Tremblement de terre en Chine

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Tremblement de terre en Chine

Message  Admin le Lun 12 Mai - 19:57

Guiyang 12 Mai 2008 14:32
Je travaille tranquillement.
L'immeuble bouge.
Je connais déjà cette sensation, je me sis que si c'est un tremblement de terre, il n'y a rien a faire.
Puis la vitrine a coté de moi vibre un peu, je trouve aussi que ça dure longtemps et que ça peut être un problème sur mon immeuble seulement.
Je vois aux reflets sur les vitres des immeubles en face que ça bouge aussi.
Je me lève pour aller chercher mon appareil photo (réflexe idiot).
Je sens comme si j'avais des vertiges quand je marche.
Je reviens à la fenêtre, les gens chez eux font comme si de rien n'était. Peut-être ne sentent-ils rien ?
J'entend vibrer la vitrine a nouveau.
J'hésite a mettre mon ordi dans mon sac et à quitter l'immeuble.
Puis je me dis qu'être dedans ou dessous un immeuble qui s'écroule, ça ne doit pas changer grand chose.
Puis ça se calme.
Puis je reprend tranquillement mon travail.
Il me semble que ça a duré plus d'une minute, avec des moments nettement sensibles et d'autre un peu comme dans un avion a l'approche de turbulences.


J'apprend ensuite par le web que l'épicentre se situe dans le Sichuan, au nord de Chengdu et qu'il y a eu de gros dégâts (7,8 sur l'échelle de Richter).
Alors je laisse ce post ici : tout va bien.


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Réplique

Message  Admin le Mar 13 Mai - 13:22

15h, je suis sur l'ordi depuis l'aube (ha la publication, c'est pas rien !).
Le téléphone sonne.
Qianzhi appelle. Il parle vite et en chinois. Je lui demande de passer sur MSN car j' crois comprendre mais veut être certain.
Il est question de prêter des poulies pour aller dans le Sichuan aider au secours sur le séisme.
L'équipe serait constituée de Shuangdao, Hanfeng, Qianzhi et Sunkening.
Je lui dit d'entrée que je dois les accompagner, ce qui lui pose un problème administratif évident et peut-être insoluble.
Mais il me confirme qu'ils entendent mettre la technique SRT (sigle rope technic) a disposition des secours... Et ils n'ont pas la moindre connaissance dans ce domaine.
Le départ est prévu à 19h. J'ai tout mon temps.

Je lance la cuisson du riz, histoire de ne pas partir ventre vide.
Personne ne peut avoir aucune idées des situations pour lesquelles il faut se préparer.
Je fais un aller-retour au bureau où est stocké le matériel et ramène ce dont j'ai besoin, ça laisse juste le temps au riz de cuire...
Je prend pas trop lourd, pour occuper les mains de 5 personnes.
- Cordes de 90, 54, 17, 20, 15 et 10m
- 4 poulies-bloqueur
- 1 poulie rescue
- 5 anneaux de sangle
- 3 ensembles poulie+skif+dyneema
- 1 grande dyneema
- Le perfo et ses 3 AQ, chargés + forêt de 8 + forêt de 12
- le tout dans deux kits et mon sac à dos
- quelques sangles pour faire un harnais d'évacuation
- mon matériel complet
- deux trousses à spit
- une boite de goujons et une demis-boite de spits.
- 20 amarrages sur vis
- 15 amarrages sans vis
- 2 kits-bags
- Toute la pharmacie de l'expéditions spéléo (quitte a tout donner au premier hôpital venu)
- ma tente, couchage, fringues etc...

J'ai même le temps pour la douche, répondre à un SMS "je ne viendrais peut-être pas à votre anniversaire jeudi"...
Il est 18h15
Je ne sais pas si je pourrais accompagner le matériel, ça me paraît indispensable, mais rien n'est certain...

Suite au prochain post...

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Départ à 20 h

Message  Admin le Mar 13 Mai - 13:35

Un coup d'oeil à la météo, il va pleuvoir.
J'avais déjà prévu les bottes (ces temps-ci, je n'utilisais plus que les "longue marche" paysannes pour la spéléo) et les gants. Je partirais en chaussures de montagne et j'ajoute un parapluie sur le coté du sac.
Le SMS me répond qu'il prévoit d'aller en renfort dans 8 semaines !
On parle de déjà 10000 morts.
Il faut faire vite.
...

Qianzhi me téléphone.
Me dit de préparer mon passeport...

Je suis content et inquiet.
S'il y a de vraies difficultés techniques, aucun d'entre eux ne parle vraiment anglais et il ignorent tout des sauvetages sur corde.
Je ferais ce que je pourrais.
Si on peu contribuer a sauver une seule personne, ça vaut la peine !

Je ne m'encombrerait pas d'un ordi.
Donc pas de nouvelle avant mon retour.
Je ne sais même pas si je prend mon appareil photo...

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secouriste sauveteur

Message  pascale le Mer 14 Mai - 23:53

bien du courage à vous cinq ; je souhaite que votre intervention rapide soit un gage de réussite (je ne doute pas de votre efficacité)

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La journée du 14 mai

Message  Admin le Dim 18 Mai - 22:10

De retour à Guiyang, voici le début du récit de ce que nous avons vu, fait, ressenti...
La suite demain peut-être, les photos encore après...
________________________
Le rendez-vous de départ s'est encore décalé à 22h, mais ce n'est qu'à 23 h que nous sommes vraiment en route, les problèmes d'approvisionnement en carburant étant chroniques, il a fallu faire venir le patron de la station d'essence, les écriteaux 中国洞穴救援 (secours spéléo chinois) sur la vitre arrière et sur le coin du pare-brise plus quelques papiers avec les bons tampons aident à être convaincants.

Nous sommes cinq, Qianzhi, Hanfeng,Jiubu, Songtao et moi-même, entassés dans une mini-camionette comportant 7 sièges mais les bagages en occupant deux et demis...

Jiubu prend le volant jusqu'aux environs de Chongqing, je le relaye pour une heure et demis puis Qianzhi jusqu'à l'aube. Les péages sont gratuits, moyennant une petite explication sur notre destination. A 9 h du matin, nous arrivons à Chengdu. Un homme au bord de l'autoroute nous fait signe de nous arrêter. Il a vu notre écriteau et nous indique la route (il est là pour ça). Dans Chengdu même, une voiture se met à notre hauteur, puis nous dit de le suivre, il nous conduit directement au centre de la Croix Rouge que nous atteignons à 9h30.

Il y a encore peu d'activité à cette heure, on nous questionne sur nos aptitudes. A la TV, j'ai un aperçu de la situation, avec notamment le cas de la ville de Wenchuan (汶川) isolée par la destruction de 100 km de route et une météo interdisant l'héliportage.
Moins d'une heure après notre arrivée, attente mise à profit pour aller manger un bol de nouilles dans la rue, on nous affecte a un centre Croix Rouge du conté de Anxian (安县), accessible par la route mais au bord de montagnes sévèrement sinistrées. C'est à 130 km au nord-est de Chengdu. On nous confie donc des badges et mini-veste pour nous identifier sur le terrain ainsi qu'une carte pour nous rendre à Anxian (安县). Lorsque nous partons, nous constatons que la fourmilière s'est réveillée.
Nous tournons tout de même encore 3 h dans Chengdu pour acheter notre autonomie en nourriture et eau, fabriquer une toile de transport et faire notre troisième plein d'essence (par anticipation). Le plus difficile a été pour l'eau. Nous avons fini par acheter deux bonbonnes vides que nous avons remplis à l'eau du robinet.
A part quelques tentes a des endroits insolites dans Chengdu, il n'y a pas de trace visible du tremblement de terre. Même sur les abords de l'autoroute, rien n''est bien évident. On voit quelques bâtisses partiellement effondrées, mais comme leurs abords sont déserts et leur mine un peu minable, on pourrait les croire à l'abandon.

A 15h30, nous passons le dernier péage (celui-ci est carrément levé pour tout véhicule), à partir de là, on voit des tentes et abris de toutes sortes dans les endroits les plus inhabituels. Les places sont toutes occupées. Les voitures allant dans la même direction que nous sont en générale chargées d'eau. Il y a presque tout le temps une sirène dans le fond sonore, les stations d'essences sont précédées de longues queues de motos et de piétons (pas de voiture ou de camion ou bus à la pompe). On croise un camion militaire, puis un camion de pompiers chargés de civils. Les quartiers de petits immeubles bien rangés ont les rues encombrées d'abris, plus personne ne semble rentrer dans les bâtiments qui portent presque tous une fissure récente. Lorsque la route passe dans les champs, on voit que l'activité agricole poursuit son cours, le riz est prêt à battre, pas question d'en laisser perdre. Le fléau n'arrête pas les fléaux. On voit bien quelques maisons effondrées, mais ce sont des constructions anciennes et de moindre qualité. A 15h45, nous arrivons à Anxian (安县). Le vaste parvis du siège du gouvernement sert de centre d'information, de refuge et des téléphones sans fil sont mis à disposition de la population. Le bâtiment gouvernemental, architecture imposante en arc de cercle, est franchement bien abîmé. Des pans de mur sont tombé et tous les joints de dilatation ont été décalés.

Nous reprenons bien vite la route, une voiture nous guide vers notre destination. Le grand bassin alluvial de Chengdu est baigné de soleil, mais peu à peu nous approchons des nuages orographiques. Nous croisons souvent des camions chargés de personnes et invariablement pouvons voir des bouteilles d'eau dans les chargements des véhicules allant dans la même direction que nous. Maintenant, toutes les maisons présentent une trace de destruction plus ou moins importante. Rien n'est intact. A la traversée d'un hameau, la voiture qui nous guide freine un peu sec et se fait tamponner. Habituellement, ce genre d'accident de circulation donne suite a des heures de palabres au milieu de la route quitte a créer un bouchon monumental. Là, quelques mots échangées et chacun reprend son chemin. On passe un convoi de camions-citerne, puis arrivons au pied des montagnes, dans une petite ville. Le centre de la Croix Rouge est installé sur un terrain de sport.

16h20 A peine débarqués, on nous confie des gants, un masque et une coiffe. Nous aidons au transports des victimes entre l'ambulance qui arrive et les tentes de soins, puis des tentes de soins aux ambulances qui repartent. Et ça n'arrête jamais. Le brancardage est boosté par un cadre de la Croix Rouge qui bouge tellement vite qu'on se demande parfois si on ne l'aiderait pas mieux en n'étant pas là. Mais quelques efforts de moins pour lui à chaque fois lui permettront sans doute de durer plus longtemps. Les personnes les plus âgées sont souvent portées à même le dos car le temps manque pour les installer dans un brancard.
Les docteurs et infirmiers, posément ou avec agitation, travaillent tous sans relâche. Les soins sont très rapides : points de suture, hématomes, luxations et fractures. Les blessés sont silencieux, affichent rarement de douleur et presque jamais de tristesse. Ce sont des hommes et femmes de tous âges.
Je donne a un docteur toute la pharmacie des expéditions spéléo PSCJA. J'espère que le nom des molécules médicamenteuses sont suffisamment universelles pour qu'ils en fasse bon usage.

Nous sommes pris à part par des gens qui veulent que nous nous rendions à Chaping (茶坪). C'est une petite ville de 2000 à 8000 habitants que le séisme a coupé du monde et dont on est sans nouvelle. Ils ont tous quelqu'un là-bas. Ils veulent savoir. C'est à 40 Km de route, mais les 20 derniers kilomètres sont impraticables.
A 19h20, après avoir remplis nos sacs de médicaments d'urgence, nous roulons donc en direction du parc de Qianfoshan. Le macadam présente une longue fissure au milieu de la voie. On peu voir les premières maisons détruites à plus de 50%. Nous quittons le bassin pour entrer dans une vallée qui devient vite encaissée. Je remarque tout ce suite que la rivière qui s'en écoule est intensément marron, alors qu'elle n'occupe pas tout son lit. La route a été ensevelie sous les roches, mais les travaux de dégagement permettent d'avancer encore quelques kilomètres avant d'être bloqués.
Là, on rencontre un cadre de la Croix Rouge venu voir les lieux. Il nous demande, si nous atteignons Chaping (茶坪), de prendre des photos et de lui dire combien de victimes sont là-bas.

Nous partons à pieds, mais faisons le constat que les travaux de déblaiement de la route auraient permis de rouler bien plus loin. Il est clair qu'il y a eu un travail fantastique de fait en un peu plus d'une journée. Les éboulements de pierres de rocher, de boue... tout a été repoussé ou contourné jusqu'à l'approche d'un tunnel. Un bloc gigantesque tombé d'on ne sait où a brisé le béton constituant la chaussée. Nous traversons des petits hameaux, je m'attendais à trouver du désespoir ou de la tristesse sur les visages. Il est impossible qu'ici quelqu'un ne soit pas en deuil. Presque toutes les maisons sont complètement détruites. Les tentes improvisées de bâches multicolores ont recrée un village à coté des ruines. Il est l'heure de manger, puis de se reposer. La journée a du être dure et ils apprécient le confort que constitue le simple fait de se coucher quand on est épuisé.
Nous croisons quelques personnes et les questionnons. On entend parler de passer dans l'eau, d'un niveau qui monte, de rochers qui s'éboulent, de ponts effondrés...

Après une heure de marche, la route se divise. On nous dit que la route de gauche, qui est la route principale, est dangereuse, mais que l'autre est beaucoup plus longue, des personnes seraient revenues de Chaping (茶坪) par là en 9 h en portant un blessé. J'ai envie de poursuivre sur l'itinéraire le plus court, l'autre étant manifestement trop long, surtout que notre allure n'est pas fantastique et que j'ai vu très souvent des chinois marcher très vite en portant de très lourdes charges. Je suis avec Hanfeng j'ai du mal à comprendre le chinois, et aussi du mal avec son anglais. La discussion dure un peu, Qianzhi, Shuangdao et Jiubu nous rejoignent, ce qui ne m'éclaircit pas forcément beaucoup les idées sur la situation. On nous propose de nous asseoir pour discuter... je dis à Hanfeng que si on s'assoit, on fera demis-tour. C'est ce qui s'est passé. On nous a expliqué que la route principale est beaucoup trop dangereuse, il se dit que 5 à 10 personnes seraient mortes dans la journée ou hier pour avoir tenté de l'utiliser. Au final, Qianzhi me dit que demain matin à 4 heures l'armée passe ici pour aller à Chaping (茶坪) et que l'on nous demande de laisser les médicaments ici pour qu'ils les prennent. En fait, je connais bien le ton qu'il a employé, c'est une façon polie de dire "n'insiste pas, nous n'irons pas plus loin". Et il a parfaitement raison. Il est 21h, il fait nuit et nous n'avons presque pas dormis la veille !

En rebroussant chemin, nous rencontrons une personne arrivant de Chaping (茶坪) par la route dangereuse. Les nouvelles sont mauvaises, il demande de faire passer le message qu'il manque de médicaments contre la grippe et la diarrhée.
Marchant plus vite avec Hanfeng, je prend la clef à Jiubu, ce qui permet de gagner du temps en avançant notre véhicule. D'autant plus qu'une moto passant par là me transporte pour un bon bout de chemin. Sur la route, nous croisons l'armée de la province du Shanxi. En bus civils et camions militaires. Une trentaine de véhicules.

De retour au camps Croix Rouge, on installe nos tentes dans un coin. Seul le camps a l'électricité, la ville est dans le noir. Il circule a propos de Chaping (茶坪) les nouvelles les plus inquiétantes. on entend parler de 5000 morts !
Je me dis que l'armée étant arrivée, se rendre à Chaping (茶坪) n'a plus de sens, que pouvons-nous amener de significatif à près de 1000 hommes ? Une discussion s'entame avec la Croix Rouge. Ils tiennent à se rendre à Chaping (茶坪) et nous demande de les y aider. En fait, l'armée n'a pas dans ses missions d'aider directement la Croix Rouge.
Nous ne pouvons pas laisser nos tentes à cet endroit le lendemain, du coup, je vide complètement la camionnette et trie le matériel spéléo. J'en place 5% à portée de main, le reste entassé sous les sièges là où il gênera le moins possible. Ce véhicule est si petit que cette opération de compactage est indispensable. Et puis ça me permet de mettre au fond du sac un minimum de cordes ultra-fines et quelques bouts de sangle.

On se couche à minuit trente. Allongé sur le sol, on sent très bien une secousse à 5h04 du matin. Je pense aux effondrements sur la route. Aux deux itinéraires pour Chaping (茶坪)... Et surtout à tous ces gens...


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La matinée du 15 mai 2008

Message  Admin le Mar 20 Mai - 13:12

Je m'étais promis de poser un compte rendu succins et rapide le lendemain de mon retour. Mais je n'arrive pas à faire vite et je ne dispose pas d'autant de temps que je croyais. Hier, Nous avons rencontré la presse de Guiyang, puis la TV de Guiyang, puis il y a eu la commémoration pour les victimes... Aujourd'hui la TV du Guizhou...
Je ne pose donc maintenant qu'une petite partie de ce qui me reste à écrire. Les photos attendront encore. Si vous voulez réagir, questionner, n'hésitez pas à ouvrir une discussion sur ce forum. Ni à vous y inscrire d'ailleurs...
____________________________
On se réveille à 6h après une mauvaise nuit, entre ceux qui n'ont pas coupé leurs téléphones, un énorme camion mettant un temps infini à manœuvrer à 2 m de la tente, des gars venu vers 4 h du matin nous demander qui on est et le mini-seïsme de 5h04.
On mange une barquette de riz et remplis à nouveau les sacs de médicaments et d'eau. La Croix Rouge tiens à ce que nous allions à Chaping (茶坪), mais personne ne nous accompagnera. Tant mieux finalement, cela fait une inconnue en moins. Il se met à pleuvoir. Nous quittons le camps à 6h50. Sur la route, des postes de police ont été mis en place pour contrôler l'accès à la vallée, la présentation de nos badges suffit à passer rapidement. Après le 3ième check point, on remonte la longue file du convoi militaire croisé la veille (30 véhicules de transport de troupe, 1000 hommes sans doute. L'eau est toujours marron et de faible débit. Nous garons la camionnette le plus loin possible et débutons notre marche à 7h45.

Les infos que nous avons sur la route principale réputée dangereuse sont difficiles à analyser. Considérant que la pluie fine du matin a cessé, nous décidons d'aller reconnaître les lieux par nous-même. Nous avons des radios, nous marchons donc en deux groupes, radios branchées. La route longe la rivière, puis la gorge se resserre légèrement et elle a été emportée par une grosse coulée de roche mêlée de terre. Les risques de chute de pierre sont importants si vient un nouveau séïsme, mais l'activité est plutôt faible et le gros de ce qui devait tomber est tombé... En fait la vallée est taillée dans de mauvais schistes avec une forte couverture de terre. Les arbres ont parfois résisté, ou bien ils ont été emportés pour se mêler à l'éboulement. Dans le fond coule une petite rivière d'eau claire. L'eau marron vue en aval provient sans doute d'un affluent, ce qui est un peu rassurant, c'est du moins ce que je pense à ce moment.

A 8h 50, nous arrivons à un lieu nommé Xiaojiachao. Ce qui s'est passé ici est à peine croyable. un énorme pan de montagne s'est effondré. la gorge s'est élargie et un barrage naturel rocheux de 70 m de haut s'est formé. La coulée de roche est remontée sur le flanc opposé de la gorge. Derrière ce barrage, un petit lac marron s'est formé, avec une cabane flanquée d'une tente-refuge sur sa berge.
Nous descendons et rencontrons ici quelques personne en bonne santé, la cabane est habitée par une petite vieille, son jardin a maintenant les pieds dans l'eau. Il y a aussi une maison complètement détruite à coté, et une autre qui ne vaut guère mieux. Sous le barrage, il y avait sans doute des maisons aussi.
Un homme, grand, sec, qui postillonne tellement en parlant qu'il est à peine audible, propose de nous guider, il dit qu'il faut encore 3 heures pour aller à Chaping (茶坪). On ne peu plus longer le bas de la vallée car l'eau est monté trop haut et il faudrait nager. Nous nous mettons en route, il propose de porter mon sac. J'ai du refuser 100 fois ce service à des paysans, tous aussi prévenants les uns que les autres. Une question de fierté mal placée sans doute, mais aussi pour ne pas avoir à palabrer pour le récupérer si la personne n'avance pas ou veut s'arrêter tous les 100 m pour discuter. Mais ce gars à un je ne sais quoi qui inspire confiance, j'ai beau ne pas être encore fatigué, la journée n'est pas finie et j'ai un sac relativement lourd, comparativement au reste de l'équipe qui s'est contenté d'un kit, j'ai pris mon sac à dos. Et je me dis qu'au pire, si ce guide avance doucement, ça laissera à Jiubu, Shuangdao et Qianzhi un peu le temps de nous rattraper.

En fait, ce type est un vrais montagnard. Il nous emmène sur un sentier qui n'existait pas il y a deux jours. Il monte droit dans la pente dans un maquis peu dense d'arbrisseaux et de bambous. La terre est glissante, et j'arrive à peine à le suivre. Il est tout souriant, et je remarque qu'il est particulièrement bien équipé : chaussure "longue marche" améliorée par une paire de guêtres bricolée en toile de jean et parfaitement ajustée à son mollet. Il marche vite, s'arrête peu et brièvement. Il nous fait gagner beaucoup de temps car nous aurions eu grand mal à suivre sans lui cet itinéraire. Nous montons ainsi sur une arrête au dessus de l'effondrement, la vallée formant un large coude. Je vois Jiubu et Shuangdao se reposer en haut du barrage. Je me dis qu'il n'arriveront pas à destination. Nous descendons ensuite de l'autre coté dans une forêt de bambous criblée d'impacts de chutes de pierres. Nous retrouvons un tronçon de route. Je lui demande d'attendre Hanfeng que nous avons semé dans la monté, il me dis chaque fois que l'on attendra plus loin. Nous passons un petit village complètement dévasté. Pus après un bout de route, il faut descendre traverser le torrent. Car en amont du barrage, c'est un torrent de plus d'1m3/s qui s'écoule. Nous croisons quelques gens dans ce passage délicat. Je veux prendre mon sac à dos. Pas moyen. Dans son esprit, mon guide pour l'occasion compte passer le torrent, poser le sac et venir me chercher pour me porter. Je ne suis pas du tout tenté et passer bien vite le torrent sans écouter ses protestations. De l'autre coté, il m'emmène par un petit sentier dans une forêt de bambous très dense. Après quelques hésitations dans les sentes fraîchement tracées, nous arrivons à son objectif.

Là, dans la verdure, loin de toute chute de pierre et bien en hauteur au-dessus du torrent se trouve un abris occupé par sept rescapés de la catastrophe. Cinq d'entre eux sont couchés, Un homme a le visage défoncé et des côtes cassées, une femme a la tête pleine de sang séché. Deux femmes ont des jambes gonflées par des hématomes, une a le dos complètement tordu. une dame âgée est alitée simplement pour se reposer... une seule personne semble à peu près valide. On me demande des soins, des médicaments. Je donne de l'eau. Je suis incapable de dire dans ce que je porte ce qui peu leur être utile. Je peu juste leur donner de l'eau. Heureusement, Hanfeng vient lever un malentendu : je ne suis absolument pas docteur, la veste blanche Croix Rouge est un peu trompeuse sur ce plan. Il leur explique aussi que nous ne pouvons pas tout donner, ni les évacuer car nous faisons route vers Chaping (茶坪). Il appelle Shuangdao à la radio. Shuangdao, Jiubu et Qianzhi viendront jusqu'ici, dispenseront quelques soins et repartiront avec trois des plus valides en laissant à boire et à manger. Ensuite ils informeront les pompiers pour venir rechercher les autres.

Nous reprenons notre marche. Un petit pont de bambou récemment bricolé sur des gros blocs nous permet de retraverser la rivière. Nous arrivons à un carrefour encaissé et sinistre. Une fine pluie de terre noire semble avoir été violemment projetée de partout. Les véhicules, bus, motos, ont été abandonnés sur place. Nous ignorions la présence d'un carrefour. Heureusement, le panneau indicateur n'a pas été arraché. Il faut suivre la vallée de droite, ce qui nous rassure car celle de gauche est très resserrée et tout le torrent en provient. Nous la considérons donc comme plus dangereuse. Il est 10h30, il nous reste 7 km a parcourir d'après le panneau. Nous pensons que ce sera vite fait et les difficultés et dangers sont derrières nous. En fait, nous nous trompons sur toute la ligne.

Quelques centaines de mètres après le carrefour, une coulée de boue a complètement bloquée la vallée. Elle s'est arrêtée juste au bord d'une maison, mais on ne peu s'empêcher d'imaginer que d'autres maisons sont entièrement ensevelies. Elle crée une retenue de 20 m de haut et un ruisselet coule par dessus. Fort heureusement, aucun torrent en amont ne vient remplir ce barrage naturel qui ne manquerait pas de céder. C'est du moins la situation à ce moment, car plus haut dans la vallée, après un pont pratiquement intact et ayant servi de refuge, nous constatons que tout le paysage a été bouleversé. Les hautes falaises schisteuses de part et d'autre de la gorge se sont effondrées masquant totalement le lit du torrent. De temps à autre, des petits effondrements et chutes de pierre se font entendre, dans le lointain, on entend aussi parfois les explosions du chantier de dégagement de la route. A chaque fois, nous craignons qu'un nouveau séisme ne vienne mettre à nouveau les roches en mouvement. Nous cherchons dans ce chaos la trace des rares personnes ayant utilisé ce passage pour rejoindre un lieu moins hostile. Nos gardons toujours en tête la position du lieu le plus proche et le moins exposé. Entre roches, blocs pierre ou terre qui coulent, qui roulent, qui s'écroulent ou qui chutent, il y a toujours une ligne de moindre risque. Lorsque dans les roches on voit de la brique, il y avait une maison, si on voit du béton, il y avait la route, si on voit des fils, une ligne électrique passait par là ; c'est tout ce qui reste. Nous entendons, puis voyons une rivière qui s'échappe par un petit trou à la base d'un gros barrage naturel. La trace disparaît au bord de l'eau, nous hésitons un moment entre la berge de droite et de gauche, toutes les deux étant de hauts pierriers instables plongeant dans les eaux. Un gros rocher roulant des crêtes de gauche avec fracas vient exploser la surface du lac en de grosses gerbes, mettant fin à nos hésitations. A partir de ce point, nous sommes en situation objectivement très exposé. Nous montons encore et atteignons un second lac.

C'est ce lac qui retient en fait, toutes les eaux du torrent de plus d'un mètre cube par seconde. Sous nos yeux s'amorce une terrible bombe a retardement. Ces deux barrages sont un mélange de pierres et de terre qui peuvent, sous la poussée des eaux, se mettre en mouvement et former une longue lave emportant tout sur son passage. Si ce phénomène se produisait maintenant, sa porté serait limitée, les barrages au-dessous, surtout le premier d'entre eux quasiment constitué uniquement de roche étant presque vides, ils pourraient sans doute bloquer l'avancée de cette onde dévastatrice. Mais d'ici quelques semaines, tous les barrages seront pleins et la situation sera alors imprévisible. Soit l'eau érodera progressivement la lèvre supérieur de chacun d'eux, mais c'est extrêmement improbable car elle circule également entre les roches, soit plus probablement il se créera un nouvel équilibre d'une stabilité parfaitement incertaine qu'un incident mineur pourrait tout aussi bien rompre brutalement.

Pour le moment, notre problème est bien de longer ce long lac au milieu duquel on aperçois la cime de quelques arbres. La berge qu'il nous faut suivre est un 'effondrement est si long et si haut, qu'il n'y a aucune prévention possible, notre casque, nous semble une bien piètre protection si le pierrier se met en mouvement. Nous passons devant une grande tache de sang, un malheureux a sans doute été ici victime dune simple chute de pierre en voulant quitter Chaping (茶坪) par cet itinéraire. "Soyez prudent ..." pour vouloir éviter tous les risques, la seule solution serait ne ne pas naître. Ma seule crainte a cette heure est, si nous devions disparaître, d'avoir complètement échoué dans ce que nous voulions faire. Partis avec l'ambition de porter un peu d'espoir a des personnes en détresse, nous n'aurions fait qu'ajouter un problème là où il n'en manquait pas. Mais cette éventualité n'est plus entre nos mains. Jamais et de très loin je n'avais pris de tels risques, pas plus que je n'ai l'intention de recommencer un jour. La pente devient très raide. On retrouve les empreintes de pas d'une personne et nous les suivons. Plus chargés et sans doute moins agile que notre prédécesseur, nous devons frapper le sol pour y creuser des marches. Il n'est toutefois pas utile d'utiliser la corde que j'ai dans mon sac. Progressivement, la pente s'atténue, puis la gorge s'évase en vallée. Les menaces disparaissent.

Nous sommes passés !


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L'après-midi du 15 mai 2008

Message  Admin le Mar 20 Mai - 17:09

Après un barrage artificiel, nous rencontrons les premières maisons. Les gens ici n'ont besoin de rien si ce n'est d'eau. La rivière est claire, mais même bouillie, ils ne veulent pas y toucher car des gens y sont morts. On nous fait des signes pour que nous allions directement a Chaping (茶坪) sans s'arrêter. Nous y arrivons à 12h30. La ville semble déserte. les immeubles font en moyenne trois à quatre étages et sont encore debout. Ce constat me soulage énormément. A un carrefour, une petite table a été installée en point d'information et d'organisation. On nous fait asseoir et on nous sert du thé. Un docteur vient réceptionner les médicaments que nous avons apporté, ils n'avaient plus rien pour les soins ! Un petit groupe de pompiers nous a précédé, passant par l'autre itinéraire, apporter sa force de travail et son autonomie en nourriture. On nous emmène dans un dispensaire improvisé sous des toile. Les personnes blessés grièvement sont toute là. On nous dit qui a perdu un pied, qui a perdu une jambe... On n'entend pas une plainte, les gens sont calmes, mais pas abattus. Je me dis qu'ils font la part des choses et que leur inquiétude ou leur douleur est tournée vers ceux qui ne sont pas là. On nous explique que les écoles ne fonctionnement plus, que tous les élèves en internant sont repartis dans leur village s'occuper de leurs parents et de leurs bêtes. On nous confie une liste de ce qui doit être amené d'urgence car nous entendons repartir immédiatement. On nous donne aussi un petit mot expliquant le nombre de morts (242), de blessés (263) et de disparus (508) pour une population d'environ 8000 habitants. Hanfeng est très affecté par ces nouvelles. Il se met à pleurer. Pour ma part, je suis plutôt rassuré, ce que nous avions entendu laissait imaginer bien pire !

L'approvisionnement en eau n'est pas un problème et il y a à manger pour deux jours environ. Dans le village de huttes bâtit à coté de la ville, on nous questionne sur l'arrivée des secours. Les gens sont sans information, je ne me sent pas de leur expliquer que Chaping (茶坪) est loin d'être la seule ville touchée, je me contente de leur dire que nous avons du une armée de 1000 soldats se préparer pour venir les aider, sans pouvoir être précis sur leur arrivée. Entendre les enfants rire de mon grand nez et les "hello !" des ados me soulage beaucoup. Tout le monde affiche une grande reconnaissance à notre égard, pourtant, notre aide est bien symbolique en comparaison de leur détresse. Mais c'est la somme de milliers d'actions de petite ampleur qui viendra à bout des conséquences de cette catastrophe. Nous refusons fermement de prendre un repas avant de partir. Nous ne sommes pas venu prendre du peu qui leur reste. Alors que nous allons pour passer le pont défonça qui quitte la ville, un homme m'appelle, nous rattrape et tient à me serrer la main. Il finit par s'effondrer en larme dans mes bras. "We love you"...

Il n'a pas été question une seconde de reprendre notre itinéraire d'arrivée. Nous savons maintenant précisément ce qu'il y avait a savoir dessus. Nous partons à 13h30 environ. Les brumes masquent la montagne et nous ne connaissons pas l'itinéraire. Nous marchons dont très vite pour rattraper des gens qui sont partis un peu avant nous et pourrons nous servir de guide. La route en dalles de béton est complètement déformée, les dalles se chevauchent et s'arc-boutent comme un jeu cartes. Lorsque nous passons des petits hameaux, nous constatons que les meubles sont tous sortis hors des maisons qui ont échappé à la destruction et que tout le monde vit désormais dehors, convaincus que ça va recommencer. Au bout d'une heure de montée très raide, nous finissons par rejoindre un petit groupe de marcheurs. Ils nous disent que la ville elle-même abritait 2000 habitants et que 200 d'entre eux l'ont quitté aujourd'hui par le chemin que nous allons suivre. La petite fille qui marche avec nous a perdu sa mère. Son pas est ferme, résolu. Elle ne parle pas, elle a les yeux rivés sur la route au plus loin qu'elle peut la voir.

Je discute avec les chinois qui m'entourent et me calque à leur rythme. Ca que je qualifiait de route n'était en fait qu'une piste montant dans la montagne et prolongée de sentiers. Je ne m'attendait pas à faire un tel dénivelé. Dans une forêt de petits résineux attachés entre eux par des liens de ficelle ou de bambou pour limiter les glissements de terrain, le groupe s'arrête pour marquer une pause. Je distribue quelques bouteilles d'eau bien appréciées et m'installe pour prendre quelques notes dans le carnet qui m'accompagne en permanence. Nous venons de monter plus de 600 m en un peu plus d'une heure.

Le groupe se remet en route, mais Hanfeng ne nous a pas encore rejoint, je reste là à écrire. Au bout d'une demis-heure, je m'inquiète et redescend à sa recherche, appelant de temps en temps. J'arrive à une combe où, je ne l'avais pas remarqué, il y a un sentier parallèle, des gens descendant sur ce sentier me disent qu'ils ont vu Hanfeng. Je fais demis-tour immédiatement et repart vers le haut au plus vite que je peux. Je rejoint le lieu de la pause, mais le sentier continue de plus en plus raide. En une demis-heure, j'arrive à l'embranchement supérieur des deux sentiers. Un chinois m'attend là, il a vu Hanfeng et compris ce qui s'était passé. Nous continuons toujours au maximum de mes moyens, mais ces moyens se mettent à baisser d'une façon inquiétante. Nous avons rattrapé un groupe, et je me dis que je vais pouvoir ralentir et me calquer sur leur rythme. Au début, c'est le cas, puis je me met à ralentir encore et encore. J'ai les jambes coupées. Au passage dans un sous-bois particulièrement obscure, j'ai une sorte d'hallucination : tout est dans la nuit sauf une tache devant moi, à peine plus grosse que celle que ferait le faisceau d'une lampe de poche, et qui elle est presque éblouissante. Je m'arrange pour ne jamais m'arrêter longtemps. J'en arrive à compter mes pas, refusant de faire de pause avant d'en avoir fait cinquante. Je m'excuse auprès du chinois qui est resté avec moi, le groupe étant loin devant. C'est la première fois que je ressent ces signes évidents d'hypoglycémie. Une barquette de riz le matin, ça ne suffisait pas ! Heureusement que je n'ai jamais négligé de boire, sinon ma situation aurait été encore plus pitoyable. Mais je ne m'attendais pas à faire un tel dénivelé, nous imaginions une route longue, pas le franchissement d'une montagne ! Je regarde ma montre-altimètre, 800 m de dénivelé depuis Chaping (茶坪), plus ce que j'ai refait en repartant en arrière. Nous croisons quelqu'un qui descend. Je l'entend dire doucement que ça serait bien d'aller un peu vite car le chemin devient dangereux. Je m'excuse à nouveau de ne pas pouvoir faire mieux. On arrive au niveau d'un petit groupe de militaires assis, les premiers d'une colonne en marche vers Chaping (茶坪). Heureuse nouvelle pour Chaping (茶坪), et pour moi qui accèpte sans façon quelques biscuits. La pente devient un peu moins raide, j'arrive à espacer les pauses à 80 pas, puis 100, puis nous arrivons au sommet, 1100 m plus haut que Chaping (茶坪), il m'a fallu 30 mn pour faire les 200 derniers mètres de dénivelé.

La descente est quasiment reposante. Le sentier débute par une descente raide où un corde est bien utile pour ne pas glisser. On voit qu'il a été très parcouru dans la journée. Je croise des pompiers, des militaires, en petits groupes éparpillés selon leur rythme de marche. Après une série de descentes raides dans lesquelles je rejoint le groupe qui me précédais, on suit une arrête de terre bordée d'un effondrement à droite comme à gauche. Le chemin lui-même présente en son milieu une crevasse très récente, mais il est impossible de dire si c'est le versant droit ou gauche qui sera le prochain a s'effondrer. Je retrouve Hanfeng qui m'attendait, se renseignant auprès des gens qu'il croisait, il a compris que je n'était plus devant lui. C'est a son tour d'être très fatigué, il ne veut pas manger, il dit qu'il ira au centre de soin pour une perfusion de sels minéraux. Au bout de l'arrête se trouve un longue descente en lacets, les marches taillés par les pompiers ainsi que les cordes de protection sont de plus en plus nombreuses, bien que de moins en moins nécessaires. On arrive ainsi au fameux embranchement des deux "routes", la longue et la dangereuse, que nous connaissons maintenant. Il est 19h05, nous avons marché pendant 5h30 depuis Chaping (茶坪), soit 1h de moins seulement que pour l'autre itinéraire. A notre arrivée, on nous pulvérise un désinfectant sur le visage et sur les mains.

Que de changements dans la vallée ! Le carrefour est maintenant accessible en voiture, un camps avancé de la Croix Rouge s'est installé ainsi qu'un camps de pompier et un camps militaire. Nous installons nos petites tentes dans une petite impasse au beau milieu de tout ça. Des spéléos de Liupanshui nous ont rejoint et vont s'installer avec nous.

Mais à peine arrivé, nous partons à la hâte avec Qianzhi, un général de l'armée, et un cadre Croix Rouge pour le centre principal. Nous allons expliquer ce qui se passe au niveau des risques que présentent les barrages naturels. Le conducteur roule comme un fou et nous n'arrivons pas à lui faire entendre raison. Après une petite discussion, nous reprenons la route pour le siège du gouvernement, nous finissons par rencontrer le chef du conté de Anxian (安县) et lui disons ce que nous avons vu, et les risques que cela présente. C'est un monsieur bien propre, bien habillé, qui écoute ostensiblement mais dont la réponse a été peu convaincante. Il nous dit que le gouvernement avait déjà connaissance du premier barrage et de deux autres sur a branche de rivière de gauche que nous n'avons pas vu, qu'il a déjà prévu de faire venir des spécialistes pour contrôler le premier barrage et qu'il transmettra toutes les nouvelles informations que nous venons de lui apporter au gouvernement central à Beijing afin que soit pris une décision. Nous rentrons un peu déconfits.

Après avoir mangé, nous faisons une réunion avec les pompiers, la Croix Rouge et l'armée. J'ai senti cette réunion très ouverte, consensuelle et concrète. J'ai annonça qu'a mon avis, on était tranquille pour encore au moins deux jours vis-à-vis des risques de rupture du barrage. Je pense que le temps de remplissage sera bien plus long, mais je ne sais pas vraiment ce qui se passe sur la branche de gauche. La préoccupation de chacun étant de trouver le meilleur compromis entre un risque grandissant de jour en jour et notre mission collective : porter assistance aux personnes en difficulté. Il a été décidé que je continuais à surveiller la rivière et que nous devons écourter le plus possible la présence des camps à cet endroit.

Avant d'aller me coucher, je vais à la rivière. Je vois que nous sommes installés juste à coté d'un vieux pont de bois historique qui est un des attraits touristiques de la région. Il n'a pas l'air d'avoir bien souffert. Je fais une marque au raz de l'eau à un endroit bien repérable. Je pourrais ainsi me faire une idée de la stabilité de ce qui se passe en amont...


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Le 16 mai 2008

Message  Admin le Mar 20 Mai - 20:26

Dans la nuit, vers 2h du matin et à 4h48, nous avons eu deux nouveaux petits tremblements de terre.
A 6h du matin, une équipe de Liupanshui (Guizhou) se met en route avec pour mission d'aller observer les fameux barrages de la seconde gorge.
Pour ma part, je traîne jusqu'à 7h40.
Je descend vérifier le niveau de l'eau. il a monté de 2 cm et l'eau est toujours claire. Cela ne peut vouloir dire qu'une chose : le premier barrage n'a pas encore atteint son niveau d'équilibre, la pression montant, plus d'eau arrive à passer a travers l'éboulis. Je fais quelques calculs estimatifs pour me rassurer. il ne peut pas y avoir déjà un volume d'eau réellement dangereux pour les camps qui sont tout de même situé presque 10 mètres au-dessus du niveau de la rivière (quoi que le vieux pont est précisément situé à un resserrement rocheux qui ne manquerait pas de freiner l'écoulement et de provoquer un débordement directement au niveau où nous sommes...).
Nous prenons la voiture pour voir la rivière en amont. Une colonne de pompiers est en marche vers les gorges, sans doute pour évacuer les derniers des rescapés que nous avons repéré la veille.

La circulation sur la route devient intense, on pourrait déplorer qu'il ait fallu 4 jours pour voir arriver autant de monde, en fait, cet état de fait plus subit que voulus n'est pas forcement une mauvaise chose.
Dès les premiers instants, ceux qui ont eu l'impact le plus fort en réponse au séisme sont les rescapés eux-mêmes. Ils ne sont pas restés les bras croisés contemplant l'horreur de leur malheur. Ils ont fait face, rapidement, efficacement. Le 12 mai, il y a eu des dizaines de milliers de héros. Avec presque rien, ils ont fait énormément.
Ensuite sont venu les premiers secours extérieurs. J'admire l'organisation, l'engagement, la motivation, l'efficacité et l'enthousiasme de la Croix Rouge du Sichuan. Il y a certainement d'autre organismes qui, comme eux, grâce à leur indépendance, leur souplesse de fonctionnement, peuvent ainsi intervenir très rapidement et librement au plus près des besoins.
Maintenant, on est dans une phase où des moyens plus lourds, plus puissants, sont nécessaires, il s'agit de déplacer des populations entières dans des conditions optimum. Mais ça prend forcément un peu plus de temps : on ne fera jamais bouger une armée de 1000 hommes comme bougeront une poignée de volontaires se regroupant spontanément autour d'un même but.
J'imagine un moment ce que sera la reconstruction. Restaurer la route de Chaping (茶坪) me semble être un sacré défit !

Pour le moment, nous sommes en attente. Il n'y a pas besoin de nous. Mais le centre logistique de la Croix Rouge ne cesse de recevoir et expédier de l'eau, des vivres des médicaments. Portée à bout de voix par trois personnes seulement et par les bras de nombreuses bonnes volontés de tous horizons, cette dynamique fait plaisir à voir. Je vois même un général passant par là prendre subitement place dans la chaîne à un endroit où elle était un peu distendue. Je pense alors à cette émission stupide "le maillon faible", imaginons qu'on supprime un par un les maillons faibles, comment fait-on pour porter l'eau ? Un maillon faible, ça ne se supprime pas, ça se renforce.

En aidant dans le camps, j'ai la surprise de rencontrer un chinois et une chinoise parlant français, mais nous n'avons pas beaucoup de temps pour bavarder.
A 10h50, l'équipe de Liupanshui revient, ils n'ont pas atteint leur objectif. Ils se sont arrêtés au premier barrage. L'eau a monté de plusieurs mètres.
Des spéléos arrivent encore, ce Chongqing cette fois-ci. En tout, nous sommes 31.
Nous entendons un avion à hélice passer en altitude au-dessus de la brume. Je pense à Wenchuan (汶川), épicentre du séisme et isolé par 100 km de routes détruites. Ce type d'avion est souvent employé pour les parachutages. Alors je me dis que d'est une bonne nouvelle.

A 11h45, puis 17h10 on sent de nouveaux tremblements de terre. J'espère que les pompiers ne sont pas sur un pierrier. Mais les éboulis avoisinants le camps n'ont pas réagit. Il faut dire que le séisme d'origine était sans commune mesure avec toutes ces petites secousses que nous ressentons. Il est possible que beaucoup de pierriers soit en fait bien plus stables qu'il n'y parait, si la terre a tremble après leur effondrement, cela a pu ranger les pierres dans une position moins fluide.

A 16h20, un équipe d'une quinzaine de personnes menée par Sunkening part à pied vers un village pour prendre des nouvelles et apporter eau, nourriture et médicaments.

A 18h30, on entend un hélicoptère, puis on le voit. Après une longue manœuvre d'approche, il arrive à se placer au-dessus d'une zone ou il peut larguer des paquets marrons. Entre les arbres et bambous de part et d'autres et une ligne moyenne tension traversant la vallée juste au-dessus de lui, je trouve qu'il connaît son métier. Il reprend de l'altitude, puis remonte la vallée en direction de Chaping (茶坪). Hanfeng vient nous ramener sur terre. Nous avons du travail : 700 personnes sont en train de revenir à pieds depuis Chaping (茶坪), la nuit va tomber et on n'est pas certain de pouvoir les éclairer toutes. On embarque donc dans un camion. Et a 19 h, nous voilà en marche. Nous somme 15 mais nous nous égrenons sur le chemin.

Je me dis que plus on est proche de la vallée, moins le problème de manque de lumière est critique car beaucoup de monde peut monter à tout moment pour aider. Je décide donc de monter autant que le crépuscule le permet sans lumière. Je sais que les paysans chinois sont particulièrement aptes a marcher de nuit sur des chemins difficiles, je m'inquiète plus si le matériel des pompiers ou des militaires est insuffisant en nombre et en performance. Comme on pouvait s'y attendre, la densité de personnes par mètre de sentier réduit considérablement en prenant de l'altitude. La principale difficulté est de ne pas écouter les pompiers et militaires qui veulent que je m'arrête là. La technique est simple. Marcher relativement vite, faire traîner les formules de politesses jusqu'à dépasser les personnes, puis envoyer les explications, remerciements et nouvelles politesses. J'essaye de compter les gens qui descendent. Lorsque je rencontre des gens visiblement épuisés, je leur laisse une bouteille d'eau qu'ils acceptent volontiers, puis je me dis qu'il faut que je cesse, les personnes les plus fatiguées risquant de se trouver en queue de peloton. Je monte ainsi de 600 m en une heure, content de m'être bien remis de la fatigue de la veille. Je suis au début de l'arrête, il n'y a plus personne, même à l'unique carrefour. Puis j'entends des pas derrière moi.

Une femme est en train de monter en courant. Elle ne s'arrête de courir que pour crier, appeler, sans même reprendre son souffle. Quand elle arrive à ma hauteur, j'essaye de lui demander s'il y a un problème, pourquoi elle coure ainsi, pourquoi elle remonte... Elle ne veut pas perdre de temps à me répondre. Il y a peut-être urgence, mais je ne force pas le pas pour autant. Je ne comprend pas comment elle a pu monter 600 m en courant comme ça. Quand elle a 10 m d'avance, elle s'arrête essoufflée. Je lui propose de l'eau, la questionne encore. Elle prend l'eau mais ne veux pas me parler, elle bois à la hâte et reprend sa course bouteille à la main. Elle perd un flacon de médicament, je le ramasse. Quand elle s'arrête à nouveau par manque de souffle, je lui remet dans les mains, et la voilà qui se met à nouveau à courir. Elle n'arrive pas à prendre de l'avance, ralentit, s'arrête, mais à chaque fois reprend sa course. A la fin, elle ne peu plus courir. Elle m'explique que son fils est là-bas. est-il blessé , a-t-il eu un accident ? non. Est-il seul ? non, avec sa grand-mère. Alors pourquoi courir et ne pas attendre ici qu'il arrive ? Devant l'énormité de ma question, elle se remet en route, mais en marchant. Elle se met à marcher plus lentement que moi criant souvent le nom de son fils, mais personne ne lui répond. Nous croisons des petits groupes de temps en temps. Puis un homme avec un beau garçon d'une dizaine d'année, je n'ai pas le temps de me poser la question, le cris d'appel se mêle de sanglots, la mère arrive en courant et s'effondre aux pieds de son fils, souriant et un peu gêné, l'air de dire "mais maman, tout va bien, ne t'inquiète pas ". Je poursuis sans même ralentir. Ces pleurs m'accompagneront aussi loin que les dernières lueurs du jour.

A 20h40, j'ai passé la première corde qui suit l'arrête. La lune hélas est masquée par d'épaisses nuées. Je commence à ne plus bien voir le sentier. J'allume seulement la moins puissante de mes lampes (une Zipka réglée à faible puissance) que je tiens à la main. Je ne veux pas éblouir les petits groupes que je croise équipés au mieux d'une mauvaise torche à la lumière jaunissante. On me dit encore de ne pas aller plus haut, que tout va bien. Mais j'entends que ça parle fort là-haut, ça ne sent pas la situation parfaitement sous contrôle, d'autre part, la personne qui me parle me semble à la limite de l'épuisement. Je raconte que j'ai une mission précise (ce qui est sans doute vrais, mais personne n'ayant pris la peine de me la traduire...) et passe ce dernier barrage. L'agitation est créée pas la descente d'un ressaut où il n'y a pas de corde. Une personne âgée et peu mobile semble poser des problèmes. Un pompier est devant lui, avec une bonne lampe à la main, mais il lui faudrait deux autres mains et une autre lampe pour pouvoir à la fois se tenir, être utile et éclairer ses propres pas et ceux de la personne qu'il veut aider. Je grimpe à mi-hauteur, me trouve une petite niche, lui prend sa lampe et allume ma frontale. Il peut ainsi disposer de tous ses mouvement et voir tout ce qu'il est nécessaire de voir. Je conserve cette position jusqu'au passage de ce petit groupe et repart encore plus haut, la dernière corde avant le sommet. Je grimpe sur le coté. En haut, le pompier m'attrape par le bras. Comme tout les autres, il me dit d'abord que c'est dangereux et qu'il ne faut pas monter. Et comme à tous les autres je dit que je connais ce chemin. Nous sommes sur une vire étroite, je libère mon bras pour faire passer un personne qui attendait pour passer. il me dit qu'il va y avoir un nouveau tremblement de terre. Pour raconter un truc comme ça, il doit avoir une vraie raison de ne pas vouloir que je monte. j'entame donc une courte discussion et lève le malentendu. il pensait que je voulais me rendre à Chaping (茶坪). En fait, il est le dernier de la colonne, il n'y a plus personne derrière lui. Je peux donc lui annoncer avec un grand sourire que je n'ai plus aucunement l'intention de continuer à monter mais bien de descendre avec eux.

Je rejoint rapidement un groupe de marcheurs. Ils sont partis à 12h30 de Chaping (茶坪), ils marchent donc depuis 9 heures environ. Dès que j'allume ma torche, les fils se mettent à porter es grand-mère et hâtent le pas, allant même jusqu'à courir sur les replats. Nous rejoignons ainsi bien vite la colonne formée de tous les petits groupes que j'avais croisé. Je conserve ma position et j'éclaire les 10 dernières personnes de derrière, je sais qu'ainsi je ne les éblouis pas. Les pompiers ont assez d'eau de la nourriture. Simplement, leurs lumières sont à peine assez puissantes pour leur propre progression et beaucoup d'entre eux n'en ont pas. J'apporte donc un petit plus en confort et sécurité pour cette marche. Parfois, je crois le chemin assez simple pour éteindre la torche, mais je vois bien qu'alors tout le monde ralentis. Nous faisons une petite pause à la fin de l'arête. Un spéléo de Chongqing nous a rejoint, lorsque nous repartons nous nous espaçons pour éclairer plus de monde. Après une petite pause vers la fin de l'arrête, nous arrivons à la grande descente en lacets. La colonne s'arrête le sentier est étroit et sur le flanc d'une pente raide. Malgré les protestations toujours prévenantes, douces et polies des pompiers, je double délicatement la file. Communiquant énormément avec les mains pour avertir de mes intention, rassurer sur la sûreté de ce que je fais et m'assurer que personne ne me pousse dans le ravin par un faux mouvement. J'arrive ainsi au bout d'une longue main-courante en haut d'un ressaut de plus de 10 mètres. Forcément, avec de mauvaises lampe tenues à la main, ça n'a rien de facile ni de rassurant. Je me choisis donc un emplacement un peu à l'écart mais d'où je peux éclairer toute la descente, tout heureux d'accomplir ma tâche de réverbère mobile.
Bien entendu, il me faudra plus de 50 fois refuser gentiment à ceux qui insistent pour que je descende d'abord. Même dans les situations les plus critiques, les chinois sont tellement gentils et prévenants !... Ca a été la vraie difficulté de la journée : convaincre tous ceux qui voulaient me protéger alors que je ne me suis jamais exposé.

Plus nous descendons, plus nous retrouvons des personnes munies de bonnes lampes aux endroits où c'est nécessaire. Nous finissons ainsi par nous retrouver un à un tous les quinze et, devenus superflus, quittons le terrains. Sur la fin, les pompiers venus de la vallée sont nombreux et prennent le relais des paysans pour le portage des personnes âgées où affaiblies. J'ai vu une personne porter sa mère sur les trois quarts du chemin. Ces gens sont forts, endurants et ont le pieds sûr. Les chaussures "longue marche" sont indiscutablement ce qu'il y a de plus adapté à ce genre de sentier. Même les grand-mères parfois hâtaient le pas.

En bas, un aiguillage humain a été mis en place. A gauche, les rescapés de Chaping (茶坪) vont vers un centre de soins. A droite, les sauveteurs en tout genre. On nous désinfecte à nouveau. Puis nous rentrons au camp à pied. Je me couche à 1h30


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17 mai 2008

Message  Admin le Mer 21 Mai - 5:45

Je me lève à 8h Le niveau de la rivière est encore monté.
Au camps Croix Rouge, de nouvelles règles sanitaires sont en place. Il faut mettre un masque, et on nous fait prendre un médicament (kanbingdu kofuye). Ce sont des mesures préventives, pour nous, et pour éviter que nous ne propagions des maladies à travers la Chine lorsque nous partirons ou même que nous ne contaminions les personnes affaiblies venu chercher de l'aide.
Des volontaires étrangers commencent à affluer également. Un norvégien isolé, un groupe "animal-asia", un américain isolé également. Ce sont des gens vivant à Chengdu venus prêter main-forte.
Un groupe chinois vient aussi distribuer à qui veut bien des badges avec un coeur marqué en chinois "Jésus t'aime".
Je vois passer aussi un convois de gros 4x4 chargés d'occidentaux civils mais charpentés comme des rugbymen. Peut-être les fameux spécialistes venu ausculter la dangerosité du barrage.
Le standing s'améliore, quelqu'un distribue des bonnes pommes bien juteuses.

Je croise le chinois qui m'avait guidé vers les réfugiés dans la forêt de bambous. Il est tout souriant et me serre les deux mains. J'en déduit que les siens ont bien été tous évacués et sont sains et saufs.
Je monte aussi sur un sentier au-dessus du camps. Il est presque possible en traversant un petit bois d'oublier tout ce qui s'est passer. Mais au milieu des champs qui suivent, trois jeunes hommes avec une coiffe de deuil se recueillent devant un tas de terre.
A 11h 19, nous avons une petite secousse, il n'y en a pas eu dans la nuit ou alors je dormais trop profondément.

Un chinois parlant anglais vient me parler discrètement du nombre de victimes, il me dit qu'il a rencontré le docteur d'un village voisin qui lui a parlé de 2000 décès à Chaping (茶坪). Je ne sais ni quoi lui dire ni quoi penser de cette remarque. Etant arrivé à Chaping (茶坪) moins de 72 heures après le séisme, je me dis que les gens de Chaping (茶坪) ont eu autre chose à faire que de chercher à fausser les informations.
La manipulation de l'information en Chine est un thème qui passionne les occidentaux. S'il est évident que la Chine ne dispose pas d'une presse indépendante, je peux simplement assurer en voyant les réactions des gens qu'ici, personne de fait confiance à la télé et à la radio. Ils ont un regard extrêmement critique sur leurs médias. Pour en revenir au nombre des victimes de Chaping (茶坪), et du séisme en général puisque les chiffres officiels sont sans doute la somme de ces petits bouts de papiers tels que nous les avons collectés, je pense tout simplement que les autorités de la ville ont reporté ce qu'ils ont constaté. Il faut malheureusement tenir compte qu'en 72 h, ils n'ont pu savoir qu'une petite partie de tout ce qui s'est passé. Il faudra sans doute plusieurs moi pour qu'ils soient eux-mêmes capables de savoir combien de personnes sont réellement décédées le 12 mai 2008 et dans les jours qui ont suivit. Mon chinois à la mine de conspirateur finit par me dire qu'il vaut mieux que je ne parle pas de ce qu'il vient de me dire. Mais je ne crois pas trahir réellement ses désirs en outrepassant ce conseil.

La situation au camps est un peu déconcertante. Les villageois et montagnards des alentours viennent chercher vivres et médicaments, mais on est un peu désoeuvrés et on se marche un peu sur les pieds. On sent aussi la fatigue chez ceux qui sont à fond depuis le début. Vers 11h45, nous formons un petit groupe pour aller s'enquérir du sort de Sunkening et de son groupe dont on est sans nouvelle depuis hier. Avant que nous partions, une des cadres du camps ayant pour nom anglais Sara m'appelle et me demande mon n° de portable. Je lui donne en lui faisant remarquer que je l'ai déjà mis sur le listing des volontaires, mais elle me dit que c'est pour elle, qu'elle m'apprécie beaucoup puis me serre dans ses bras avant que je ne parte. Je suis presque effrayé, on dirait que nous allons au combat !

Nous pensons que le groupe de Sunkening a simplement fait une erreur d'itinéraire, ou que la marche a été trop éprouvante pour certains d'entre eux. C'est un groupe de 30 randonneurs et étudiants. Nous passons une vallée un peu encaissée présentant quelques éboulements, mais globalement, le sentier est bien praticable. Nous faisons deux groupes lorsqu'il se divise et nous attendons au point de jonction. Progressant ainsi, nous passons par la ferme du guide qui nous accompagne. Principalement construite en bois, elle a bien résisté, et il ne déplore aucune victime dans sa famille. Les personnes que nous rencontrons veulent nous offrir à manger et à boire. Mais nous aussi. A 12h05, la terre tremble encore un peu. Nous finissons par retrouver ceux que nous cherchons, il n'y a pas de problème. Nous reprenons la descente vers le camps en donnant le contenu de nos sacs, eau et nourriture, aux paysans rentrants à leur village. Nous sommes de retour à 14h. Les habitants de la maison en ruine à coté de laquelle nous avions nos tentes arrivent pour récupérer ce qu'ils peuvent.

Le camps de la Croix Rouge va déménager dans la soirée. Nous partons à 14h40. La plaine se Anxian (安县) aussi a beaucoup changé. Les tentes de l'armée sont omniprésentes. Il n'y a plus de queue à la station d'essence où nous faisons le plein. Au centre Croix Rouge principal, il y a peu de travail maintenant et beaucoup de main d'oeuvre. On apprend que de fortes pluies sont annoncées, que l'armée va dynamiter les barrages naturels, que la vallée où nous campions va être évacuée. Des hélicoptères circulent. Une fille vient nous parler de Beichuan (北川), au nord de Anxian (安县). Une autre nous demande d'aller y chercher ses parents, elle nous montre sur son portable une petite vidéo où on les voit et où on voit leur lieu de travail et d'habitation. Beichuan (北川) est une des villes les plus durement dévastées, des centaines de personnes sont déjà en intervention là-bas.

Nous partons pour Chengdu à 16h je vois des commerces reprenant leur activité, premiers pas vers un retour à une vie normale. A Mayang, les tentes de réfugiés sont partout. Un centre de soin est installé sur un trottoir et des camionnettes passent distribuer de l'eau. La radio annonce 30 000 victimes, mais tout le monde semble dire qu'il y en a beaucoup plus, on me dit de ne jamais croire la radio ou la télé. l'autoroute de Chengdu fonctionne encore à péage levé. A Chengdu, nous allons à nouveau dans les locaux de la Croix Rouge. On nous offre des barquettes de riz au légume à manger. Je regarde CCTV1 avec attention. Je ne vois pas ce qu'il y a de si anormal dans le traitement de l'info. Certes, je n'aurait montré un peu plus l'entraide et l'ingéniosité dont les victimes ont souvent fait preuve pour s'en sortir, et je n'aurais pas fait ce gros plans sur cette femme qui pleure... Ce qui m'a choqué, c'est plutôt que des publicistes commencent déjà à s'emparer du séisme.

Nous quittons Chengdu à 20h30. Je reçois un coup de fil de Sara, je sens beaucoup d'angoisse dans sa voix. Les pluies sont fortes, le camps est déménagé et elle doit quitter le terrain pour se rendre à Chengdu. Elle craint pour toutes les personnes qui étaient dans les petits villages autour de Chaping (茶坪) et qui ne peuvent plus être évacuées. Elle pense maintenant s'occuper d'aider les familles à se retrouver et à prendre en charge les orphelins. Nous dormons à Chongqing, puis reprenons la route pour Guiyang le lendemain. Nous ne payons aucune autoroute. Je me demande si en France, par exemple lors de la catastrophe du Grand-Bornand ou de Vaison-La-Romaine, les péages autoroutiers locaux ont été ouverts et si la simple présentation d'un badge Croix Rouge permettait de traverser la France sans payer...

Le 20 mai, Sara m'envoie un SMS : Les dernières personnes voulant quitter Chaping (茶坪) ont été évacuées.


Dernière édition par Admin le Mer 21 Mai - 6:30, édité 1 fois

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Porteurs d'espoir.

Message  Admin le Mer 21 Mai - 6:00

Avant de venir, je me voyais secourir des gens, les tirer d'une situation où sans ma présence, ils ne pourraient s'en sortir. Quelle prétention ! Il n'y a pas une seule personne dont je puisse dire que je l'ai sauvé. Qu'est-ce que c'est qu'un sac à dos bourré de médicaments pour une ville de plus de 2000 personnes ? Quand j'ai dis ça à Hanfeng il m'a dit que nous apportions de l'espoir et qu'il fallait le faire, que c'est très importants, que ces gens en ont besoin. Alors, est-ce beaucoup ou est-ce peu ?

Devant une catastrophe d'une telle ampleur, Pour supporter notre impuissance à ne pas être partout, il suffit de sentir que partout il y a quelqu'un qui lui aussi fait le peu qu'il peut et qu'ainsi on arrive à faire reculer le mal.

Tout le monde est indispensable. Du paysan portant sans compter sa peine sa mère sur un chemin périlleux et interminable au secrétaire qui passe ses journées à vérifier les colis dans un centre logistique.

Alors, je sais que ce que je vais dire fait un peu racolage, mais je le pense sincèrement. Vous n'êtes impuissants devant aucune des calamités qui s'abattent ou gangrènent le monde. Et le peu que vous pouvez faire, faites en sorte qu'il soit orienté vers un monde plus beau.

Pour revenir au séisme du Sichuan, un simple don à la Croix-Rouge, ça n'est pas rien. C'est un de ces peu qui sauvent le monde.

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Comment aider quand on est loin de la Chine ?

Message  Admin le Mer 21 Mai - 13:24

J'ai vu cette question posée sur un forum, j'ai cherché et trouvé une réponse :

Il est possible depuis la France de faire un don directement à la Croix Rouge du Sichuan et d'affecter ce don au séisme.
Il suffit de faire un transfert de banque à banque en utilisant les coordonnées bancaires ci-dessous :

account name : Industrial and commercial bank of china
sichuan municipal branch
account number: 4402204009024905774
code: ICBKCNBJSCN
Et de joindre le commentaire suivant : "specially for Disaster (Earthquake) Relief of sichuan"

Je recommande ce moyen pour ceux qui veulent faire quelque chose mais n'ont pas la chance de pouvoir intervenir physiquement.
Je suis sûr qu'il n'y a pas d'arnaque là-dessous, et j'ai vu le boulot sur le terrain, ça ne sera pas de l'argent mal utilisé.
Les gars qui sont sur le terrain seront encouragés de voir venir des dons.
Si quelqu'un veut se charger de vérifier de son coté la validité de cette info, je ne serais pas du tout vexé, je suis sûr de mon coup mais je comprend, comme il s'agit de transfert d'argent, que l'on veuille se méfier.

C'est utile aussi de relayer cette info.

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Photos : Anxian

Message  Admin le Jeu 22 Mai - 16:25


Le matériel empaqueté, prêt au départ.


La camionnette et son autocollant de signalisation.


Attente dans les locaux de la Croix Rouge du Sichuan.


Achat d'eau à Chengdu.


Réalisation d'une toile de portage à Chengdu.



Le siège du gouvernement de Anxian.




Devant le siège du gouvernement.


Le centre de soin et d'accueil de la Croix Rouge.




Les abris pour les opérations légères (il y a des tentes fermées pour des opérations plus lourdes).


Pause entre deux ambulances.



Le travail de brancardage.






Au camp Croix Rouge (photos Qianzhi)


Dernière édition par Admin le Jeu 22 Mai - 18:38, édité 1 fois

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En marche pour Chaping

Message  Admin le Jeu 22 Mai - 16:27





Maisons détruites.



Un énorme bloc a brisé la route en béton.






La route de Chaping avant les travaux de déblaiement.




Le grand effondrement et le premier barrage. Les eaux s'accumulent lentement...

(photo Qianzhi)



La cabane a parfaitement résisté au séisme. Les survivants de la destruction du hameau lui ont accolé un refuge.



Le grand effondrement et le barrage naturel vu d'en haut.





Retour sur la route de Chaping, et les destructions alentours.


(photo Qianzhi)


Soins à une victime (photo Qianzhi)





Des rescapés franchissant un gué. 80 % de l'eau qu'on voit ici est bloquée par le barrage.




Les réfugiés dans la forêt de bambou.


Ceci était un arrêt de bus à un carrefour. Il y avais dans doute des gens autour des motos...



La vallée se divise, nous sommes dans la branche montant vers Chaping. Il n'y a presque pas d'eau. On devine encore la route qui longeait la rivière.


Ce pont a servi de refuge temporaire.


Hanfeng, compagnon idéal pour cette randonnée extrêmement dangereuse. Agile, infatigable, rapide et volontaire mais aussi prudent, attentif, raisonnable et raisonnant.


Au-delà du pont, le seul endroit où l'on peut voir la route.


Un message pour la famille : Nous allons bien, nous sommes partis".


L'eau force le passage au pied d'un nouveau barrage naturel.


En amont, un torrent alimente le lac. La route est quelque part sous les pierres et la terre.


Sur le seuil du troisième barrage (je n'ai pas de photo du premier barrage, celui de la coulée de boue).


Le troisième barrage est presque plein.


La rivière qui l'alimente.


La vallée s'évase, fin des dangers.











Les rues de Chaping, désertées. A 14h30 le 12 mai 2008, elles devaient être en pleine activité. Fort heureusement, les maisons ont relativement bien resisté.








Ces tentes sont en fait l'hôpital de Chaping. Pas question d'installer les blessés à l'intérieur d'un bâtiment avec les risques de réplique !







La plupart des tentes de rescapés sont installées à l'extérieur de la ville.




Nous quittons Chaping par ce pont et cette route de béton.


Chaping.


Une maison intacte ! personne ne se risque à s'y installer pour autant !


Plus de 200 personnes ont déjà quitté Chaping par cet itinéraire.


Même en altitude, loin des chûtes de pierre...






Chaping, vu d'un peu plus loin.



Ces résineux attachés entre eux par des liens ont été planté ici pour tenter de limiter les glissements de terrain, ici avec succès.


Les gorges menant à Chaping, vu d'en haut.




Nous croisons pompiers et militaires dans notre descente vers la vallée.


La grande arête de terre, cette crevasse longe le chemin et l'arrête sur presque toute sa longueur (1km).



Sur toutes les montagnes environnantes, on observe des glissements de terrain.


Nous avons rejoint un groupe de rescapés en migration vers la vallée.


Notre destination.


Jamais en temps normal vous ne verrez une charge ainsi abandonnée par un paysan chinois.



Une partie des messages dont nous sommes porteurs.


Dernière édition par Admin le Jeu 22 Mai - 18:18, édité 1 fois

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Autour du camp

Message  Admin le Jeu 22 Mai - 16:30





Maisons détruites, abrit...




Ces pompiers portent un de leur camarade, très douloureusement blessé.


Ce rocher ne bloque plus la route, il a été dynamité dans la journée.


Le vieux pont, historique et touristique, a bien résisté. Comparez la couleur de l'eau et celle du gué franchit en amont, ainsi que les débits (attention, il y a des affluents en amont)...




Notre camp et quelques habitations environnantes.


(Photo Qianzhi)



Ces fagots de bambous sont devenus un lieu de confort très convoité.






Les troupes de pompiers arrivent en grand nombre.


Une maison presque intacte. Tout a été sortit en attendant le prochain séisme.


Les maisons de bois ont relativement mieux résisté.



A 50 m de nos tentes, le camps avancé de la Croix-Rouge

(photo Qianzhi)


Un groupe de volontaires de Chengdu (association Animal Asia) briefé par deux membres de la Croix Rouge.




Départ d'un groupe pour un village dans la montagne.




Un hélicoptère de l'armée.


Départ pour éclairer le retour de nuit d'une colonne de 700 personnes.

(photo Qianzhi)





Au retour, soins et désinfection pour les victimes et les secouristes.



Carte. L'itinéraire du premier jour. Le second a consisté à remonter presque au sommet sans passer par les gorges. le troisième jours se situe à l'est du camp.


Dernière édition par Admin le Jeu 22 Mai - 18:24, édité 1 fois

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dernier jour

Message  Admin le Jeu 22 Mai - 16:31


Petite zone de refuge.


La petite troupe de volontaires un peu en retard.



Passage entre des maisons de bois ayant plutôt bien résisté.




Redescente vers le camps.





Blocs effondrés dans la forêt de bambous.


Tous membres des secours spéléos chinois...



Un peu de fatigue s'installe (photo Qianzhi)


Les secouristes évacuant les lieux, les locaux viennent trier les décombres de leurs maisons.

(Photo Qianzhi)


Transport de troupes.




Trois modèles de civières.





Le camp de base de la Croix Rouge avant notre départ.


A Mayang, les voies sur berge sont entièrement occupées par des tentes de réfugiés.


Retour sur Chongqing.


Dernière édition par Admin le Jeu 22 Mai - 18:42, édité 1 fois

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Re: Tremblement de terre en Chine

Message  Nong duo le Ven 23 Mai - 17:17

Bravo mes compatriotes chinois ! Bravo le copain Français!

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Re: Tremblement de terre en Chine

Message  Y le Sam 24 Mai - 5:38


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Merci !

Message  jpxu le Dim 25 Mai - 12:39

Des témoignages comme ça, ça fait chaud au coeur Merci ! Je publie quelque données techniques sur le site...

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Re: Tremblement de terre en Chine

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