Exploration de la grotte du Dragon Blanc (Bailongdong)

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Exploration de la grotte du Dragon Blanc (Bailongdong)

Message  Admin le Sam 14 Mar - 12:02

L'action se situe au nord-est du Sichuan, municipalité de Chongqing, district de Wushan, village de Duping. La frontière du Hubei et du Sichuan suit un affluent en rive droite du fleuve Changjiang (Yang Sté Kiang). Cet affluent est un profond canyon. Une route interminable permet d'accéder à sa source pérenne, la grotte de Bailongdong.
Le site pourrait être magnifique. Il rappelle beaucoup, pour ceux qui connaissent ou ont lu les tomes 2 et 3 de Voyages en terre chinoise, le canyon de Fuyan (Guizhou, Zheng'an) qui incise les calcaires Permien. Cette impression à priori s'est trouvée confirmée tout d'abord sous terre par la découverte d'une couche rouge caractéristique déterminant un niveau d'écoulement et ensuite sur documents par les mots magiques P2m+q désignant le Permien moyen étages Qixia et Maokou.
Hélas! les mines de charbon coté Hubei sont l'objet d'une exploitation qui ne se préoccupe guère du respect de l'environnement, avec notamment un terril fumant qui, selon le vent, teinte l'air de relents sulfureux.
Coté Chongqingce n'est pas qu'on soit plus soucieux de la beauté du paysage, mais la géologie ne s'y prête pas, ce qui permet de supposer que le canyon suit une faille. C'est donc pour l'eau que nous sommes venus ici.

Tout ça, c'est la faute à Xiaocong, une ancienne stagiaire de l'école spéléo de Shuanghedong. Et pas n'importe laquelle, c'est sans doute une des spéléo les plus accomplies parmi ceux que nous avons croisé. Elle est notamment équipée des options "je ne crois rien, il me faut comprendre" et "l'expérience prime"… Bref, une stagiaire intéressante qui pose beaucoup de question et n'appliquera une technique que si elle en comprend ou expérimente le bénéfice.
Quelques mois auparavant, un patron d'une compagnie d'installation de stations hydroélectriques, Mr. Yang, lui a demandé de faire une investigation dans les grottes du secteur, à la recherche d'un point où il pourrait faire un captage. Se basants sur un profil de relevés par une méthode géophysique basée sur des mesures de résistivité, il ont fait un forage 3 km en amont de la résurgence et trouvé de l'eau 100 m plus haut environ, 160 m sous la surface. Pour eux, l'affaire est simple, mais avant d'engager les frais d'un tunnel, il leur faut la confirmation que le débit observé à la résurgence, 600 l/s étiage et 40 m3/s en crue, est bien là. En regardant les vidéo qu'une petite caméra descendue au fond du trou a relevé, je reste plutôt septique sur ce point. L'eau que l'on voit peut n'être qu'une flaque essentiellement alimentée par le drain que constitue le forage lui-même. Mais cette flaque est vraiment dans une cavité naturelle. Puisqu' on ne se promène pas dans le karst comme dans les rues de Wushan. Xiaocong étant bloquée dans la résurgence de Bailongdong par un siphon, elle a suggéré aux directeurs de la compagnie en question de faire appel à moi.

Pour tout dire, ma première réaction a été de refuser, ne disposant ni du matériel ni du temps, ni de l'entrainement nécessaire à l'exploration en plongée. Avoir maîtrisé une technique n'est pas suffisant pour prétendre en faire usage comme ça, au pied levé. Mais refuser étant impoli, nous avons traduit les raisons du refus en contraintes nécessaires à l'acceptation. Le matériel n'est qu'une question d'argent, le temps une question de planification et l'entrainement une question de gestion de sa courbe d'expérience et de condition physique personnelle au regard de la situation, ce qui en terme de contrat se traduit par "le plongeur peut à tout moment décider de l'interruption ou de la fin de l'exploration". Très curieusement, tout a été accepté. Pas sans discussion, certes. Pour Mr. Yang, accepter de débourser plus de 10 000 € avec pour éventualité 5 mn de plongée et le verdict "trop dangereux", ce n'est pas très facile. D'autant qu'en Chine, un patron a toujours quelques chefs à qui il doit rendre des comptes. Mais le contrat fut dûment signé.

Les préparatifs ont demandé une grosse dizaine de jour sans que ce travail ne soit ralenti par l'attente des nombreux colis de matériel commandé sur internet, incluant bien entendu un compresseur d'air respirable. Des compromis furent faits. Remplacer un bon matériel usagé par du neuf n'apparaissant pas toujours être la meilleure option. J'ai aussi emprunté du matériel à un stock présent à Fengshan et qui se languissait de revoir l'eau depuis quelques années.

Depuis le Guangxi, Wushan est à 20 heures de route en faisant une pause à Shuanghe. A vol d'oiseau, il ne reste que 25 km pour arriver à Bailongdong, mais pour qui n'a pas d'hélicoptère, il faut ajouter 5 heures de route avec sans doute en moyenne une épingle à cheveux toutes les 5 mn. 5 heures, à l'aller, le retour en prendra 7. La neige et une voiture qui refuse de débrayer demandant plus de subtilité dans la conduite d'un véhicule vétuste et surchargé.

Nous avons logé dans les locaux de la compagnie d'hydroélectricité de Wushan. Deux pièces au rez-de chaussé, indispensables pour répandre le matos savamment compacté dans la voiture, et deux pièces à l'étage. Il y a une seule douche pour le bâtiment et pas de chauffage en dehors des couvertures chauffantes et une plaque de cuisson infra-rouge dans le bureau du patron où l'on peut se faire rôtir les pieds pendant les réunions. C'est donc la petite salle à manger et sa table avec foyer au charbon qui offrent l'instant confortable de chaque journée.

Première plongée : coup d'essai.
Tirer du fil d'ariane, je n'avais pas fais ça depuis pas mal d'années si j'exclue les recherches faites pour la police de Baise au fond d'un puits et au pied d'un pont. Mais chercher des corps ou une arme de crime est relativement simple. Explorer une grotte, c'est une autre affaire. Je suis donc parti prudent. Descente à -10, avancée d'une quinzaine de mètres, verrouillage du dévidoir de fil d'ariane et retour en surface en examinant l'équipement réalisé. Ca va. Les caoutchouc tiennent bien, l'eau n'est pas trop trouble (mais pas trop claire non plus), je peux y retourner. Cette fois, j'ajoute une bouteille-relai à mon équipement. Non pas que la profondeur l'exige ou que je compte aller très loin. Au contraire. L'idée est de prendre son temps et d'avoir plus de ressource pour palier à une panne ou un imprévu et quand on sait qu'on a de l'air à profusion, on n'hésite pas à prendre le temps d'équiper au mieux.
L'eau n'étant pas assez claire pour voir toute la section de la galerie, qui semble d'ailleurs être d'un profil très irrégulier, je suis la paroi de droite. Descente, point bas, montée, bancs d'argile fine accumulée… ça monte encore, et encore. Et voilà un superbe cul de sac tapissé de boue. Le demis-tour en rembobinant le fil est la meilleure des décision. Je reviens au point bas car on y voyait encore des cailloux propres. Mais je ne veux pas descendre au milieu de la galerie. Je prend donc la paroi de gauche. Elle est moins tapissée d'argile que celle de droite. J'avance sur une sorte de vire à la profondeur de - 18 m, puis je décide que ça suffit pour aujourd'hui. Je verrouille le dévidoir et repart vers la surface. Le matos tourne bien, le fil n'est pas trop mal placé, le changement de paroi pas trop brouillon. C'est une bonne base.

Deuxième plongée : coup de chance
Le second jour de plongée a sans doute été un coup de chance. La poursuite du siphon est tortueuse. Ca ne passe pas tout droit, il faut descendre dans une zone qui touille de plus en plus. La profondeur de - 28 est dépassée, on s'était mis d'accord sur une limite de -20… mais franchement, il ne faut pas exagérer non plus. Ce n'est pas très haut de plafond, section irrégulière, déversante, on ne sais pas trop distinguer le profil de la galerie de son prolongement. Un nuage de touille me poursuivant, je me fie essentiellement au compas, ce qui me garantie au moins de ne pas revenir sur dans mon fil et limite les risques d'emmèlage. Ce faisant, je retrouve une zone propre. C'est bon signe, je suis à nouveau dans le passage privilégié par l'eau courante. Il y a bien encore quelques circonvolutions, mais à partir de là ça va quand même mieux. De virage en remonté, j'arrive à une surface. Ca ressemble à une cloche, je ne m'y attarde pas et repart en plongée puisque le cheminement semble plus aisé à déterminer : il suffit de suivre les bancs de sable gris-noir.
Enfin, le courant devient sensible. Je sors dans une galerie sur fracture, 3 m de large et 5 m de haut. La rivière présente à l'amont un petit seuil. Je le passe un peu à quatre pattes car il me semble bien que ça plonge encore derrière. Je pose le relais et poursuit pour une reconnaissance dans le second siphon.
Le second siphon est totalement différent. Tout droit, pas de boue, mais pas grand chose pour accrocher un fil. Il descend régulièrement sur environ 60 m jusqu'à la profondeur de - 30 m. Les limites sont faites pour être franchies, sauf quand on se les est fixé pour des raisons de sécurité. Je fais donc demis-tour en rembobinant le fil jusqu'à la profondeur de palier. Là, je double l'amarrage et le coupe. Ma décision, sans doute bête et définitivement regrettée étant de ne pas poursuivre l'exploration de ce siphon pourtant très attrayant.
Au retour, le premier siphon semble bien court. Je rajoute quelques points d'attache. Mais malgré un cheminement tortueux, il ne me semble pas trop comporter de piège. Par contre, la sortie est peu commode, avec un palier de sécurité en pleine eau.

Troisième plongée : à la pêche
En principe, il n'y aurait pas du y avoir de troisième plongée. Mais le boss ne comprenant pas très bien la question de sécurité et encore moins bien ce qu'est une grotte, il a insisté pour que je retourne voir s'il n'y avait pas un autre passage. D'autre part, sur la vidéo ramenée par la gopro fixée à mon casque, il a reconnu avec certitude les fanes de riz qu'ils avaient deux mois plus tôt fait descendre dans le forage. De mon coté, j'ai eu la lamentable mésaventure de perdre mon dévidoir quelque part dans la siphon. Il s'est décroché je ne sais pas trop comment. J'ai bien un second dévidoir, mais il est très loin d'être aussi pratique. D'autre part, ne pas avoir de topo du siphon me semblait aussi détestable. Alors je n'ai pas protesté et je suis allé à la pêche.
Pour la pêche aux fanes de riz, j'ai emmené pour faire plaisir une sorte de filet, un sac à patates vide. C'est très idiot car les grains de riz en question sont très clairement des artefacts de vidéo et un filet disposé dans le courant à la sorti de la résurgence aurait été bien plus efficace pour valider leur traçage. Mais n'ayant pas trouvé de moyen de le faire comprendre sans me rendre désagréable, J'ai bourré dans la sur-combinaison qui protège mon volume étanche (eau à 14°) le précieux filet rose. Après tout, mon intention étant de ne pas aller dans le siphon 2, filmer un sac à patates dans le courant peut être une occupation alternative.
Ha, mais ça, c'est raté. Xuelian, qui m'accompagne en canot jusqu'à la mise à l'eau, m'annonce en me passant mon casque que la base de la gopro s'est décollée. Donc pas de vidéo aujourd'hui. A peine plus tard, elle me signale quelques micro bulles sur le flexible près du manomètre. Zut. J'avais bien essayé d'en acheter des neufs, mais ce qui m'a été livré ne convenait pas. J'aurais sans doute pas du gonfler à 240 bar… Au moment où elle me passe le deuxième ordi-profondimètre, BOUM ! ça y est, le flexible a cédé. Dans le vacarme qui suit, on ferme la bouteille en question. Une chance dans ce malheur, j'avais décidé de changer le départ de plongée pour un endroit moins profond. La pêche à l'ordi et au mano a donc été aisée.
Bon, siphon connu, je ne pars pas en explo, j'ai encore le relais et une 12 l utilisable. Je décide de ne pas annuler la plongée. Je passe donc le siphon, repêchant au passage et sans surprise mon dévidoir perdu la veille. De l'autre coté, je prend mon temps. Je dépose le matériel et part sur l'aval du plan d'eau. Une voûte rasante , un prolongement… Allez, on topographie tout ça. C'est du temps gagné sur la décompression. C'est de la topo rudimentaire façon siphon. Mon fil d'ariane a une étiquette tous les 10 m et un repère tous les 5m, j'ai mis assez de temps à le préparer. Au retour, j'ai encore l'impression d'être à la pêche au gros en tirant sur mon moulinet.
La topo de surface étant faite, je repars en plonger faire la topo du siphon en direction de la sortie. C'est là qu'on regrette d'avoir mis autant de points d'attache. Mais au moins, le fil ne se ballade pas n'importe où. Il faut prendre son temps, composer avec la visibilité, gérer sa position par rapport au fil et jamais ne le perdre de vue. En fait, avec trois yeux et trois mains, ce serait facile. Bon, quand on a de l'air à profusion, l'eau n'étant pas vraiment froide et la profondeur restant raisonnable, ça se fait bien. Cette topo n'a pas été remise à Mr. Yang et a même été faite plus ou moins à son insu. Pour lui, c'est tu temps gaspillé. Mais pour moi, malgré toutes les imprécisions inhérentes aux conditions de relevé, c'est la meilleur façon d'être certain de ce dont je parle concernant cette et d'en extrapoler les chances de continuation. Et puis sortir d'une cavité sans être capable d'en faire un plan, c'est trop frustrant.

A la mine.
La poursuite en plongée étant définitivement compromise, Mr Yang signale une grotte découverte dans une mine de charbon et donnant accès à une rivière.
Là encore, il montre les vidéo relevées par Xiaocong, ou plutôt par ses collègues. En effet, l'accès à la mine est strictement interdite aux filles. Une coutume locale affirmant que tous les malheurs s'abattraient sur la mine si une personne de sexe féminin y entrait. Mais aucune topo, Mr. Yang ne comprenant que les mots "rivière", "eau", "collecteur". Pour estimer les chances d'avoir une relation entre cette grotte et Bailongdong, nous sommes allé voir l'entrée de la mine. La grotte débute nous dit-on dans un tunnel rectiligne de 1 km  Alors oui, le conduit est rectiligne, mais il y a quatre changement de direction avant d'y arriver. Bref, je demande un plan de la mine pour qu'on puisse savoir où débute la cavité naturelle. De toutes façon, sa position est bien en amont sur le massif et du bon coté de la faille, ce qui ne laisse aucun doute sur l'intérêt des cavités qu'elle peut recouper. On s'est donc passé de ce plan pour débuter l'exploration.
Les fêtes de printemps approchant, personne ne travaille. Marcher dans une mine n'a rien de facile ni d'agréable. Entre les rails, la boue noire et les wagonnets que l'on croise comme on peut apparemment, la meilleur technique est de passer au-dessus, quand il y a de la place. Heureusement, un bon courant d'air balaye les conduits et on sait au moins ce qu'on respire.

La speleo bénévole présente un énorme avantage : on fait ce qu'on veut comme on veut. Mais là, je suis dans un contexte de contrat, avec un Mr. Yang qui a tendance à en demander sans cesse beaucoup plus que ce qui est prévu à l'origine. Malgré l'envie forte de continuer à explorer pour explorer, il faut aussi jouer le jeu politique de lui faire accepter des limites. Afin de matérialiser un peu ce qu'on entend par risque, nous programmons de terminer l'explo avec quelques heures de retard. Tout ceci est assez paradoxal et n'est qu'une question d'appréciation. En effet, la spéléo en solo est une imprudence qui constitue en soit une infractions aux principes les plus élémentaires de sécurité. Mais ceci est totalement inexplicable si en parallèle on laisse savoir qu'il suffit de 30 mn pour revenir du terminus et qu'on a abordé la notion d'exploration par des plongées de plus d'une heure ('il a aussi fallu expliquer que non, 8 heures sous l'eau n'est pas une journée de travail standard). Il faut donc surjouer la difficulté de la cavité et le faire percevoir par des temps longs. Tout ceci avec une gopro dans la poche et la mission de filmer l'eau et son débit.
Je pars donc en explo sur-équipé avec deux gros sacs. Non pas pour des raisons techniques, mais pour donner l'impression que le travail est sérieux il faut engager beaucoup de matériel et le laisser porter. Il faut aussi donner l'impression d'être fatigué en sortant.
Pour les deuxième et troisièmes jour à ma mine, j'ai droit à un traitement de faveur et c'est dans la locomotive des wagonnets que je me rend au puits de départ de la grotte naturelle. J'avoue que je suis content d'être assis à coté du chauffeur, et non accroché à l'avant ou à l'arrière comme les personnes qui m'accompagnent. Je me rends pleinement compte à quel point le travail de la mine est extrêmement dangereux comparé à l'activité ludique que l'on nome spéléologie. Il n'y a que quelques centimètres de marge entre certains boisage et la loco. La conduite se fait en se tordant le cou pour regarder derrière, on ne voit que ce que le maigre faisceau des lampes tenues à la main, il y a partout dans un vrac apparent mais certainement agencé avec une certaine rigueur des câbles électriques, pneumatiques et hydrauliques, des palans, des treuils, des boites de dérivation. Tout est noir et se confond. Tout est en acier bien lourd, le moindre interrupteur doit plusieurs plusieurs kilogrammes. Je pense à Zola, Germinal, que nous avons tous lus à l'école et à ce que certains hommes doivent payer de leur corps et de leur vie pour que d'autres puissent pour pas trop cher mais toujours mécontents du prix se réchauffer ou s'éclairer. Imaginer une seconde que ce deal soit honnête quand on est dans une mine m'est impossible, même sans aller chercher ceux qui en plus amassent des fortunes sur ce genre de business.

Explos et description de Hexingmeikuang
Le fort courant d'air qui balaye les tunnels miniers ne provient pas d'un quelconque puits de ventilation. C'est la cavité naturelle accidentellement recoupée qui le provoque.
Pour commencer, il y a un puits d'une vingtaine de mètres. A partir de là, personne ne peut me suivre. J'amarre la corde sur une poutre doublée sur un rail. En bas, c'est sans surprise un terril boueux. Il descend en pente raide vers la rivière. Approximativement, son débit est de 6 l/s. Il y a un bief profond dès le début. C'est là que les précédents visiteurs se sont arrêtés. Et c'est pour ça que l'un de mes sacs contient une combinaison en Néoprène que je n'enfile pas. Au contraire, je laisse 90 % de mon matériel et par en reconnaissance. C'est une plutôt jolie rivière, mais la galerie semble assez fréquemment pouvoir se noyer sur plus de 10 m de haut. Il n'y a aucun courant d'air. Sans que l'air soit réellement vicié, l'odeur est plutôt désagréable. Le fond de l'eau est couvert d'une pellicule noire et en surface on voit parfois flotter comme des traces d'huile non irisée. Je poursuis ainsi jusqu'au siphon terminal, large mais tapissé d'argile et relève la topo en remontant. Je me rend d'ailleurs compte que mon distoX2 est désétaloné, et même qu'il n'est pas étalonnable ! Heureusement, j'avais plus ou moins anticipé ce problème et apporté mon ancien distoX qui a repris fièrement du service. Je remonte ainsi jusqu'au bas du puits de départ, faisant quelques visées dans un petit méandre affluent qui continue et un boyau perché qui queute.
De retour en bas du puits de départ, je part coté amont. Il faut fouiller un peut pour trouver le passage entre les blocs, mais c'est là que s'engouffre le courant d'air, très fort, sensible même dans les passages où la galerie mesure 15 m de large et 5 de haut. On ne voit pas la rivière, mais on l'entend parfois entre les blocs qui sont occupent tout le fond de la galerie. La fine couche de cutine noire que le courant d'air à déposé de partout masque une argile plutôt jaune-orangée. Mais ces dépôts sont de faible épaisseur, c'est une ambiance de chaos rocheux qui prédomine. La progression n'est pas difficile, il n'y a qu'un rétrécissement notable et il faut bien entendu regarder un peu comment on grimpe sur les blocs et commet on en redescend.
Je finis ainsi par retrouver l'actif, dans un large méandre. Il y a visiblement moins d'eau. Il y a un petit affluent dans lequel je fais quelques visées avant de poser un cairn. J'y perd le stylet de mon Palm. Auriga à bout de doigt, c'est jouable mais pas bien pratique pour dessiner. Fort heureusement, j'arrive rapidement à un terminus acceptable : sur une large banquette de méandre, une galerie part vers le nord. j'y fais un gros cairn. Ce sera pour le lendemain.

En effet, cette topographie que Mr Yang ne veut pas voir me permet de lui affirmer que la rivière n'est pas drainée en direction de son forage mais en direction de la faille principale. Toutefois, les branches amont pourraient recouper un drain de direction différente. En effet, ce sont les failles et fractures qui conditionnent tout l'agencement du réseau, le pendage ne fournissant que l'énergie de drainage.
Mon but dans cette grotte étant de me diriger vers le forage, pour le deuxième jour d'explo, je privilégie tout ce qui va plus ou moins vers le nord. . De retour à mon crain, J'abandonne donc la rivière principale et pars dans de qui ressemble à une galerie de trop-plein, avec tout de même beaucoup trop de boue pour être parfaitement attrayante. Le courant d'air est assez fort et la direction convient aux objectifs d'exploration. J'insiste donc jusqu'à rencontrer une rivière dont l'aval est une zone noyée. L'amont semble être un griffon étroit. Mais par des passages en hauteur, on se rend compte que cette impression n'est que le résultat d'un croisement de failles. On retrouve l'actif, les dunes de petits galets et les formes de creusement laissent deviner un drain important et impraticable en crue. Des petits ressauts demande un peu d'attention. Puis on arrive dans une zone chaotique. Le courant d'air remonte dans une escalade trop exposée pour être tentée seul. Heureusement, en revenant en arrière et en passant par la rivière, on arrive à se faufiler entre les blocs et à retrouver les gros volumes. Une petite galerie revient en arrière et rejoint le haut de l'escalade précédente.
La présence de conduits de gros volumes s'explique par la proximité d'une couche de roche tendre et rouge à la base des calcaires karstifiables, comme nous l'avions observé à Fuyan dans un contexte géologique très ressemblant. La rivière n'est plus accessible. On monte dans une des rares portions du réseau totalement abandonnée par l'eau même en période de crue. On y observe des crosses de gypse dans les sédiments qui en deviennent scintillants. Dans le haut de la salle, il y a un réseau de fractures aboutissant à un puits en bas duquel on peut voir un petit actif. Au milieu de la salle, il y a un départ horizontale. Je passe en vire, puis en oppo, pour finalement retrouver la rivière. Je topographie d'abord l'aval, ou plutôt un trop plein de crue car l'eau en est absente. Ceci me conduit tout simplement sous la vire précédemment franchie. Je pars alors vers l'amont. De petites cascades en biefs, j'arrive à une zone de fractures. Le courant d'air étant un peu faible, je rebrousse chemin. Un petit affluent qui débute par un passage étroit et boueux au niveau de la première petite cascade permet de retrouver la base du puits vu précédemment. La suite est un haut couloir avec des petites escalades parfois boueuses et un pas aérien au-dessus d'une grosse marmite fossile. Un coude bien prononcé et typiquement creusé en conduite forcée remontante avec un gros banc de sable ramène en balcon au-dessus de la rivière. Un nouveau pas aérien mais très sûr permet de passer au-dessus de ce puits, L'aval de la rivière rejoint sans surprise le terminus sur zone de fractures laissé précédemment. L'amont se poursuit jusqu'à une nouvelle zone fracturée. Il n'est plus possible de passer au niveau de l'eau. Au-dessus, le prolongement quitte la fracture jusqu'à une trémie. Il y a du courant d'air et on entend la rivière au-delà, mais il vaut mieux ne toucher à rien pour éviter de se faire broyer par un éboulement. Deux branches quasiment parallèles aboutissent au même résultat. Dans le coude avant le balcon, une petite escalade permet de retrouver la fracture terminale et de la suivre dans la direction opposée. Un fort courant d'air s'y engouffre. Mais au point le plus éloigné, il monte dans un puits de 15 m sur coulée stalagmitique. On entend un ronflement provenant d'en haut, il se peut que ce soit étroit. En bas, il y a une petite salle très concrétionnée avec du gypse et des excentriques.

Le plus fort du courant d'air de la cavité part dans l'amont de la rivière principale. Il faut repartir du gros cairn. Elle se laisse suivre tout d'abord avec beaucoup de facilité. Puis on arrive à une petite salle ou il faut remonter un éboulis. A droite, un couloir se prolonge de boyaux sans courant d'air. Tout droit, il faut passer une étroiture pour trouver la suite. Hélas, tout se complique. On est dans une succession de petites salles se chevauchant les unes les autres séparées par des trémies. Un itinéraire complexe permet de monter au-dessus et de retrouver l'actif, mais c'est alors une cascade de 7 m qui bloque le passage. Elle ne serait franchissable qu'en ecalade artificielle, avec des longs ancrages, la roche étant glissante et de mauvaise qualité. La direction que prend cette rivière n'est pas favorable aux objectifs de Mr Yang. Par contre, le potentiel vers le haut du massif est très important. Ce massif peut sans problème receler une cavité de 1000 m de dénivelé et plusieurs dizaines de kilomètres.

En tout, Hexingmeikuangdong présente 4 km de développement topographe pour un dénivellé de 130 m. C'est bien assez comme ça, en 3 jours et en solo.

Les autres grottes connues
Une autre cavité nous a été montrée. C'est le premier endroit qu'un spéléo voudrait explorer complètement, celui qui a les plus grandes chances de retrouver le collecteur en amont des siphon : une grosse grotte fossile une centaine de mètres au-dessus de la résurgence, décalée selon les strates. Nous n'avons pu y accorder qu'une vingtaine de minutes. Il n'y a manifestement pas de courant d'air mais c'est gros. Il faut descendre un puits pour poursuivre. Mr Yang ne voit que le faible débit qui sort de cette grotte. Une eau qui se trouble rapidement en cas d'orage. Bref, un petit actif parfaitement anecdotique au regard de la cavité qui a bien d'autres choses à dire.
Il y a aussi un puits de 100 m non totalement descendu entre la résurgence et le forage.

Le potentiel du massif est conséquent et a des chances importantes d'être explorable. L'altitude de la résurgence est à peu près de 600 m, le massif monte à 1900 m et s'étend sur 12 km.
Le débit de Bailongdong est compatible avec un tel massif. Par contre, Hexingmeikuang n'est qu'une pièce totalement anecdotique du puzzle. Les débits et volumes rencontrés sont plutôt modestes.
Donc, selon la formule consacrée, l'exploration du système de grottes alimentant la résurgence de Bailongdong n'a fait que commencer...

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Désolé, pas de photo bien intéressante

Message  Admin le Sam 14 Mar - 12:10

Trop occupé par l'action elle-même, je n'ai pris que trois photos :
- une des pièces nécessaire à l'exploration de Bailongdong : le compresseur d'air respirable.


- le matériel emballé pour une exploration


- l'entrée de Xiaodong, au-dessus de Bailongdong


Pour tenter de faire pardonner cette contre-performance...
- la topo de Bailongdong


- la topo de Hexingmeikuang

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