d'arrêt je rejoins Xiewei et Commandant He à sur la crête en une heure, bien moins fatigué que la veille où les arrêts faisaient forcer le souffle et le coeur à chaque redémarrage. Après s'être jeté sur l'eau et les barres de chocolat que je n'ai pas pu manger la veille, ils m'expliquent qu'ils ont trouvé presque immédiatement et que la veille je devais vraiment être passé très très prêt. Il est décidé que je reste ici sur le chemin pendant qu'ils redescendent inspecter l'épave. Ainsi, je guiderait les suivants dans la descente. Xiewei me reparle d'appareil photo, propose que je lui prête le mien... mais je ne veux pas jouer ce jeu.

Je me couche dont dans une nature paisible, verdoyante, baignée de soleil, bercé de chants d'oiseaux inconnus... cette attente d'une heure est un vrai plaisir. Une fois rassemblés, nous descendons à l'"avion", et j'apprend c'est en fait un gros hélicoptère. J'ai du marcher hier à moins de 20 m de cet endroit mais n'ai rien vu. Je me dis que c'est beaucoup mieux ainsi. La plupart des corps sont entremêlés dans des postures évoquant une grande peur ou une grande douleur. J'imagine que ces pauvres gens ont été violemment projeté sur les rochers puis brûlés sur place très rapidement. Ce qui reste de l'hélico est un peu plus bas, on ne distingue guère que les pales et la queue. Xiewei et Commandant He ont compté les corps et reporté leur position sur un dessin. Ils ont dénombré 14 corps. Pour ma part, je n'en ai vu que 7, et il me semble avoir entendu parler de 19 personnes à bord, mais il n'y a aucune utilité et je n'ai aucune envie à aller fouiller les décombres, tout ceci sera fait plus tard par des personnes qui y sont habituées. Nous observons une minute de silence. En fait, nous sommes tous descendus pour voir. Des tas de photos sont prises avec les appareils et téléphones portables. Je n'en prend toujours pas. Nous remontons sur la crête.

Dans le ciel uniformément bleu, on voit passer des hélicos, de différents types. Je me dit qu'avec un beau temps comme ça, ça serait bien vite fait de hisser tous les corps à bord depuis la crête ! Mais vers 11 h, la brume reprend ses droits, une fois que tout le monde est rassasié et reposé, nous prenons le chemin de la descente. Nous arrivons à 13h15 au camps 4. Xiewei donne toutes ses explications; il est épuisé car ils n'ont absolument pas dormis la veille. Une heure plus tard, des soldats arrivent avec des sacs bourrés de corde de 11 mm, de sangles et de mousquetons. On nous demande de les installer de façon à aider le passage des brancardiers. Je vais avec Laohu et Sunkening m'acquitter de cette mission. Le but est qu'une centaine de personnes sans compétence particulière puissent évoluer dans trop s'épuiser et sans trop de risque s'ils se tiennent à la corde. Ca nous occupera quand même 3 bonnes heures pour mettre tout ça au point. il n'y avait pas un mètre de trop en comptant les 200 m de 11 mm et les 45 m de 8mm débités sans scrupule en petits anneaux pour mettre là où il en fallait. Ce petit exercice m'a amené à inaugurer de nouvelles variantes du noeud de 8 tout à fait efficaces et esthétiques. Mais la progression reste rustique et je me dis que les brancardiers vont vraiment avoir de très grosses difficultés...

Nous marchons enfin en direction du camps 3. Le passage des grands ravins ne présente pas de grand danger, mais quel casse-pattes pour avancer de presque rien ! Nous gravissons la dernière montée, lorsque nous voici arrêtés en pleine course par un camps-surprise installé entre le 3 et le 4. C'est le camps du haut général. Pas moyen de s'esquiver, il faut s'asseoir trop près du trop grand feu, manger les nouilles, serrer les mains, prendre les photos... On n'en finit pas. Tout de même, je me demande combien de haut gradés de cet âge viendrait en France se faire 2000 m de dénivelé pour dormir sous tente et "soutenir" ses troupes. En tout cas, tout le monde semble très heureux de pouvoir se bousculer pour être photographié à ses coté. De nouveau en route vers le camps 3, nous croisons des porteurs de brancards. Nous inspectons ces objets au passages. Ils feraient d'excellents lits de camp mais semblent vraiment pas assez solide et pratique pour la situation présente. Décidément, le brancardage sera épique.

Nous sommes accueillis très chaleureusement au camps 3, mais on ne retrouve pas Jiubu et Qianzhi. Nos tentes ont été déplacées, mais nous pouvons les remettre en place. Nous ne traînons pas trop en pâture aux moustiques.

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11 Juin L'alerte au spéléo-secours chinois

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:48

Nous nous levons à 6 h et plions immédiatement nous affaires. Aujourd'hui, c'est la fête : on mange avant de marcher et on va porter nos sacs !
Dès que la taille des bambous dépasse les 2 m, la marche devient donc plaisante. Nous faisons une longue halte dans un camps d'une unité héliportée; Le colonel veut avoir tout les détails que Xiewei lui offre patiemment. Ils ont des grosses jumelles sur pied, hélas désormais inutiles, mais qui quelques jours auparavant aurait été d'une aide précieuse.. Plus bas nous croisons une colonne d'"emballeurs". Je les nommes ainsi car ils ont tous un rouleau de scotch et un grand sac plastique, mais aussi bien d'autres accessoires et appareils que je n'identifie pas. Je remarque qu'ils cultivent presque tous un look un peu mexicain en entretiennent une petite moustache. Leurs épaulettes portent le sigle "MB", ce sont les brancardiers. Ils ont l'air plutôt froid et distants. En tout cas, la monté ne semble aucunement les fatiguer. Tant mieux. Plus bas, un petit groupe soigne un "blessé". Il vient de s'ôter une tique du pieds Je me demande dans quelle mesure il n'a pas trouvé là un bon moyen pour se soustraire à la mission et redescendre dans la vallée... Ce qui monte à contre-sens est une foule hétéroclite, seul l'uniforme laisse penser qu'il s'agit d'une armée. Les femmes sont rares et il n'y a pas d'enfant ou d'adolescent, sinon, tous les âges sont présents, toutes les mines. Tout est utilisé pour le portage : du sac "Mickey Mousse" rose fluo au savant tressage de lanières de plastiques en passant pas le bête sac plastique tenu à la mains. On retrouve sur le bord du sentier de nombreuses épaves de sacs toutes catégories ayant péri en route et ayant été remplacés par on ne sait quoi. On voit mal la légendaire uniformité militaire.

Notre descente n'est pas rapide. Sunkening souffre d'une très vilaine entorse au genoux. Xiewei va un peu mieux. Nous arrivons en vue de la vallée. Le spectacle de la ville en ruine est effrayant.
Xiewei me dit que plus de 7000 personnes ont perdu la vie ici.

Nous arrivons au camps par un champs de ruines, le général nous prend personnellement en charge selon un protocole très précis. Nous nous plaçons sur la route face au vent, bras écartés et yeux fermés. On nous pulvérise alors à l'eau de Javel. Puis demis-tour, nouvelle pulvérisation, puis sous le pieds droit, puis sous le pieds gauche. Jusque là tout va bien. On nous apporte alors un grand bac dans lequel nous devons poser nos téléphones et appareil photos. Chaque appareil dans un sac plastique avec notre nom. Cette "mesure d'hygiène" n'est pas sans provoquer un certain émoi. Pour celui qui vient de prendre des tas de photos dans un contexte qui ne se reproduira pas, il n'y a pas beaucoup de sujet plus sensible. Mais avec beaucoup de politesse et de douceur, on nous explique que nos photos seront toutes visionnées, et que celles qui concernent l'hélicoptère seront par contre effacées. Il faut ensuite passer à la douche. Je demande naturellement le sac que j'ai laissé et qui contient de quoi me changer, mais on me dit que "plus tard, maintenant il faut aller à la douche". On repart dans un dialogue de sourd, je capitule, pas moyen de me faire dire où est mon sac. Le camion-douche est très fonctionnel et ça fait vraiment du bien. Mais on est tellement entassés qu'on se bouscule un peu, surtout dans le sas où il faut de déshabiller. Comme à part les sous-vêtements neuf qu'on m'a confié je suis obligé de remettre mes vêtements imprégnés de sueur, senteur des bois et Javel, ça gâche franchement le plaisir. J'ai alors droit à un traitement particulier. Le général me prend à part et me demande de déposer dans un bac tout le contenu de mes poches. Il est très méthodique, méticuleux, réfléchit. Je lui donne rapidement ce qui peut l'intéressé : ma carte compact-flash de réserve. Mais il regarde tout, y compris mon carnet et j'ai peur un instant qu'il ne s'intéresse à ce qu'il contient, non pas que le contenu soit compromettant, mais que çà prendrait des heures et des heures. Après s'être excusé au moins une dizaine de fois, il ferme le tout dans un sac plastique qu'il me donne et ne conserve que la carte compact flash. Voyant l'état de mes vêtements, il fait venir une tenue militaire neuve, je peux enfin être habillé de propre. J'apprend que mon sac est déjà à Chengdu depuis bien longtemps (ben voilà, il suffisait de me le dire plus tôt ! ).

Après de sympathiques mais longues palabres entrecoupées de séances photos, nous finissons pas être menés à un bus pour prendre la route pour Chengdu. Nous nous arrêtons au premier poste où il avait tant fallu discuter à l'aller... Xiewei et Sunkening doivent à nouveau s'arrêter, cette-fois-ci sans doute pour rendre compte. Lorsqu'ils reviennent, Sunkening nous lance un coup de théâtre : nous ne partons pas, nous remontons aider au brancardage. Sans parler de l'irréalisme technique de cette hypothèse (nous ne disposons absolument pas du matériel nécessaire pour être d'une quelconque aide), je suis un peu effrayé qu'il ne mesure pas l'écart énorme entre sa volonté de fer et ce que son propre corps est en mesure de produite à l'heure qu'il est. il se sent prêt à oublier fatigue et douleur et repartir à l'assaut de la montagne !. Xiewei de même. Je ne sais pas comment exprimer cette base de mon désaccord : remonter maintenant serait complètement idiot et la plupart d'entre nous seraient complètement hors circuit les jours suivants si nous le tentions. D'autre part, notre aide se résumerait à nos bras, ce dont l'armée ne manque pas ni en quantité ni en qualité. Je me restreint à des restrictions qui me concernent, alors j'explique que tout le monde est bien gentil mais que je suis sans communication externe depuis trop longtemps et que je ne peux pas savoir si je suis disponible suffisamment de temps pour remonter. En effet, j'ai rendez-vous le 15 à Chongqing et je dois passer à Guiyang préparer mes affaires pour une démonstration de techniques de spéléo alpines. Mon sac ayant pris l'initiative de se rendre sans moi à Chengdu, je dois faire de même. J'évoque aussi l'absence de matériel, mais Sunkening me dit qu'il suffit de faire un liste, tout peut être demain là-haut. Alors s'il faut faire un liste, autant prendre le temps de la faire dans de nonnes conditions... Une coutre discussions s'amorce entre chinois, finalement, nous rentrons à Chengdu.

En route, nous discutons de l'aide que nous prétendons apporter. J'ai une vue très précise de ce que représente le brancardage propre et net d'un blessé à travers l'arrête du Panda, mais n'ai aucun moyen de la transmette. Ce qui m'inquiète surtout c'est que pendant toute la première phase de cette histoire, la communication été particulièrement déficiente. Dans le feu de l'action, mes camarades oublient tout simplement de m'informer de ce qui ce passe, je suis obligé de le deviner ou apprendre plus tard. De même, ils ne prennent absolument pas en compte mes questions ou remarques. Avec un tel fonctionnement, j'imagine ce que peu donner la mise en place d'équipements d'évacuation opérationnels ! Xiewei me questionne sur les possibilités d'utiliser une tyrolienne directement de l'avion au camps 4. L'utiliser ne pose aucun problème. La mettre en place est par contre quasiment impossible à cause de la végétation. A force d'insister dans cette voie, d'imaginer des petits fils tirant des grands, je finis par lui tracer une croix sur cette solution bien trop compliquée et ébauche une liste de matériel nécessaire pour mettre en place les ateliers techniques vraiment utiles. J'arrive à quelque chose d'assez précis. Trop même. J'insiste tout de suite sur les points importants : On a besoin de se coordonner, il faut chercher d'abord ce qui est difficile à trouver, à savoir les poulies, et si on veut un perfo, il faut prendre en compte le temps de le charger. J'ai renoncé à parler du problème des civières, si on a des sangles, on trouvera toujours une solution.

Lorsque nous arrivons à Chengdu, ça commence mal, c'est à dire par une de ces réunions où je ne peux pas aller. Ca continue par un repas pendant lequel on ne peut pas causer, etc. Qianzhi par contre est à fond sur l'organisation, ill téléphone en permanence. Ca parle beaucoup de matériel, alors je lui dit ce qu'il faut chercher. Le problème, c'est qu'à ce moment, j'en était resté au schéma idéal où, selon Sunkening, il suffit de demander du matériel à l'armée pour l'avoir le lendemain. Or, ce qui se met en place est tout autre et je le comprend trop tard. Qianzhi demande un peu partout aux spéléos de Chongqing et du Guizhou qui peut venir avec quoi. Hélas, les poulies du PSCJA ne sont pas dans le bureau de Lipo à Guiyang mais dans mon appartement, et personne ne peu s'y rendre pour les rechercher. Mais comme on me dit qu'il n'y a sans doute pas de problème pour les poulies. On fait une "réunion" dans une chambre. Tous le monde parle à tout le monde et je ne sais pas de quoi., en fait, personne ne semble aucunement intéressé pour discuter de ce qu'on va faire et comment.... Petit à petit, QIanzhi me dit que pour le matos, c'est bon. On me dit tous les gens venant en renfort, je suis moyennement réconforté, si ce n'est que dans cette liste je retrouve celui avec qui j'ai rendez-vous le 15. Voici qui règle déjà mon problème de disponibilité. La très bonne nouvelle arrive en soirée en la personne de Hanfeng. Enfin quelqu'un sur qui je peux m'appuyer solidement. Un autre hasard vient régler une de mes préoccupation : mon téléphone à peine rechargé et retranché, voilà que je reçois un appel de ma fille ! Je ne savais pas trop quand et comment j'allait pouvoir donner des nouvelles et voilà que c'est fait. Nous apprenons que sur le site web de l'armée, la participation aux opérations de secours du spéléo secours chinois est mentionnée, ce qui est déjà un beau résultat. Je vais me coucher avec toujours cette frustration quand au manque flagrant de communication. La présence d'un vrai interprète à mes coté de maintenant jusqu'à la fin des opérations ferait une grosse grosse différence. Quand j'en parle, on me dit que ça va venir, pas de problème.

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12 juin HO ho HO ho HO ho HO ho....

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:49

Le réveil était prévu vers 9 h, mais tout le monde a déjà circulé de partout avant 7 h. Nous sommes depuis notre arrivée dans un hôtel de l'armée. En fait, nous attendons l'arrivée échelonnée des renforts de Guiyang et de Chongqing. Comme il y a un peu de temps mort, je demande à Hanfeng de m'aider à me connecter à internet pour envoyer un petit message. C'est assez cocasse. Il y a un cybercafé dans le même corps de batiment, il est ouvert, mais il faut avoir une carte qui ne se vend pas sur place. On nous en indique un autre, mais c'est le même cinéma. Nous finissons par demander à une petite boutique qui fait juste des photocopies et des scans, elle nous prête son ordinateur... mais refuse catégoriquement tout dédommagement.

Wandayong arrive avec un petit groupe, beaucoup de matos et presque pas de poulies. Qianzhi part essayer d'en acheter à Chengdu. Une charmante jeune fille m'est présentée pour traduire. Je peux ainsi savoir que le rôle de diriger l'opération revient au binôme Wangdayong et moi. Wangdayong parle un peu anglais, mais il ne m'avait pas fait l'impression d'une grande efficacité lorsque je l'avais vu. On essaye de se mettre en phase, je lui décrit le terrain et les ateliers dont nous pouvons avoir besoin. J'imagine que l'on installe tout, puis qu'on assiste les deux premières manoeuvres atelier par atelier, ainsi de suite tout au long du parcours, en laissant aux autres spéléos reproduire ces manoeuvres pour chacun des 16 autres passages. Il part plutôt de l'idée, pour gagner du temps, de monter le premier atelier, passer les 18 corps et les stocker avant d'aller installer l'atelier suivant. Il insiste aussi sur le fait qu'il faut à tout prix tout finir en une journée, qu'il ne faut pas perdre de temps. Finalement, nous convenons chacun de bien réfléchir à tout ça et de prendre la décision quand nous serons là-haut. Le meilleur interprète du monde ne peu pas résoudre tous les problèmes de communication, mais au moins je suis correctement renseigné sur la situation. on me demande s'il faut faire une réunion avec l'interprète. Mais je me rend bien compte que la situation du point de vue de l'organisation est sans espoir d'amélioration. Mon seul impact possible sera de bloquer la machine si elle devient dangereuse. Pour ce qui est de la construire et la mettre en marche, ça se fera à l'arraché. Nancy, charmante interprète qui m'aura permis de comprendre clairement la situation en 20 mn, merci ! Quel dommage que personne ne semble te croire quand tu dis être capable de monter là-haut et m'aider en permanence ! Ne serait-ce que de nous accompagner dans le bus jusqu'à Yingxiu lui a été refusé. 3 heures de discussions abondantes entre chinois que j'aurais pu comprendre... On me fait même remarquer au passages que je n'ai pas forcément le droit d'entendre tout ce qui se dit... et qu'une étudiante civile arrivant comme un cheveu sur la soupe ne serait pas acceptée dans le camps militaire.

Nous partons vers 10h45. Le bus s'égare et nous nous retrouvons à errer dans une ville en pleine phase de démolition. Les pelles mécaniques s'attaquent à des immeubles trois fois plus haut qu'elles. Nous avons quelques difficultés à sortir de cette zone à cause des barrages mis en place pour limiter les entrées. Nous arrivons finalement à Yingxiu. Le sens de circulation a changé, pour éviter de passer sur le pont fissuré. Nous sommes arrêtés à un poste de police où on ignore tout de notre mission, malgré la présence de militaires là pour nous faciliter toute circulation. Le malentendu finit par se dissiper et nous revoici au camps de Yingxiu. Au moment où nous arrivons, le commandant He arrive en sueur de la montagne. Nous sommes heureux de le revoir et le manifestons par de grandes embrassades. La question des photos est traitée à la source : il nous est interdit d'emporter nos appareils. Voilà déjà une chose de moins à gérer.

Après une heure de discussions diverses nous nous mettons en marche à 14h20, sans nos sacs qui seront portés par l'armée. Je suggère d'envoyer un message en haut pour qu'ils préparent un emplacement pour les tentes, j'ai droit à mon "pas de problème" habituel. Je décide de monter le plus régulièrement possible. je me fais donc rapidement doubler par un petit groupe qui s'arrête à peine plus loin pour souffler. Puis par une paire de personne qui fait de même, puis trois ou quatre fois par Mr Yu, qui a de bonnes jambes, mais est bien obligé aussi de s'arrêter lorsque le souffle lui manque. Comme j'avance doucement, quitte à faire des tous petits pas lorsque c'est bien raide, je ne sent jamais mon coeur taper ou mon souffle manquer. En montant, je croise des dizaine de têtes connues, y compris le haut général. Il semblerait que l'ensemble des troupes soit renouvelé. Je marque une petite pause de politesse au camps 2, et me retrouve en 3h50 au camps 3. L'équipe a été entièrement changée, on m'explique que nous sommes supposés dormir au camps 4. Je me dit qu'il y a très peu de chance pour que ça se passe ainsi, et m'installe pour une sieste près du feu. Je sais que mon point faible dans ce genre de situation est le manque de sommeil, si j'arrive à dormir une heure maintenant, c'est toujours ça ce pris ! Bien que je ne connaisse personne dans cette équipe, tout le monde est très sympa, avec moi et entre eux. Je vois juste une caricature de sous-off. gueulard faire une crise d'autorité et gâcher quelques minutes la convivialité de l'ambiance.

Effectivement, à part Hanfeng qui arrive une heure plus tard, le reste de l'équipe n'arrive qu'à la nuit tombée. Les porteurs arrivent, mais je ne vois pas venir mon sac. on me dit d'attendre. Imperceptiblement, on entend lentement monter une sorte de mélodie primaire. HO ho HO ho Ho ho HO ho ho ho ho... qui parfois s'interromps, puis toujours reprend. C'est une équipe de brancardier qui arrive, portant un corps. Ils avancent lentement et péniblement. Ils sont fatigués, très fatigués, mais ils avancent. La nuit est très noire, mais une tenue sanitaire blanche recouvre leur treillis. Nous nous resserrons autour du chemin pour les voir venir, puis nous écartons pour les laisser passer. Je reconnais les visages que j'ai croisé hier en descendant. Des cris d'encouragement fusent : "xionqji !". Ils portent une grosse branche à l'épaule, dessous se trouve un gros sac bien arrimé, bien ligaturé, contenant le corps d'un des membres de l'équipage de l'hélicoptère. Nous verrons ainsi passer quatre groupes de brancardiers, chacun portant sa victime. On me dit qu'ils vont poursuivre ainsi sans s'arrêter, juste en se relayant, jusque dans la vallée. Je suis très impressionné.

Je commence à avoir froid, je voudrais ma polaire dans mon sac. On finit enfin par s'en préoccuper de ms question, et c'est pour m'expliquer qu'il est trop tard, que les soldats ont besoin de nos sacs pour se coucher dessus et qu'on ne sait pas où ils sont. J'apprend au passage que personne n'a pris ni duvet ni tente, nous devons dormir autour du feu. J'essaye de fouiller un peu le camps avec Xiewei, mais c'est effectivement très difficile. Les soldats se sont dispersés où ils pouvaient le long du chemin, et certains sacs ont été mis dans des sacs militaires. A mon grand désespoir, je n'ai même pas un T-shirt à glisser sous la veste de treillis militaire. Je récupère quelques sacs d'autocuisson d'occasion et les glisse sous ma veste pour palier au plus pressé. J'essaye de m'aligner avec les collèges, mais très vite je me réveille en sursaut, la semelle de mes chaussures était quasiment en train de fondre. Nous plaçons une pierre pour protéger les dormeurs. Xiewei est très embêté, il se met à chercher des tas de solutions. Mais je vois que je l'empêche de dormir. On me file un poncho, un sac plastique, je ramasse tout ça et me couche loin du feu pour faire semblant de dormir et cesser de lui casser les pieds.


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13 juin, la traversée su Styx par voie des airs

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:50

je me lève bien avant 5h, quitte à ne pas dormir, être debout n'est pas plus inconfortable. il fait super beau. La ramure des arbres sur fond de bleu matutinal est un ravissement. Je me retire sur le chemin et quelques exercices de Qi kong rechargent mes batteries : je ne ressent aucune fatigue de cette nuit blanche, je me sent même inexplicablement heureux. Dès qu'il est possible de le faire, je récupère mon sac. Nous convenons avec Wangdayong de nous mettre en route tout de suite jusqu'à l'atelier le plus proche des victimes mais en prenant le temps de repérer ce qu'il convient de faire, puis d'en discuter lorsque nous seront là-bas et que le matériel nous aura rejoint. Je lui demande de faire en sorte que deux militaires équipés de coupe-coupe viennent avec nous, mais ne les obtient pas. J'avance avec Hanfeng, A chaque passage je lui explique comment je vois les choses, car je sais qu'il pourra m'aider efficacement au moment de la mise en place. Au camps 4, nous demandons un coupe-coupe, mais ça semble poser problème. On ne peut pas savoir non plus où son en ce moment les corps et quand ils doivent se mettre en route. Je discute un peu avec des brancardiers en marche pour l'hélico. Je les trouve bien jeunes. Je m'intéresse surtout à leur connaissance de cette technique de brancardage avec un tronc à l'épaule. Ils ne l'ont jamais fait en situation réelle mais se sont beaucoup entraîné de cette façon. C'est donc bien la technique qu'ils maîtrisent.

Nous avons finit notre repérage lorsque Wangdayong de loin me dit d'aller à l'hélicoptère pour aider. Je lui répond "non" et repart en arrière pour discuter avec lui. Il est à la moitié du parcours. Il me répète qu'ils ont besoin de cordes pour monter les corps de l'hélicoptère à la crète. Dessin à l'appuis, je lui explique que c'est inutile. En fait, ce serait un peu utile, mais si je vais là-bas, j'ai peur que tout foire ici. Il me dit que pour porter les corps dans les escalades, les brancardiers devront accrocher les corps à la ceinture pour avoir les mains libres et que nous devons faire des équipements très simples et rapides. Il me montre les croix qu'il a fait là où il faut mettre les ancrages des cordes. Je répond donc que tout va bien, que je vais mettre en place la moitié des cordes du coté de l'hélico pendant qu'il attaque à mettre les autres.

Nous commençons à peine que nous entendons venir les "HO ho HO ho..." de la première équipe. Nous les faisons attendre quelques minutes et plaçons une tyrolienne remontante de 30 m de long et 7 m de dénivelé environ, elle évite de traverser une coulée de terre déversante et instable. C'est un peu raide, mais il y a des bras pour tirer la corde. Pour éviter toute mauvaise surprise, il faut sangler les poulies de façon qu'elles soient solidaires du corps et ne puissent pas glisser. Il est donc impossible d'oublier que c'est le corps d'un homme ou d'une femme que recouvre ce sac plastique. Il me semble même pouvoir les reconnaître à la posture dans laquelle la mort les a figé. Les sacs ne sont pas bien étanches et une forte odeur de formol d'en échappe.
J'ai travaillé trop vite et le départ de la tyro est un peu trop haut. Cette erreur rendra pénible le passage des 14 corps restant à transporter, mais je n'ai pas le temps de la corriger. Nous faisons passer le premier passager et passons de suite à l'obstacle suivant. C'est Yu, qui a observé et compris l'opération, qui la répétera jusqu'au dernier. A ce stade des préparatifs, j'ai la confirmation que pas grand monde n'arrive à être opérationnel. Le pire étant que les sacs de matériel se déplacent sans attendre aucune instruction de ma part, et que j'ai l'impression que tout le monde est endormi. Les deux premiers corps sont vite arrivé au bord de la seconde tyrolienne, ce qui ne facilite pas son installation. Mais comme Sunkening a a percé trois points d'ancrage d'arrivée et que Hanfeng ne reste jamais inactif, on s'en sort plutôt bien et plaçons une corde longue de 50 m, descendant d'une bonne dizaine de mètres et passant au-dessus d'un grand vide. Le premier corps est stoppé à 10 m de l'arrivée par des branches d'arbre. Quelques secousses sur la corde suffisent à régler ce problème. Les soldats demandés pour couper les branches ne sont pas là. Heureusement, Parmi les objets dont nous disposons, il y a un coutelas Thaï bien lourd et pas trop mal affûté. Il permet en se déplaçant sur la tyrolienne de faire le ménage, le tout étant de ne précipiter en jouant de la machette sur corde tendue. Au second passage, Hanfeng laisse tomber une poulie dans le vide. Voilà, nous n'avons plus de poulie.

Nous arrivons au troisième obstacle, un petit pas d'escalade où Wangdayong a déjà installé une corde de 15 m, hélas bien trop collée à la roche sur toute sa longueur et parfaitement inutilisable. Les brancardiers passent cet obstacle assis facilement en s'aidant de la corde de progression et en utilisant leur propre technique bien adaptée pour les descentes : au tronc porteur est attaché une corde de retenue qui, saisie par quelques gaillards, permet de contrôler la descente du brancard; les deux brancardiers porteurs dans cette manoeuvre se tiennent principalement à leur charge. Un autre brancardier vient s'opposer au premier, tel un pilier de rugby face à l'équipe adverse et marche à reculons les pieds guidés par un camarade. Ca n'est pas à de telles personnes qu'on apprendra à manipuler un brancard ! Ce ressaut ne présentant pas de risque majeur, nous le laissons ainsi. J'entend Hanfeng me dire que le problème, c'est qu'on n'est pas assez nombreux. Je craque et lui répond en rigolant qu'effectivement, un troisième ne serait pas de trop. Mais ce trait d'humour est injuste, car derrière nous, Les camarades font fonctionner ce que nous avons mis en place. Nous n'équipons pas le quatrième obstacle : un enchaînement d'une petite descente et d'une petite escalade, un peu pénible, mais sans grand danger.

Au cinquième obstacle, Wangdayong a percé six trous dans la roche pour ancrer la corde. Il commence à me dire que peut-être nous finirons demain... mais il est à peine midi ! J'ai l'impression qu'il dort debout. Il veut faire partir la tyrolienne à flanc de bosquet. Même en coupant les 4 ou 5 arbustes qui gênent, ça ne serait pas pratique du tout. J'utilise trois de ses amarrages par politesse pour une main-courante partant de l'autre coté, vers un bel arbre idéalement placé. Sunkening m'a rejoint. je part en rappel et remonte en face le ressaut de 10 m. Un autre arbre idéalement placé permet un placement idéal de la corde. Cette tyrolienne, de 60 m de long et remontant de 5 m, règle la question de l'obstacle de loin le plus technique et dangereux de la série : l'en enchaînement d'une désescalade dans des arbustes, d'une vire terreuse posée sur on ne sait quoi, d'une arête rocheuse branlante et d'une monté de 10 m en se tirant à bras sur la corde, le tout encadré d'un grand vide à droite et à gauche. Nous nous mettons vite en route pour l'obstacle suivant : un grand ravin.

A cet endroit, l'arrête est très large. La végétation de type taillis sous futaie laisse à la fois tous les choix techniques et contient tous les poisons pour leur mise en en oeuvre. Mais la question est vite réglée : la brume a repris possession du territoire, et nous ne voyons plus que le versant où nous nous trouvons. Heureusement, Sunkening, lors du repérage, avait dégagé les pourtours d'un arbre bien placé. Nous y plaçons donc la corde et je pars dans le brouillard. Le versant du ravin est très raide, mais il n'y a pas de vrai falaise à cet endroit. la difficulté est de passer tout droit jusqu'au point d'ancrage en face et sans faire le tour des arbres. Je descend en rappel de 30 m et remonte de 50 en réfléchissant à chaque arbre comment le contourner tout en prenant sa ramure en compte. Je finit par retrouver l'endroit prévu pour l'autre ancrage, un arbre énorme au sommet de la butte. Il m'est impossible d'apercevoir Sunkening. Je l'appelle, et à la position de sa voix j'estime être arrivé à un tracé plausible. Bien entendu, la mise en tension pose quelques problèmes, des branches accrochant la corde en divers points; mais à coup de coutelas, nous finissons par libérer la corde et la tendre comme toutes les autres avec un poulie-bloquer (sans la poulie) et un noeud italien. Il reste à passer la corde de traction et la corde de rappel. Je pars donc sur ce fin pont tendu dans la brume. Il fait plus de 100 m. En son milieu, le brouillard est suffisamment dense pour qu'on ne voit aucune des extrémités de la corde. Comment suis-je arrivé ici ? La traversée est très lente à cause des frottements. Sur la fin, je me fait lancer une corde et hâler par les amis. Une fois les longueurs de cordes réglées, en utilisant de la simple drisse de basse qualité pou la corde de rappel, nous constatons qu'il ne reste pas assez de corde pour le dernier obstacle. C'est un peu dommage car c'était un ravin encore plus grand et profond, nous aurions économiser beaucoup d'efforts aux brancardiers. D'un autre coté, la brume rendait son installation hasardeuse, voir risquée car il fallait contourner des arbres en bord de falaise du coté du vide.

C'est donc sans remords que je m'installe et regarde passer un par un ces passagers traversant ce Styx de nuages. On dirait qu'ils arrivent de nulle part. Les bras ne manquent pas pour tirer. Beaucoup de soldats portent la combinaison de protection blanche, ce qui leur donne un peu des allures de fantômes. je fais une tentative d'optimisation en faisant un renvoi sur un arbre, mais sans poulie, on ne gagne aucun effort et ça complique inutilement la manoeuvre d'arrivée. A 16h35, le dernier corps franchit la tyrolienne. La brume s'est levée un peu. Un soldat tombe et roule sur le chemin, il est blessé. Après quelques minutes de grande inquiétude, on voit qu'il peut marcher, il semble avoir une épaule cassée. Las cordes sont désinstallées dans la foulée et chargées dans les sacs des militaires. Sunkening et Xiewei se sont débattu comme ils pouvaient avec leur genoux très douloureux et une grosse migraine pour Xiewei. Laohu n'a pas eu de chance, un problème de verres de contact, il n'y voyait rien et ne pouvait pas faire grand chose. Qianzhi, Jiubu et Shuangdao sont arrivés un peu après la bataille, avec les poulies achetées dans un magasin de bricolage, Yujianguo s'est collé dès le début sur un poste très dur physiquement et humainement, il fallait quasiment se glisser sous les corps pour les arrimer sur les poulies. Haigui, je suppose, a de même assuré toutes les mises en place sur la seconde tyrolienne, et Wangdayong de même sur la quatrième. Je ne sais pas vraiment comment se sont occupé Wanglugan, Lichen et Dazui, mais finalement, même si quand il fallait s'activer à la mise en place des agrès il n'y avait guère que Hanfeng et Sunkening pour m'épauler, il fallait bien tout ce monde pour réussir.

Pour savoir qu'on a réussi, il suffit de se souvenir la veille à quelle heure et dans quel état sont arrivés les quatre premières équipe de brancardiers qui n'ont pas bénéficié de cette aide. Nous sommes presque au même endroit, il fait encore grand jour et les 14 équipes sont passées et ne présentent pas encore de signe de fatigue. Ces 5 tyroliennes tendues à 2800 m d'altitude n'ont donc pas été un vain geste technique. Et heureusement, car il leur reste du chemin ! Il faut descendre jusque dans la vallée maintenant. Etant habillé de 100% armée chinoise, je me paye le plaisir de faire cette descente en me mêlant aux troupes. Certains suivent gentiment la file, d'autre doublent allègrement tout de qu'ils peuvent. Je suis deux de ceux-là. Il se font parfois sévèrement rabrouer par un gradé, sourient un peu, puis à la première occasion profitent d'un accident de terrain pour distancer le fâcheux. Marchant ainsi, nous rattrapons une à une les équipes de brancardiers. Nous limitons aussi notre temps de marche nocturne. Rare sont ceux qui disposent d'une lampe dans leur paquetage de soldat. Beaucoup s'éclairent au téléphone portable, laissant même la musique en marche pour égayer la nuit.

En bas, le protocole de désinfection est répété. Une grande tente a été montée pour que nous puissions nous reposer à notre arrivée le temps que nous nous soyons tous là. Nous partons alors à la douche avec chacun des vêtements propre, cette-fois, il a même l'écusson de l'armée de terre sur la manche. On nous offre un repas, puis nous dormons sur place. Il pleut toute la nuit et la journée du 14... On a bien fait de ne pas traîner !

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Epilogue

Message  Admin le Mer 2 Juil - 17:54

Le 14, nous repartons pour Chengdu. Je passe les détails des discussions interminables, banquets de toutes sortes , restitution de matériel, débriefing incomplet etc.
Comme promis, on me donne deux cartes compact-flash en échange de celles qu'on m'a prises. Soit 2 x 1 Go au lieu de une 256 et une 123 Mo. Et comme il faut trouver une solution pour me donner mes photos, on me donne directement une clef USB de 5 Go. Mes photos sont toutes là. il y en a même quelques unes de plus prises par l'Iphone du gars qui s'occupait de ça. L'armée nous fait gentiment trois cadeaux : une tente 4 place (lourde comme un âne mort), un poste de radio à manivelle et capteur solaire et une douche solaire.

Notre opération est une réussite. Mais c'est une des rares bonnes choses que l'on puisse en dire. A tous les niveaux, cet embryon de Spéléo-Secours Chinois doit se développer, se former, grandir, mûrir... Il y a du pain sur la planche !



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Message  Admin le Jeu 3 Juil - 11:45






































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Message  Admin le Jeu 3 Juil - 12:19











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Message  Admin le Jeu 3 Juil - 12:24












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Message  Admin le Jeu 3 Juil - 12:51






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Photos du 11 juin

Message  Admin le Jeu 3 Juil - 14:29










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4/2/2009, sur la route de Kalonggou

Message  Admin le Lun 9 Fév - 12:24

Sur la route de Kalonggou, nous avons traversé à nouveau Yingxiu.
La route est maintenant parfaitement dégagée, les tunnels accessibles et les ponts détruits remplacés par des ponts provisoires. Les flancs des montagnes nécessitent la surveillance constante d'agents de circulation prêt à stopper la circulation à tout éboulement, et il y en a.
Les préfabriqués sont maintenant l'habitat permanent de toute une population.
A Wenchuan, les réserves de bois sont abondantes, je crois que personne n'aura à souffire du froid cet hivers qui d'autre part est plus clément que le précédent.








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Médaille

Message  Admin le Lun 9 Fév - 12:27

Sunkening m'a transmis la médaille offerte aux cinq personnes dont l'action a permis de retrouver l'hélicoptère de Yingxiu. La voici.





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Re: Epicentre... Le sauvetage de l'hélicoptère de Yingxiu

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