Portrait d'une jeune chinoise

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Portrait d'une jeune chinoise

Message  Admin le Ven 13 Nov - 14:08

Pour changer un peu des histoires de cordes et de grottes, voici un portrait.

Le portrait d'une jeune chinoise de 25 ans au travers de quelques bribes de son histoire.
Tous les parcours sont singuliers, ce qui suit s'annonce donc à la fois totalement banal et unique.
Je vais la nommer de son nom anglais : Alice. Presque tous les chinois choisissent ou se font attribuer un nom anglais au cours de leurs études.
Quand j'ai rencontré Alice pour la première fois, elle avait à peu près la fonction et l'activité d'une pièce de musée. Tout petit guide dans l'immense salle naturelle de Chuanlongyan (42 000 m2 avec un plafond à 40 m de haut), elle passait en effet des journées particulièrement ennuyeuses à cause de l'absence de visiteurs. Dans une pièce qui ne verra jamais le soleil, en compagnie d'un préposé à l'entretient dont elle se demandais souvent s'il n'était pas muet, elle lisait et relisait les "histoires d'amour des autres" dans des romans et revues à l'eau de rose.
Et lorsque exceptionnellement il y avait des visiteurs, ils portaient à peu près la même attention à son discours qu'aux photos et minéraux exposés.

Pourtant, Alice est un guide bilingue, et même trilingue. En effet, bien que personne ne s'en étaient rendu compte au bureau du tourisme qui l'emploie, son anglais est très largement au-dessus de la moyenne des guides supposés êtres anglophones dans les différents sites touristiques chinois que j'ai eu l'occasion de visiter. Un bon prof d'anglais arriverait sans doute à chipoter sur son vocabulaire mais sa prononciation est parfaitement compréhensible. Alice communique en anglais à 120% de ses compétence, c'est à dire qu'elle fera comprendre ce qu'elle veut faire comprendre même si les mots lui manquent. Et cela sans effort.
Sa troisième langue, c'est sa langue maternelle. Elle est de la minorité ethnique Zhuang. Les Zhuang dans le Guangxi sont l'ethnie majoritaire et la seconde minorité de Chine. Le Zhuang ne s'écrit pas en idéogrammes et sa sonorité est proche du vietnamien. C'est à dire bien plus facile à prononcer que le mandarin. Comme partout où je me suis rendu en Chine, les habitants de Fengshan utilisent leur dialecte local dans la vie de tout les jours, mais utilisent la langue officielle dans toutes les démarches administratives, à l'école et dans les relation de travail.

Alice se qualifie de paresseuse, réfractaire à l'effort. Ses seules passion sont dormir et dormir.
Il faut dire que Fengshan est une toute petite ville dont on a vite fait le tour à pieds. Pour passer une semaine, c'est parfait. Mais pour une vie, on peut comprendre que ça lasse les jeunes. La principale activité, la plus populaire, consiste quand le temps est doux d'aller marcher un peu sur les berges de la rivière Qiaoyinhe. Tout le monde le fait. Du leader à la marchande de pommes, chacun un jour ou l'autre vient arpenter ces pavés et utiliser les appareils de gymnastique qui s'alternent avec les arbres. Les femmes les plus âgées souvent viennent en groupe pratiquer les joutes de chants, selon une coutume qui a cours dans presque tous les groupes ethniques du sud de la Chine. Le principe de ces chants est un dialogue chanté à peu près improvisé dans un registre traditionnel, un groupe d'homme répondant à un groupe de femme. Mais à Fengshan, les hommes ne participent pas trop à des chants. Bien qu'elle ait entendu tous ces chants étant petite, Alice dit les avoir tous oublié en dehors de la mélodie d'introduction qui est toujours la même.
L'autre activité de Fengshan, ce sont les danses. Pratiquement tous les soir, sur les deux places, des femmes s'entraînent à danser, soit des danses collectives, soient des danses de couple. Là encore, les hommes sont rares. Que font-ils à cette heure ? Ils doivent pratiquer l'une des activités maîtresse en Chine qui consiste à boire de la bière ou plutôt rester chez soi à regarder la télé.
Alice, dans tout ça, est trop jeune pour les danses et les chants, marcher pour marcher ne l'intéresse guère non plus, c'est contraire à son goût pour la paresse. Marcher doit avoir un but. Alors il y a le shopping. Le "window shopping". C'est un exercice à la fois physique et moral. Parcourir toutes les vitrines et résister à l'envie d'acheter. Car même si les prix sont abordables, pour un salaire de 700 yuans (70€) par mois, résister est une nécessité.

Pourtant, parfois, elle craque. Alors passé le plaisir de l'achat, elle se dit que peut-être elle a eu tord, se fâche de n'avoir pas pu négocier un rabais suffisant. Un bon achat implique un bon rabais. Sa technique s'appuie sur ce qu'elle dit avoir appris à l'école : "rien ne s'obtient sans verser de larme". Il s'agit donc d'apitoyer un peu le marchand pour qu'il fasse un bon prix. C'est un jeux. Le marchand ne va bien entendu pas craquer par pitié, mais par plaisir et respect de la tradition de négociation. Car chacun a son truc et celui d'Alice est plutôt sympa car il n'est pas basé sur un rapport de force mais plutôt un rapport de connivence. La technique classique consisterait plutôt à dire "c'est trop cher je vais voir ailleurs".
Mais parfois, c'est le marchand qui gagne. Alors l'argent dépensé est partit trop vite. Il manquera pour autre chose. Pour surmonter ce problème, elle a une solution : dormir. C'est sa réponse à tous ses soucis. Si quelque chose ne va pas, petit soucis, grand malheur, dormir chez elle répare tout. Il lui est arrivé de rester plusieurs jours sans se lever.

Mais son travail au musée n'est pas l'idéal pour cela. Car bien que les journées consistaient à attendre des visiteurs qui ne viennent jamais, il faut tout de même être là de 8 h à 12 h et de 14 h à 18 h, tous les jours sauf le jeudi, sans vacance ni jours fériés. En outre, il n'y a pas moyen de dormir au musée. Attendre toute la journée à bouquiner, rentrer regarder la télé, prendre le risque d'une sortie de window-shopping, chatter sur QQ et dormir. C'est sa vie et "that"s OK". (QQ, c'est sans doute le système de messagerie électronique le plus utilisé au monde, utilisant le net et les réseaux de téléphone mobile chinois).

En fait, ce n'est pas tout à fait suffisant. Alice a aussi travaillé à Shenzhen. Dans une entreprise de miroiterie. Elle sait tout ce qu'il y avait à savoir sur les différentes qualités des vitres. Elle a fait d'autres boulot à Shenzhen et serait bien resté là-bas. Là-bas, sa vie était à peu près la même, mais le travail était plus intéressant et aussi rapportait plus. Mais le window-shopping posait à peu près les même problèmes et les longues nuits étaient aussi là pour tout réparer, surtout lors les périodes de chômage. Elle partageait une chambre avec une amie, encore plus paresseuse qu'elle, mais grâce à qui elle s'est mise à faire la cuisine et apprendre des recettes.
Mais voilà, ses parents tiennent beaucoup à elle et pensent qu'elle n''est pas faite pour travailler dans le privé. Ils l'ont donc poussé à revenir au pays.

Alice n'est pas née à Fengshan même mais dans un petit hameau à une bonne heure de route. C'est une fille de la campagne, elle a une ouïe infaillible pour faire la différence entre le bruit d'un ruisseau et le vent dans les bambous et les buffles sont ses anciens compagnons de jeux. Lorsqu'elle sortait de l'école, elle passait souvent quelques heures à pêcher, pour le bonheur de ramener un bon poisson à déguster. Comme beaucoup de paysans, elle n'a pratiquement peur de rien et grimpe mieux qu'un chat.

Je me suis rendu chez ses parents, sa mère revenait des champs, pieds nus pour ne pas gaspiller les chaussures dans la boue des rizières. J'ai partagé le porridge du soir, agrémenté de quelques herbes, quelques noix et châtaignes, abondantes dans le forêt derrière la maison, ont complété le tout. Le père d'Alice prétend qu'il est plus sain de dormir dans une maison en bois. Je crois que la vérité est un peu différente, le premier niveau de la maison est en moellons brut, pour cuisiner, manger et élever des vers à soie. Le second niveau est en bois vaguement palissé. L'ensemble fait plutôt penser à de vraies difficultés pour payer les matériaux nécessaires à la fin des travaux.

Alice a un grand frère. il vit à Shenzhen et dit sans arrêt qu'il va bientôt revenir à Fengshan, mais il ne revient jamais. Il a un bon travail, dans l'électronique. Elle aimerait gagner plus d'argent pour pouvoir en donner à ses parents et aussi rembourser la banque à qui elle a du emprunter 7000 yuans pour aller au collège à Hechi, une ville située à 4 heures de route.
Son oncle, son cousin, tout son entourage veut qu'elle soit professeur ou fonctionnaire car ils pensent que c'est un métier sûr, facile, même si ça gagne peu d'argent ils seraient soulagés de savoir son avenir assuré et qu'elle n'ait pas à travailler trop péniblement. Ca ne leur plaît pas de la savoir chercher fortune à Shenzhen ou ailleurs. Ce sont eux qui lui ont trouvé ce travail au musée; ils pensent qu'elle est de constitution trop fragile pour une autre situation.

Ils l'ont inscrite à un concours pour monter les échelons dans la fonction publique, voire devenir professeur. Il lui reste une semaine pour réviser. Il y a des math, de l'anglais, des procédures administratives et un très épais livre racontant la vie de Mao. Il s'agit bien d'un concours et non d'un examen. Il n'est donc pas suffisant d'être bon, il faut être meilleur que les autres. Il y a 200 candidats pour 5 postes principaux et peut-être d'autres postes. Le principe, selon elle, est simple. Si elle est première ou seconde, elle aura un poste. Sinon, il y a de gros risques que d'autres candidats moins bons mais ayant de meilleures relations ou plus de moyens lui grille la place. Le bureau du tourisme lui a accordé un congé pour pouvoir se consacrer à ses révisions. Elle a calculé qu'il lui faut maintenant assimiler 35 pages par jour, mais c'est plus la pression de sa famille que sa propre motivation qui la pousse car ça ne l'intéresse pas du tout de travailler en tant que professeur ou pour le gouvernement. Elle n'aime pas cette ambiance où manger et boire avec les collègues semble être une nécessité. pourtant, elle a décidé de se bouger pour décrocher la timbale. Les meilleurs postent pourraient doubler son salaire, rembourser son emprunt deviendrait facile et elle pourrait plus souvent franchir les vitrines.

Elle a déjà donné des cours d'anglais pour compléter son salaire, mais déplore des élèves peu travailleurs et pas bien intelligents. Il faut dire aussi qu'avec son physique de souris, 1m40 38 kg, imposer son autorité a des ados bien nourris n'est pas très facile. La souris, c'est son animal favori. Elle les connais bien pour avoir passé son enfance avec. Elle n'aime donc pas les chats ni les chiens qui les attrapent et les tuent. Elle se souvient avoir tué son chien, quand elle avait 7 ans. Sa mère l'avait réveillé trop tôt, elle était de très mauvaise humeur et le chien était couché en haut des escaliers de bois, sur son passage. Un grand coup de pied l'a fait voler en bas, et il est mort. Elle n'en a pas éprouvé de tristesse, ce n'était qu'un chien. Juste un peu d'inquiétude de se faire gronder. Mais ses parents ne l'ont pas grondé.
La tristesse pour Alice est une perte de temps. Pourquoi pleurer ? Une chose passée est passée. Dormir suffit.

Alice a une mémoire assez surprenante. Elle connaît pratiquement toutes les plaques d'immatriculations des voitures de Fengshan. Je l'ai vu aussi choisir un numéro de téléphone dans une liste qui en contenait 200, son temps de réponse est instantané si on change les critères de choix (pour ma part, ma seule méthode devant un tel tas de numéro est de fermer les yeux et de taper au hasard). Elle a aussi un sens de l'orientation surprenant, une rapidité d'assimilation de nouvelles notions bluffante... D'un autre coté, elle dit avoir de gros problèmes pour se souvenir d'un visage et reconnaît souvent les personnes au numéro de la plaque de la voiture qui les amène.
Ses goûts sont en harmonie avec cette forme de mémoire : Elle aime les pylônes de haute tension, certaines formes d'autocars, les bâtiments techniques comme une tour de vanne de captage hydroélectrique, un vieux camion...

Ses parents ont toujours été très bons avec elle. Et ce depuis le début de sa vie qui aurait pu être très courte. Qui aurait même dû, au dire des docteurs. Cela a commencé par une maladie cardiaque, puis des gros problèmes digestifs incessants. Elle pense avoir passé tellement de temps à l'hôpital, nourrie par perfusion, que c'est pour ça que sa croissance n'a pas pu être complète. Personne ne comprend bien comment elle a pu être si souvent première de sa classe en ratant si souvent les cours. Sa meilleure amie à Fengshan, Nancy, professeur d'anglais, confirme cette injustice. Alors qu'elle travaillait sans cesse, elle n'a jamais peu avoir les mêmes résultats qu'Alice qui ne faisait que dormir ou bouquiner.

Maintenant qu'elle a 25 ans, elle sait que les docteurs ne lui donnait pas 18 ans d'espérance de vie. Sa mère ne lui a révélé ce secret que très récemment. Entre deux séjours à l'hôpital, sa mère la soignait par la médecine traditionnelle et locale, aux limites de la magie et de la superstition. Son entourage vient maintenant souvent la consulter.
Mais depuis ses 18 ans, la santé d'Alice ne fait que s'améliorer, elle n'a plus besoin d'aller à l'hôpital ni de boire, mâcher ou respirer telle ou telle plante. Seule sa vue s'est fortement dégradée, à trop lire en faible lumière avec le nez collé aux pages. Trop coquette pour les lunettes, elle met des verres de contact sans lesquelles elle serait incapable de voir plus que des vagues formes floues.

Alice maintenant veut vivre sa vie. Elle ne demande pas grand chose. Pouvoir dormir et regarder les vitrines sont ses besoin. Trouver un bon travail, un bon maris et "inventer" un bon bébé sont ses ambitions. Son boy-friend est à Hechi, Il lui demande souvent quand ils pourraient se marier, quand il ne l'appelle à n'importe quelle heure pour lui dire des compliments comme "tu es trop petite, tu as un gros nez et ta dernière coiffure est à vomir". Ils ont entrepris les premières étapes où chacun a été invité dans la famille de l'autre, mais les parents ne sont pas très chauds. Ils sont inquiets de les voir partir vers un avenir mal assuré. En effet ce jeune homme n'est pas bien riche et vit de petits boulots. Pour Alice, ce n'est vraiment pas grave. Tant pis pour Shenzhen. Elle est sûr qu'ils sauraient se débrouiller. Un vie simple, c'est bon, ça suffit. Les vitrines de l'extérieur seulement, elle est prête à s'en contenter. Elle aime son boy-friend et c'est ce qui compte. Pourtant, elle hésite.

Les mises en gardes de ses parents sur les questions matérielles ne pèsent objectivement pas lourds, elle s'en rend bien compte car eux-mêmes ont une vie des plus simples et ils ne leur vient jamais à l'idée de regretter de ne pas avoir épousé un ou une autre de condition plus aisée. Non, son hésitation est toute rationnelle. Elle a vu son précédent boyfriend se marier et avoir un enfant tout en continuant à lui téléphoner sans arrêt pour la rencontrer. Alors celui-ci est-il vraiment meilleur ? Un suivant ne serait-il pas mieux ? Le mariage pour elle, c'est la robe de mariée, être la reine d'un jour. C'est aussi un engagement sans appel. Pas question de se tromper.

Voilà, vous savez tout ce que je sais de la vie d'Alice telle qu'elle me l'a confié lors de long trajets en voiture pour Hechi ou Bama où elle m'a accompagné pour m'aider dans certaines démarches. Son musée étant en réfection et le bureau du tourisme ayant appris avec étonnement qu'ils avaient un guide bilingue (pardon, trilingue), elle a été affectée à des tâches de traductions qui abondent dans le projet de hisser le géopark de Fengshan à un niveau international. Mais pour le moment, elle est en congé pour révision. Le concours qu'elle prépare n'a rien a voir avec son emploi actuel et sa hiérarchie ne savait même pas qu'elle était inscrite. Mais son cousin a téléphoné à son chef pour l'avertir, et celui-ci a accepté de lui laisser une semaine de vacances pour lui donner ses chances.

Ce concours, c'est le 14 novembre, c'est demain...

Un petit guide dans un grand musée







Bien dressée sur les talons... le plafond reste haut


Le fantôme du musée


La seule personne que je connaisse en Chine qui insiste pour être en photo à coté d'un vieux camion de chantier


Aimer les camions rouillés n'empêche apparemment pas la coquetterie



Dernière édition par Admin le Mer 10 Fév - 20:01, édité 1 fois

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Re: Portrait d'une jeune chinoise

Message  mystheria le Mar 17 Nov - 1:06

Je n'ai que lu que très rapidement, mais les paragraphes que j'ai lu m'ont touchés.
De un, tu racontes super bien ! De deux, son histoire est intéressante et bien remplie.
Bonne chance à elle !
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Suite de l'histoire d'Alice

Message  Admin le Mer 10 Fév - 19:37

Voici la suite de cette histoire, ordinaire et extraordinaire.

Pendant le mois qui a suivit le fameux concours, il n'était pas question d'obtenir une parcelle d'information sur ce sujet. Puis le résultat est tombé. Sur les 270 postulant pour un poste d'enseignant, les 12 premiers ont été retenu pour une second test dont seul les 5 premiers sont retenus. Alice était septième.

Septième sur 270, cela aurait bien mérité quelques félicitations, trouvez-vous ? Non, pas le moins du monde. Au contraire, il lui a été reproché de n'avoir pas pris l'affaire avec sérieux. Il faut en conclure que sa famille est décidément bien exigeante, mais aussi qu'elle la connaît bien, en effet, c'est sans réelle motivation qu'elle s'est présenté à ce concours dont la principale qualité selon elle est qu'il se tenais à Hechi et qu'elle a ainsi eu l'occasion de passer deux jours complets chez son boyfriend, qui est représente lui un enjeux vital.

De ce coté, elle a tenté de faire évoluer les choses en le faisant inviter chez son oncle, qui en a dit le plus grand bien, mais qui est ensuite allé dire à son père que ce n'était pas le meilleur parti. Ses parents en ont rajouté, disant qu'ils ne sont pas bien riche et qu'ils ne pourraient, en cas d'éventuel mariage, lui offrir qu'une couette ou un lit. Un jour qu'il avait bu un peu de vin, son père a tout de même lâché qu'il n'était pas opposé à ce mariage, mais qu'il lui demandait d'abord de réussir ce concours.
Alice est malheureusement trop lucide pour avoir beaucoup espéré de l'ouverture que pouvaient représenter ces mots. Elle a tout de même acheté un livre pour réviser son point faible et s'est fait prêté un manuel scolaire par une amie professeur d'anglais.

Le temps a joué en sa défaveur. En effet, le bureau des forêts avait cette année accumulé un retard dramatique dans l'accomplissement de tâches d'attribution des parcelles. Ce retard a valu la déchéance du leader qui en avait la responsabilité, Miss Yao, une ancienne speakerine dont la reconversion n'aura pas été des plus heureuse et qui est désormais reléguée à un poste sans responsabilité. Toujours est-il qu'il a fallu rattraper le retard en bloquant quinze jours durant une salle avec une cinquantaines d'ordinateurs et de volontaires. Alice faisait partie de cette catégorie de "volontaires" désignés par le bureau du tourisme. Les journées de saisie débutaiennt tôt, avec des pauses très courtes et se prolongeaient tard dans la nuit. La date de l'examen approchait.
Prétextant une absolue nécessité sur un autre projet, j'ai réussi à l'arracher quelques jours à cette corvée, mais à la fin, le chef du bureau des forêt réclamait particulièrement sa présence puisque, pour son malheur, elle travaillait plus vite et mieux que la plupart des autres "volontaires".

La veille du concours était pour Alice une journée de doutes totalement contradictoires. En effet, réussir le concours lui apporterait certes une meilleur situation, mais l'obligerait à travailler dans une école loin de son boyfriend pendant des années. Mais la honte d'un échec lui semblait une éventualité tout aussi insupportable.
A tel point qu'elle est allé jusqu'à envisager de chercher à acheter les questions du concours. L'an dernier, certains avaient pu se les procurer moyennant 50 000 yuans. Son père était prêt à trouver cette somme pour cet usage. Mais je lui ai fortement déconseillé, car tricher à un concours pouvait être pire que d'échouer. C'est tout de même un choix terrible car il suffirait que 5 personnes trichent pour éliminer les 7 autres quelques soient leurs efforts... Et apparemment, la pratique serait courante.

C'est donc sans tricher d'aucune façon qu'Alice s'est offerte la seconde place, l'assurant d'obtenir un des 5 postes d'enseignants en anglais dans un des collèges de Fengshan. Comme elle s'en doutait, le discours paternel a peu changé pour autant. Avant, c'était "votre situation ne serait pas assez bonne car vous n'avez pas de bon travail", maintenant, c'est "tu ferais mieux de trouver quelqu'un qui a une situation au moins aussi bonne que la tienne". Mais il n'est pas d'usage en Chine de se rebeller, Alice reçoit le discours sans broncher, mais continue sa voie. Elle pourrait bien entendu se marier sans rien demander à personne, elle en a le droit et les parents de son boyfriend semblent assez ouverts pour accepter cette situation. Mais elle ne veut pas infliger une telle situation à sa propre famille, même si elle ne se rend guère chez ses père et mère que deux ou trois fois par an.

Au moment où j'écris, la préparation de la fête du printemps met tout Fengshan en ébullition.
Le boyfriend d'Alice est arrivé à Fengshan aujourd'hui pour passer le nouvel an avec elle chez cette belle-famille bien rétive à l'accepter.
Et il sait peut-être aussi déjà un autre secret, le résultat d'un autre test que sa fiancée a obtenu avant-hier...


Dernière édition par Admin le Mer 10 Fév - 20:15, édité 1 fois

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Message  Admin le Mer 10 Fév - 19:49

La maison de son enfance, en perpétuelle, mais lente, amélioration.



Le tracteur.


Une cousine, la tante, le père.


La porcherie, les jours de l'hôte sont comptés, notez le tuyau montant depuis le bassin en béton : il s'agit de la collecte du biogaz, installation très fréquente dans ces fermes.


La maison tout proche d'un cousin, lors de la pendaison de la crémaillère.


Une question de moins, un secret de plus...


Trouvaille d'Alice au fond d'un caniveau "je me demande où ils sont maintenant".


Le rêve d'Alice, partir enfin avec son boyfriend. Souhaitons-leur que ça roule !







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